16 heures 25 la place du Capitole est déjà bien remplie. Certaines rues adjacentes sont déjà coupées à la circulation. Les élus verts et socialistes commencent à prendre place dans le carré qui leur est réservé. Benoît Hamon, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et Bertrand Delanoë côté stars nationales. Martin Malvy, Gérard Onesta pour les élus locaux. Cette fois-ci, pas de bataille de chiffre : Aurélie Filippetti annonce plusieurs dizaines de milliers de personnes, sans plus de précision.

À la tribune, après un concert des Grandes Bouches, deux chansons d’Axel Bauer et une et demie de Michel Fugain, les élus socialistes font tout à tour l’éloge de la ville rose et de leur candidat, rose aussi. Pierre Cohen, maire de Toulouse, oppose « le candidat au doigt pointé » au « candidat à la main tendue ». Jean-Pierre Bel, président du Sénat et originaire du quartier toulousain Empalot, se dit heureux de retrouver « Toulouse la rebelle, la résistante. » Enfin, celui qui annoncera le possible prochain président n’est autre que le malheureux candidat Lionel Jospin. Il énumère les meetings toulousains d’avant résultat, depuis le 25 avril 1981 au Stadium de François Mitterrand à celui de Ségolène Royal le 19 avril 2007. Il semble y croire : « Cette fois la situation est différente. La victoire est possible. La victoire se dessine, conclut-il d’une voix tremblante avant de laisser la place à l’actuel candidat ». Le choix de Toulouse n’est pas anodin, Hollande savait en devenant candidat que son dernier meeting aurait lieu ici, comme ses prédécesseurs.

Les premiers mots du candidat socialiste, sans surprise – « Bonsoir Toulouse » – provoquent des cris de joie dans la foule, chauffée par le soleil, des heures d’attente et les petites formules des orateurs précédents. Après un clin d’œil à ses anciens concurrents devenus alliés, et un énième hommage à Lionel Jospin, Hollande semble retrouver son humour et son public, acquis. Un simple « Ah le débat ! » provoque des rires dans toute l’assemblée. « Nicolas Sarkozy disait qu’il ne ferait [de lui] qu’une bouchée. J‘ai peur qu’il soit resté sur sa faim, ironise-t-il. Je me suis demandé, mais je me suis retenu, s’il ne fallait pas en proposer un deuxième. » A nouveau les rires et les acclamations fusent.

Hollande ne déroule pas son programme. Il énumère les villes et les prérogatives des personnes rencontrées. Vaulx-en-Velin et Clichy-sous-Bois et leurs 40% de chômage des jeunes, les département d’Outre-Mer et leurs 60% de jeunes au chômage et les autres. Il fait la liste de ceux à qui il s’adresse, parce qu’il les estime délaissés par l’actuel président : l’éducation nationale, les professionnels de santé, les smicards, les chefs d’entreprises qui ne réussissent pas à obtenir de crédit, les discriminés à l’embauche et au logement, les handicapés. C’est-à-dire, tout le monde ou presque. Sauf les riches : « Je suis toujours aussi méfiant à l’égard de l’argent ». Et surtout la jeunesse.

19 heures 25, une information circule parmi la foule : François Bayrou donne sa voix à Hollande.  « Il n’a pas donné de consigne de vote. Il a dit à titre personnel », explique une demoiselle à sa voisine plus âgée, en consultant son smartphone.

Comme pour rattraper les oubliés du débat de la veille, il évoque les enjeux internationaux, avec le retrait des troupes d’Afghanistan, l’Iran qu’il faut empêcher d’obtenir l’arme nucléaire, le terrorisme dans le Sahel, la lutte contre le réchauffement climatique, la lutte contre la corruption en Afrique et les pays méditerranéens avec qui il souhaite développer d’autres relations, suite au printemps arabe.

Enfin, solennel il lance un appel et une promesse. Il appelle ses électeurs à « se mobiliser comme si vous étiez vous-même candidats à l’élection présidentielle ». Il promet : « Le président que je serai ressemblera au candidat que je suis. »

19 heures 42, après cinquante minutes de discours, la candidat s’offre un bain de foule de près d’un quart d’heure. Lui toucher la crâne, lui souffler que le Lot-et-Garonne est derrière lui, le prendre en photo, le voir de près : les militants essaient de s’approcher.

20 heures. Alice et Marion, sur place pendant plus de trois heures, viennent d’assister à leur premier meeting et racontent : « C’était chouette ». Elles ont toutes deux 21 ans, sont étudiantes en BTS assistance manager, ont voté PS au premier tour et feront de même dimanche. Pour Marion, le choix s’est tout de suite porté sur Hollande « parce qu’il est pour l’adoption et le mariage homosexuel. Mais il y aussi la culture, c’est dommage, ils n’en ont parlé pendant le débat d’hier soir. » Alice avoue avoir hésité avec Eva Joly, mais s’est finalement décidée pour le vote utile, par crainte du 21 avril 2002. Elle n’avait que onze ans. Toutes deux issues de familles votant à gauche, elles ne sont pas entourées que de socialistes convaincus. Alice ne comprend pas que des jeunes de son âge puissent voter pur le Front national : « c’est bizarre quand on est jeune. Mes grands-parents votent FN, bon je peux comprendre. Mais des jeunes … » Qu’ont-elles prévu pour dimanche soir en cas de victoire ? Une soirée en famille, à Cahors pour l’une et à Blagnac pour la seconde. Pas de rassemblement prévu, elles improviseront le soir du 6 mai.

Bouchra Zeroual

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