Un des objectifs du « Grenelle de l’environnement », était « d’instaurer un environnement respectueux de la santé ». Alors, les initiatives se multiplient et certaines avec une logique qui dépassent l’entendement. Comme à Saint-Ouen, au nord de la Paris, réputé le samedi, le dimanche et le lundi pour ces puces, le plus gros marché aux antiquités de France, où flâneurs, curieux et autre collectionneur viennent chercher la pièce rare à prix d’or. Si les puces ne sont plus ces friperies du début de siècle, à Saint-Ouen, on se bat encore comme des chiffonniers autour d’un projet : l’aménagement d’un « écoquartier ».

Ce dernier doit prendre place sur les anciens docks de la ville, en bordure de Seine. Ces docks ont constitué un parc industriel remarquable depuis la Première Guerre mondiale. Alsthom (qui prenait encore un « h »), la raffinerie parisienne de sucre, la compagnie parisienne de distribution électrique, une chaufferie (encore en fonctionnement) se sont partagé cet espace.

Et puis, l’objet du problème : une usine de traitement des déchets. Un incinérateur à déchets qui continue encore à recracher une épaisse fumée blanche. Chaque semaine, ce sont près de 11 000 tonnes de déchets qui y sont brûlés. Mais les Audoniens (habitants de Saint-Ouen), peuvent dormir tranquilles, l’incinérateur est sans danger pour la santé, comme le prouve les études réalisées… par la compagnie d’incinération elle-même.

Un écoquartier à 100 mètres d’un incinérateur, tel est donc le projet mené par la mairie de Saint-Ouen et celle de Paris avec les financements de la région. Les deux municipalités ont signé un protocole d’accord en 2008, la capitale rétrocédant un terrain qu’elle possédait en échange d’une gestion partielle des logements sociaux. En effet, dans cet écoquartier, où est envisagée la construction de 4000 logements, dont 40% de logements sociaux, l’attribution et la gestion de 60% de ces logements reviendrait à l’OPAC de Paris. L’octroi des premiers 1000 logements est prévu en 2013, soit une année après l’élection municipale.

Bien que pour les Verts de la majorité, le démantèlement et la fin de l’incinérateur soient envisagés à un long terme, il n’en reste pas moins, « qu’un incinérateur est comme une énorme cigarette d’où s’échappent des poussières, des gaz acides (dioxyde de soufre), de l’acide chlorhydrique et de l’acide fluorhydrique, des oxydes d’azote, du monoxyde de carbone […] de très nombreuses substances cancérogènes… », selon le professeur Belpomme, cancérologue à l’hôpital Necker et président de l’ARTAC (Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse).

Mais à Saint-Ouen, « la proximité du périphérique et le passage des camions contribuent davantage à la pollution que l’usine d’incinération », dixit, le premier adjoint. Quant à l’adjointe chargée de l’environnement, elle déclarait le 4 février : « L’usine respecte les arrêtés préfectoraux, les normes européennes, et le Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid), qui n’est d’ordinaire pas favorable à l’incinération, a reconnu en 2007 son caractère exemplaire. » Le lendemain, le directeur du Cniid, Sébastien Lapeyre, s’empresse de répondre dans les colonnes du Parisien : « Nous avons fait part, bien au contraire, de nos doutes sur l’effet de l’usine sur la santé des populations alentours. »

Si l’adjointe à l’environnement est retournée dans ses pénates illico presto, le premier adjoint a dû attendre et essuyer un revers orchestré par l’opposition. Lors d’une séance du conseil municipal, le 2 mars dernier, Lias Kemache, membre de l’opposition, interpelle le premier adjoint sur ces déclarations faites au Parisien.

Extrait : « Nos préfèrerions que Monsieur Planque utilise son vécu politique passé et nous fasse bénéficier de sa propre expérience dans le Sud de la France où, à Port-Saint-Louis du Rhône, à Fos-sur-Mer ou encore à Miramas, élus et population refusent l’implantation d’un incinérateur ; vous étiez, Monsieur Planque, de 2002 à 2006, un de ces pugnaces opposants, qui votaient contre le projet lors des conseils municipaux […]. Pouvez-vous nous expliquez pourquoi l’incinérateur de Fos-sur-Mer représenterait un risque pour la population et que celui de Saint-Ouen serait inoffensif ? En fait, d’après vous, selon la situation géographique d’un incinérateur, pardon !, selon l’endroit où vous vous trouvez, celui-ci est, ou bien très nuisible pour la population ou bien inoffensif pour une autre population ; cela ne s’appellerait-il pas de la géométrie variable […] »

En effet, dans le compte rendu du conseil municipal de Miramas, en date du 19 décembre 2002, à la présentation de la motion « relative au projet d’implantation d’un incinérateur à Fos-sur-Mer », l’actuel premier adjoint de Sain-Ouen, proposait « de rajouter une phrase où il serait indiqué que la commune est contre cette implantation, poursuivant, qu’il conviendrait selon lui, de lancer une étude plus globale sur l’ouest de l’Etang de Berre ».

Hemingway, puis Gainsbourg, se plaisaient à dire que « la fumée conservait la viande », mais ils ajoutaient toujours que « l’alcool conservait les fruits » ; chers élus de Saint-Ouen, continuez à boire comme cela, vous êtes drôles !

Adrien Chauvin

Adrien Chauvin

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