Dimanche 12 juin, nous sommes allées à la fête de Lutte ouvrière en tant qu’exploratrices débutantes. Pour la petite note sérieuse, voici ce qu’est LO : un parti d’extrême gauche révolutionnaire qui a pour but de défendre, ou plutôt, de se battre pour des meilleures conditions pour les ouvriers. La grande question que nous nous sommes posée : comment allier ces idéaux à une fête ?

L’après-midi, arrivées à Saint-Denis Université, nous avisons un car : c’est sûrement la navette gratuite mise à disposition par Lutte ouvrière pour ses militants. Il y a foule. Nous montons à bord. Direction le grand parc du château de Presles, dans le Val-d’Oise. En route, une passagère, dame des plus sympathiques, nous dit : « Cela fait plus de dix ans que je participe à cette fête. » Nous en concluons que beaucoup sont des habitués.

Nous rejoignons Laurent, notre ami militant qui nous avait conseillé de venir découvrir l’étendue de travail. Il nous montre tout ce que « les copains » (c’est ainsi qu’ils s’appellent entre eux) ont monté pour rendre la fête possible. Convivialité et, LO oblige, égalité. Soudain, nous apercevons un visage familier : un professeur de notre lycée. Nous discutons un bon quart d’heure avec lui près du stand auquel il est rattaché. LO ne s’arrête pas aux frontières de la France, les stands de la fête proposent des revues en espagnol sur les différentes révolutions en cours dans le monde. Nous avons même assisté à une petite conférence en espagnol, mais nous n’en avons pas compris grand-chose, le conférencier parlait tellement vite…

Prochaine escale : l’allocution de Nathalie Arthaud (sous la pluie ), qui a remplacé la vénérable Arlette Laguiller au poste de porte-parole du parti. Une allocution véhémente, qui à chaque phrase déclenche une salve d’applaudissements dans une foule saisie par le désir de révolution. Notre stupéfaction est totale lorsque les gens se lèvent, pour entonner, le poing levé, une chanson qui nous est inconnue. Nous nous sommes senties quelque peu gênées. Voir autant de personnes, unies comme une grande famille, nous a un peu bouleversées parce que c’était la première fois qu’on voyait autant de fraternité exprimée en un même lieu.

Nous poursuivons notre exploration. Nous sommes subjuguées par l’abondance de nourriture venant des quatre coins du globe : couscous, mafé, kebab, pizza, paëlla, moules/frites et plus encore, nous nous sommes régalées ! Les poissons en conserves nourrissent les métaphores politiques : « Si votre patron vous emmerde, mettez une sardine dans sa poche, cela l’occupera un bon bout de temps et vous serez alors tranquilles pour un moment. »

Les jeux destinés aux enfants sont aussi porteurs de messages révolutionnaires. L’un d’eux propose d’éliminer les grands dirigeants au moyen d’une catapulte (photo du haut). Mais voici une adulte que nous connaissons également : la CPE de notre lycée. Quelle surprise ! On ne s’attendait pas à retrouver tout le lycée à cette fête. Elle aussi est une habituée : « La première fois que j’ai participé à cette fête, j’étais toute jeune. » Elle nous dit que beaucoup des personnes présentes sont dans l’éducation nationale. Il est question des suppression de postes dans ce secteur, et il apparaît que l’un des moyens de lutter contre cette politique est de s’engager dans un parti de gauche, comme Lutte ouvrière.

Des films en différentes langues sont projetés montrant des peuples en révolte. Nous voudrions les regarder mais le temps nous est compté. Nous préférons visiter le coin « médiéval » : se présentent à nous des personnes en costumes qui jouent très bien leur rôle, comme dans ce spectacle de combat à l’épée. Il y a des ateliers poterie, calligraphie, boulangerie et même une forge. Les forgerons fabriquent devant nous des tire-bouchons, des couteaux, des pointes de flèches. Ils nous expliquent ce qu’était ce métier à cette époque lointaine. Une boulangère nous fait goûter du pain au pavot confectionné, là encore, sous nos yeux. Deux couturières enseignent les rudiments du tissage.

Tout ça pour dire que seul le peuple ouvrier est représenté à cette fête et non pas les seigneurs. Comprendre : depuis des siècles, les ouvriers sont la base, le fondement de toute société. Le message délivré par Nathalie Arthaud dans son allocution. Petit moment de détente avec un stage de poterie où nous avons fabriqué des chefs-d’œuvre (sans fausse modestie !). Le travail manuel, rappel de l’ouvrier.

Voilà, c’est fini. Nous reprenons la navette et pendant le trajet, nous nous immisçons dans un débat occupant deux femmes âgées au sujet du nucléaire et de l’avortement. C’est très animé, mouvementé puisque nous tous avons des positions divergentes. Les séniors sont toujours soucieux de l’actualité et s’investissent pleinement dans Lutte ouvrière.

Milie Chak et Mélanie Sick

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