[#PRESIDENTIELLE2017] Un livret thématique de 12 pages doit être publié dans les jours qui viennent. Il détaille les orientations politiques pour les quartiers populaires du candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle. Le Bondy Blog vous en révèle le contenu dans un entretien avec Pascal Troadec, maire-adjoint de Grigny (Essonne), soutien de Jean-Luc Mélenchon.

Rares sont les candidats à l’élection présidentielle à proposer une série de mesures dédiées aux quartiers populaires. C’est ce que s’apprête à faire Jean-Luc Mélenchon de la « France insoumise » qui rendra public dans les prochains jours un livret thématique consacré exclusivement aux quartiers populaires. Ce projet intégrera alors le programme du candidat qui s’engage à mettre en oeuvre s’il est élu.

Pascal Troadec, maire-adjoint de Grigny et responsable associatif, en a co-dirigé l’élaboration. C’est lors d’un long entretien qu’il nous en a livré les grandes lignes. « Il est urgent de cesser de considérer les quartiers populaires et leurs habitants comme un  »problème » pour affirmer ce qu’ils sont en réalité : une richesse pour notre pays », estime Pascal Troadec. « Nous proposons une réponse globale, concertée et coordonnée aux difficultés de la vie des quartiers, précisera le texte avant d’entrer dans le vif du sujet. [Il faut investir] des moyens financiers réellement à hauteur des besoins avec une obligation d’évaluation et de résultat pour chaque dispositif ».

École : valoriser les choix d’affectation des enseignants dans les quartiers

Le livret thématique proposera une réduction drastique des effectifs dans les classes avec des groupes de « 20, voire 12 à 15 élèves ». Dans ce projet, « les choix d’affectation des enseignants » qui s’installeraient durablement dans les quartiers populaires seraient « valorisés », grâce à l’accélération de l’obtention des points pour passage d’échelons. L' »innovation pédagogique » est brandie comme réponse aux difficultés des zones d’éducation prioritaire : coup de pouce clé, main à la pâte, projets novateurs, car « ces écoles deviennent des lieux d’innovation et d’excellence qui s’inscrivent dans un projet de développement urbain, social et culturel global », précise le projet. Les expériences menées dans la veine de « l’éducation populaire » seraient une source d’inspiration. Le rôle des parents dans l’éducation devrait être reconnu et intégré au fonctionnement des équipes éducatives. « S’il est légitime de souhaiter la réussite scolaire des enfants, il est avant tout indispensable de les aider à devenir des adultes épanouis, quels que soient leurs diplômes »,  précise le codirecteur des travaux.

Formation : revaloriser financièrement les stages, orienter vers des filières de l’économie sociale et solidaire et favoriser les langues dans les CFP

Un constat fait par l’équipe de la « France insoumise » : trop de jeunes sont « contraints de choisir l’enseignement professionnel qui devient alors un lieu de sanction et de relégation ». La réponse ? « Rendre toute leur importance aux équipes d’orientation, en y adjoignant des salariés et des élèves afin de ne pas limiter ces structures à un simple accompagnement des suivis de cohorte ». Pour le projet de Jean-Luc Mélenchon, les filières doivent être organisées en fonction des besoins de l’économie « classique » autant qu’en fonction de ceux de l’économie « sociale et solidaire ». La formation professionnelle doit être un droit de tous, durant toute sa vie. Puisque dans les quartiers, la barrière « linguistique » est importante, le texte préconisera que les centres de formation professionnels, CFP, fassent de « la linguistique à visée professionnelle un axe majeur de leur action ». Le projet proposera également de « développer les possibilités de formation, notamment dans les domaines culturels et artistiques, en facilitant leur accès en terme de disponibilités horaires au sein des entreprises ». Enfin, le candidat de la France insoumise propose également de « valoriser financièrement, avec un contrôle strict des abus, l’accueil de stagiaires, la formation en alternance et l’apprentissage ». Les stages se divisent en deux types : le premier jusqu’à la troisième non rémunéré et le deuxième à partir de 16 ans, considéré comme période de formation professionnelle, dont le montant ne devra pas être inférieur au SMIC.

