Soutien de Nicolas Sarkozy et ancien ministre de la ville, Eric Raoult, député maire du Raincy nous a accordé un entretien vendredi 2 février. Nous avons voulu revenir avec lui sur les violences de novembre 2005 et évoquer la politique de l’UMP en direction des quartiers populaires.

Vous êtes élu de Seine-Saint-Denis depuis 30 ans. Quel bilan tirez-vous de l’action du gouvernement sur les quartiers ?

Les choses se sont améliorées et ont bougé sous la Présidence CHIRAC. D’abord, le pacte de rénovation urbaine initié par Jean-Louis Borloo est le plus grand effort mené depuis 15 ans dans la réhabilitation des HLM. La création de l’ Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU) est une première. Concernant la sécurité, les deux mots rapides et peut-être malheureux de « racaille » et « karcher » et la mort de Zyed et Bouna ont provoqué une crispation malgré l’amélioration. En 2002-2003, Sarko était applaudi quand il passait dans les banlieues. Il était aussi applaudi par Julien Dray à l’Assemblée Nationale. A La Courneuve j’étais présent : Une voisine du môme de 9 ans tué par une balle perdue l’interpelle : « il y a des tags partout, ça sent l’urine, il faudrait tout passer au karcher ». Sarko répond : « Oui madame, on passera tout au karcher ». Quelques semaines après, arrivé sur la dalle de l’immeuble à Argenteuil, il répond de la même manière à une autre dame. Aussi, on ne peut pas résumer l’action d’un homme politique au travers de deux mots. Mais les torts sont partagés, pour la première fois depuis de nombreuses années, il y a eu des actes de guerre civile, choper les flics, brûler leur voiture. Dureté des mots, violence des actes, il faut aussi un autre espoir pour les quartiers.

Ne pensez-vous pas que les violences de l’automne 2005 sont aussi le fruit d’une mauvaise gestion par le ministre de l’intérieur des événements dramatiques de Clichy sous bois ?

Tous les acteurs de ces événements on fait des erreurs. Les trois premiers jours, les autorités ont fait trop de politique et donné différentes versions du drame. Le président, Jacques Chirac aurait pu venir voir les familles des victimes, sa femme est d’ailleurs venue voir Muhetin à l’hôpital. Mais quand le frère de Bouna a dit qu’il ne voulait pas rencontrer Sarkozy mais De Villepin, la municipalité n’a pas calmé les choses. Il y a eu aussi beaucoup d’incompréhensions entre les jeunes et la police. Ceux-ci ne sont pas des fachos, ce sont d’abord des fonctionnaires. Cette année, plus de 300 policiers de la nouvelle promotion viennent d’arriver. La plupart de province. Leurs premières préoccupations concernent les problèmes de logement, d’école… Si l’on veut de la sécurité, il faut du respect pour tous, pour eux aussi.

La situation de Clichy-Sous-Bois s’est dégradée ces 15 dernières années. En novembre 2005, vous avez même dit que cette ville était une honte pour la France. Ne trouvez-vous pas que c’est une stigmatisation supplémentaire ? Comme ancienne Clichoise, cela m’a frappée.

(A Nadia Boudaoud) Vous êtes une Clichoise qui est partie dans une ville voisine, vous voyez, je suis bien informé. Ce ne sont pas les RG qui me l’ont dit, ce sont les listes électorales.

J’ai dit : « la situation à Clichy est une honte pour la France ». Je n’ai pas dit que les gens étaient une honte. La ville a commencé à sombrer de 1990 à 1995. Ce n’est pas Raoult qui était maire, c’est André Deschamps, parti communiste français. Il y a cinq ans, les logements HLM n’existaient pas à Clichy. C’étaient des co-propriétés dégradées partout. Les familles très pauvres arrivent dans cette ville et n’ont pas de revenus suffisants pour payer leur logement. Les gouvernements de droite ont apporté le plus de moyens financiers à la mairie pourtant de gauche. On a placé la ville en zone franche. On a augmenté de 472 % la DSU (Développement Social Urbain). Le plan de rénovation urbaine est le plus important de France : 450 millions d’euros. Je me suis toujours occupé de cette ville. Demandez à Claude Dilain (ndlr : le maire de Clichy sous bois), il ne pourra pas vous dire honnêtement le contraire. L’autre problème de Clichy est que dès que ses habitants commencent à avoir un niveau de vie plus élevé, ils quittent la ville. Il faut continuer le travail sur cette ville.

Le Raincy est considéré comme le 16 ème arrondissement du 93. Vous avez dit que c’était une « enclave en territoires occupés ». Qu’est-ce que vous vouliez dire par là ?

C’est un petit 16ème, mais dans le 93. Je n’ai pas l’impression d’être maire de Monaco.

Quant à mon propos, je veux le préciser. J’ai assisté à une manifestation de l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF). Devant tous les jeunes juifs présents, j’ai dit, suite à une plaisanterie de Dominique Strauss-Khan, que ma ville était un endroit où tous les juifs pouvaient faire leur Alya (retour vers Israël). Je n’ai pas dit cela en interview, j’ai dit cela devant les jeunes de l’UEJF et j’ai été applaudi.

Vous avez tout de même utilisé l’expression « enclave en territoires occupés ». Au regard des tensions, du contexte international, c’est mal venu non.

Je disais que ma ville recevait un grand nombre de membres de la communauté juive du département. Tout le monde a le droit de donner son avis sauf un mec de droite ! C’est vrai que ma ville est une enclave. Quand vous vous baladez le samedi et dimanche il y a des kipas partout. C’est pas moi qui ait fait venir la communauté, c’est une réalité. C’est vrai, ce propos peut, hors contexte, passer pour une connerie. Chacun son Karcher et sa Racaille. C’est comme Chirac avec l’Iran. Ce n’est pas toujours facile de bosser avec les journalistes. Cela dit, chacun à son vocabulaire et sa manière de parler. Je l’assume. Je n’ai pas le profil d’un danseur étoile. Je n’ai pas un look d’Enarque. Mon grand-père était communiste. J’ai appris à être clair et simple pour être compris.

Concernant les logements sociaux, vous êtes vice-président de l’Assemblée Nationale et pourtant, vous ne respectez pas la loi SRU qui impose 20% de logements sociaux dans votre ville.

Gilbert Roger, le maire de Bondy veut m’acheter un terrain dans ma ville pour y faire des logements sociaux. Je suis sûr que ses habitants apprécieront cet investissement. Le Raincy est une vielle ville qui a été urbanisée dès 1930. Le prix du mètre carré est trois fois plus cher qu’ailleurs. Et je ne trouve pas de place pour construire. Si je fais construire des immeubles trop hauts, je ne respecte plus la loi d’occupation des sols. Je peux difficilement trouver des terrains inoccupés.

La patinoire du Raincy est fermée depuis des années, elle est sur un grand terrain. Pourquoi ne pas faire à sa place des logements sociaux par exemple ?

Le Plan d’Occupation des Sols ne le permet pas. Mais dans les deux années qui viennent, nous aurons réalisé à notre rythme 50 logements sociaux. Sur la patinoire, nous allons plutôt créer un gymnase pour le collège du Raincy qui n’en a pas pour le moment.

Propos recueillis par Nadia Boudaoud

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