En octobre 2017, j’ai reçu un appel d’Ivanne Trippenbach (jeune journaliste, co-auteure de Inch’Allah, ndlr). Elle se recommandait de Fabrice Lhomme qui lui avait donné mes coordonnées. Je le connaissais, je ne me suis pas méfiée.

Très vite, j’ai été heurtée par sa manière de procéder et compris le parti pris sous-jacent. La tonalité insistante, ses questions insidieuses m’ont alertée

Dans cette conversation à bâtons rompus, que je supposais préalable à une enquête de terrain à Paris 8, j’étais sensée lui donner quelques indications. Très vite, j’ai été heurtée par sa manière de procéder et compris le parti pris sous-jacent. La tonalité insistante, ses questions insidieuses m’ont alertée.

J’ai par la suite confirmé mon refus de toute discussion ou rencontre ultérieure

Force m’est aujourd’hui de le constater, dans l’entreprise de MM. Davet et Lhomme, il fallait un personnage négatif à dénoncer. Peut-être s’agissait-il pour eux de se dédouaner et pour cela d’épingler des jugements « excessifs ». Ils ont construit un personnage odieux, peu fiable, auquel il me fallait correspondre. A l’évidence, la jeune journaliste avait eu préalablement un portrait de moi caricatural. Le féminisme m’était imputé à charge, tout comme mon expérience de Vincennes de 1976 à ce jour. Tout était surinterprété tendancieusement. Heurtée par la démarche, j’ai fermement dit : « Arrêtez de me poser des questions, venez sur le terrain faire votre enquête, je ne veux plus vous parler ». J’ai par la suite confirmé mon refus de toute discussion ou rencontre ultérieure.

Au début de l’année 2018, j’informai Fabrice Lhomme de ma décision, il m’annonça alors que le projet sur le 93 était abandonné.

Depuis, aucune nouvelle, jusqu’à la parution du livre que j’ai apprise par des amies.

J’ai été saisie par la désinvolture et le cynisme des deux auteurs qui, tranquillement, me livraient en pâture à la réprobation générale.  Il était plus aisé de cibler une personne, une « secrétaire » (réflexe de classe ?), désignée comme « très isolée » qu’on tentait de disqualifier, que de faire une enquête auprès de collectifs, d’enseignants, de personnels, de syndicalistes parmi les milliers d’acteurs de Paris 8.

Et de fait, les premières conséquences ne se sont pas fait attendre : plusieurs réactions déjà dans le milieu universitaire et sur des sites d’information. Certains ont cru nécessaire de m’apporter leur soutien, d’autres de me manifester leur réprobation.

Surprise également à la lecture de la description minutieuse de mon aspect physique. Je n’avais jamais rencontré la journaliste !

Surprise également à la lecture de la description minutieuse de mon aspect physique, de mon profil psychologique, idéologique, Jusqu’à la tonalité de ma voix supposée tremblante « entre colère et anxiété ». Quelle précision ! Seul problème : je n’avais jamais rencontré la journaliste !

Depuis quelques jours et la parution du livre, je me trouve dans l’obligation de m’expliquer, de rétablir les faits, de justifier même mes options féministes que je ne renie en aucun cas.

Je suis outrée que des journalistes de renom s’octroient tant de facilités à mes dépens.

J’ai pour habitude d’assumer mes convictions, mes propos, encore faut-il qu’ils ne soient pas dénaturés, utilisés à des fins qui me sont étrangères.

Je suis outrée que des journalistes aient perdu à cette occasion tout sens de la déontologie ou de l’éthique. Cette entreprise de manipulation s’apparente à un abus de confiance

« Lançeuse d’alerte », « féministe laïque », soixante-huitarde attardée… Dans la typologie sommaire, voire les stéréotypes des Davet – Lhomme, je refuse la place qu’ils prétendent m’assigner. Je suis outrée que des journalistes aient perdu à cette occasion tout sens de la déontologie ou simplement de l’éthique. L’un des deux faisant en outre partie de mes connaissances, cette entreprise de manipulation s’apparente à un abus de confiance.

« Une enquête spotlight » ? Une entreprise politique ou idéologique ? Commerciale ? Si j’en juge par le chapitre Paris 8, il n’y a eu ni enquête ni terrain.

Martine ROMAN, responsable administrative des Masters, département d’histoire de l’université Paris 8

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