Emploi : revalorisation financière du service civique et CV anonyme

Face au constat d’un chômage très élevé dans les quartiers, où pourtant le tissu associatif est dense, l’idée de ce projet est « d’organiser professionnellement cette richesse » en faisant attention à ne pas tomber dans le « sous-emploi ». L’équipe de campagne estime que « ce sont là plusieurs centaines de milliers de créations d’emploi ». Mais aucune précision n’est apportée sur la manière dont ces activités seraient organisées. Reste que le candidat de la « France insoumise » propose de « revaloriser financièrement le statut de service civique [à 500 euros pour le moment], qui sera étendu à un nombre plus important de bénéficiaires afin que celles et ceux qui veulent se rendre utiles à la République, soient valorisés à le faire ».

Second constat : les habitants de ces zones souffrent de discrimination à l’emploi. Le document propose une « généralisation des CV anonymes, la multiplication des parrainages et des échanges jeunes/entrepreneurs avec les missions locales ». À cela s’ajoute un contrôle strict de l’utilisation de stagiaires non rémunérés et des contrats aidés ainsi que la promesse de réprimer les actes de discrimination à l’embauche, là encore sans plus de précision sur le procédé.

Logement : 500 000 logements sociaux supplémentaires et amendes plus fortes contre les communes refusant la construction de logements sociaux

Le texte devrait brandir la promesse d’un financement par l’État de la construction de 500 000 logements sociaux supplémentaires dans les cinq prochaines années. Objectif : éviter les effets de concentration voire de « ghettoïsation » des territoires pour plus de mixité. Le projet propose par ailleurs d’abaisser les plafonds de ressources pour l’éligibilité aux logements sociaux.  Par ailleurs, il doublerait les amendes aux communes qui refusent de construire des logements sociaux, comme les y contraint la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU). Pour aider les jeunes à se loger, le système de garantie locative, qui assure le bailleur contre les risques de loyers impayés, devrait être étendu. Au delà de ça, « nous exigeons un droit au logement décent », martèle Pascal Troadec. Le projet propose par ailleurs d’améliorer la gouvernance partagée avec les locataires, afin d’améliorer la gestion urbaine de proximité au travers de régies pour l’eau, l’électricité, le chauffage, le traitement des ordures ménagères ou l’entretien des parties communes. Enfin, le candidat de la « France insoumise » propose de généraliser la règle du « un pour un » : à chaque démolition d’un logement, la construction d’un nouveau.

Rénovation urbaine : priorité aux habitants du territoire pour se loger ou se reloger

Une rénovation du parc de logement doit permettre « d’ouvrir les quartiers, de les connecter aux différents réseaux de transport en commun et d’aménager des espaces publics de qualité ». Des montage financiers permettant ces travaux auraient pour objectif d’éviter la flambée des loyers et charges locatives. Les habitants seraient associés à l’élaboration des projets de rénovation pour éviter le sentiment de « perte de repère et de racines » qui peut accompagner le grand projet de rénovation. Dans tout projet urbain, priorité serait donnée aux habitants du territoire pour se loger ou se reloger, pour lutter contre le phénomène d’éviction des classes populaires de leurs propres quartiers qui accompagne souvent la « gentrification ». Là encore, les intentions ne sont pour l’instant pas accompagnées de précisions sur les moyens qui seront mis en oeuvre et la méthode qui sera utilisée.

Transport : améliorer les liens banlieue-banlieue et réinvestir dans l’entretien des réseaux

« Le réseau est trop souvent orienté sur l’aller vers et partir des centres des métropoles alors que l’offre d’emploi s’est largement déplacée vers la périphérie », constate l’équipe chargée de l’élaboration du livret. Le projet proposera alors « d’accentuer l’effort de liaison inter-quartiers au travers des différents moyens de transports collectifs (trains, bus, tram…), de réinvestir dans l’entretien des réseaux, ferroviaires notamment, et ce à un coût permettant de briser cette forme de ségrégation urbaine ». Aucune indication n’a été donnée sur le montant de l’investissement qui y sera consacré.

Considérant le fait que « 50 % des déplacements se font sur moins de cinq kilomètres », le texte proposera d’ouvrir une réflexion avec les usagers autour des modes de transports doux (vélo, trottinette, etc.). Le but est d’échafauder un plan décennal d’équipement qui permette de faire comme aux Pays-Bas, par exemple, ou ce mode de déplacement est très développé.

Cadre de vie et environnement :

Le texte promet de diviser par deux en dix ans l’emprunte carbone du parc de logement dans les quartiers. Pour cela, le projet propose un plan décennal visant en un renouvellement majeur des chaufferies collectives pour privilégier les « énergies alternatives ». Le projet propose également la mise en place de régies de quartier chargées de l’entretien des parties communes pour une plus grande responsabilisation des habitants, une généralisation du tri sélectif et une politique de réhabilitation des réseaux d’assainissement et des façades.

