C’est l’histoire de l’avenue Carnot. L’artère qui perce Bondy, de la gare à la mairie. C’est l’histoire d’une avenue, le lundi au soleil, à 20h14. Il y’a les oiseaux qui font des vocalises. Les fratries qui rapatrient, après avoir pris l’air. Et au loin, des incantations politiques.

La mairie de Bondy assiégée. Comme rarement, le parvis est recouvert d’une meute, d’un peuple qui applaudit. Des voix qui n’en font qu’une : « Sarkozy, Dehors. » « François, président. » Le décor est planté. François grimpe l’estrade. Il fait face au public et objectifs agités. Claude Bartolone relance, voix éraillée : « François, président. ».

François, c’est François Hollande. Le candidat rose, éléphant en campagne, érige sa trompe. Et un cri en sort : « Quel accueil, quel accueil ici à Bondy ! » Le public bondit. Hollande reprend : « Vous saviez que j’étais là, vous êtes venu à ma rencontre. »

Les rumeurs couraient. Hollande serait bientôt à Bondy. Au Palais des Sports, avançaient certains. « On n’a pas pu le faire parce qu’il y avait un tournoi de judo » se défend le sénateur du coin, Gilbert Roger. Avant qu’on ne l’accuse de ne pas trop voir d’affiches annonçant l’événement du jour :« On vient de se faire critiquer par la préfecture parce qu’on a trop d’Hollande dans les murs. ».

La nuit s’est glissée, Hollande continue à prêcher. Un homme l’applaudit. Ses yeux s’embuent. Il surprend : »J’ai voté Nicolas Sarkozy en 2007, il nous avait promis tout son bla-bla et il a rien fait. » Il poursuit sans s’essouffler : »Je voulais partir deux mois au Maroc, en vacances, mais j’attends les élections pour pouvoir mettre mon bulletin et partir soulagé ».

Sur l’estrade, le candidat, entouré d’une palette d’élus, pousse : »Vous êtes une chance pour la France, un atout ! ». Avant de tenter un unificateur : »Nous sommes tous français ! ». Et puis un laser vert se dépose sur son front. Comme le pointeur d’un fusil mitrailleur. La sécurité frôle la syncope. Le public sourit, sans paniquer. Hollande ne se laisse pas perturber.

« Pour l’instant c’est du blabla », parlote une dame avec des voisines du quartier Blanqui. L’autre fait une reprise de volée : « Nos enfants sont nés ici, ils ont fait des études supérieures, mais y’a pas d’emploi. Je m’inquiète pour eux. » La première la coupe : »Et puis à Bondy, pour avoir un travail à la mairie ou ailleurs, c’est le piston. » Et son acolyte de retranscrire une troublante vérité : « Je suis resté 19 ans dans un studio avec 4 enfants. Un jour j’ai écrit à Sarkozy. 20 jours plus tard, j’avais un F6 à Bondy. » Silence. Le groupe de voisines se dilue.

Hollande continue, se laissant entrecouper par les encouragements. « Est ce que vous vivez mieux qu’en 2007 ? » Réplique du public. « Est ce qu’il y’a plus ou moins de chômages ? » Réplique du public. « Est ce qu’il y’a plus ou moins de pouvoir d’achat ? » Réplique du public. Une fille susurre :« Avec Sarkozy, on sait au moins à quoi s’attendre. Pas avec lui. »

Baskets sur les pieds et casquette vissée sur la tête, un jeune posé avec ses amis à côté de la voiture BFM TV file la métaphore : « Si Hollande gagne c’est comme si il allait trouver une maison dévastée. On lui donnera cinq ans pour réparer la maison France. Mais comme les travaux seront trop colossaux et qu’il pourra seulement remettre la maison en ordre, on dira qu’il a rien fait. » Face au déluge d’applaudissements, il lâche d’un brin sec : »Sarkozy il est trop fort, je le vois mal perdre face à Hollande. » Son ami relance : »Nous ce qu’il faut en France c’est des mecs cashs comme Bayrou ou Melenchon. Moi en tout cas je vais voter Melenchon ! ».

Attroupement autour de la coqueluche. Embrassades et bousculades. Pluie de bonnes ondes pour la prochaine étape, ultime combat. Hollande se faufile, par une entrée dérobée pour rejoindre sa voiture. Une fille lui tend le drapeau français. Une dame veut le toucher. Un homme le prendre en photo. Mais la sécurité s’agrippe. Hollande s’enfonce dans la voiture. Vers d’autres horizons.

Daniel Goldberg, député du 93, annonce le prochain rendez-vous du candidat en Seine-Saint-Denis : « Rendez-vous le 7 avril à Aulnay-sous-Bois. »

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Lundi prochain sur le Bondyblog et LCP : Quand François Hollande rencontre le Bondyblog

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