Santé : médecin à plein temps pour chaque établissement scolaire

En matière de santé, l’idée est de rompre avec un rapport d’urgence à la médecine. « L’accompagnement des familles en matière d’éducation sanitaire, de dépistage et de prévention » sera préféré au « rapport d’urgence au domaine médical ». Les centres de protection maternels et infantiles (PMI), gratuits pour les femmes enceintes et enfants de moins de six mois et de planning familial seraient dotés de moyens correspondant aux réalités sociales de leurs lieux d’implantation. Chaque établissement scolaire disposerait d’un médecin à plein temps. De grandes campagnes de dépistages seraient menées et les centre médicaux psychopédagogiques (CMPP) « renforcés et ouverts ». La limite imposée aux nombres de médecins qui peuvent être diplômés en France chaque année serait élargie avec une réforme du numérus-clausus pour permettre de lutter contre les déserts médicaux. L’équipe propose « le gel de la fermeture des établissements hospitaliers de proximité et l’ouverture de dispensaires et de cabinets médicaux multi disciplinaires ».

Loisirs, culture et sport : généralisation de la gratuité des musées

Une conviction doit être assénée dans ce livret thématique selon Pascal Traodec : avec l’automatisation et le dématérialisation de nombreux services, le temps est amené à diminuer. « Nous affirmons le droit au temps libres et aux loisirs (…) accessibles à tous« . Pour cela, volonté est formulée de doter les « structures d’éducation populaire » de moyens plus importants. Pour le sport, le texte préconisera un « plan national d’urgence pour la construction et la rénovation des structures sportives ». Il proposera par ailleurs de développer le sport comme moyen d’insertion professionnelle et facteur de réinsertions pour les jeunes en difficulté. S’agissant de culture, l’ambition de l’équipe est de favoriser l’accès aux lieux dédiés à la culture. Elle est aussi de faire connaître la production culturelle des quartiers. Les conservatoires, écoles d’art et médiathèque diffuseraient ces créations. Le « principe de gratuité des musées » serait généralisé et de grandes œuvres d’art « délocalisées vers des communes populaires » à l’occasion d’expositions temporaires. Aucune précision n’est apportée sur les chiffrages des moyens affectés à l’ensemble de ces propositions.

Sécurité et forces de l’ordre : matricule, sessions de formation et généralisation de la caméra-piéton

Proposition est faite de recentrer l’action des forces de l’ordre sur leur mission d’investigation et d’aide aux victimes. Il propose également de repenser et développer la formation des agents pour leur apprendre à agir avec calme et de manière proportionnée. Cette formation devrait inclure un module « d’éducation aux valeurs républicaines, en partenariat avec des associations de quartier ». Chaque policier ou gendarme se verrait obligé de porter un matricule pour le rendre identifiable. L’usage de caméras-piétons serait généralisé pour filmer les interventions. L’enregistrement serait sous contrôle de la justice pour éviter que les agents ne les utilisent à leur convenance. Pour remettre à plat les relations tendues entre citoyens et forces de l’ordre, les collectivités territoriales seraient tenues d’organiser une rencontre annuelle dans chaque zone de sécurité prioritaire (ZSP). L’équipe de campagne, qui a rencontré des associations qui militent contre le contrôle au faciès, souhaiterait également que les enregistrement puisent être demandés par les familles ou les mis en cause lors des procédures judiciaires.

Hors de l’action policière, les associations et collectivités locales devraient se saisir du volet prévention grâce à la médiation et à des politiques éducatives, sportives et culturelles. Structure de prévention spécialisées et service de protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) se chargeraient de mettre en œuvre les politiques des réinsertion et lutte contre la récidive. Les institutions judiciaires doivent faire appliquer les sanctions, mais chercher à privilégier des alternatives à l’incarcération.

Accès aux droits : réouverture de guichets d’accueil dans les services publics

Le texte dénonce « les nouveaux modes de contact avec les institutions ». Les échanges par Internet avec ces dernières laissent en effet sur le côté de la route tous ceux qui souffrent d’illettrisme, particulièrement nombreux dans les classes populaires. Les auteurs proposent donc la réouverture de guichets d’accueil pour permettre aux habitants d’entrer en contact avec les institutions sans avoir à passer par Internet. Reste à savoir combien précisément et pour quel service public.

Alban ELKAÏM

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