Il se prénomme Mohamed Ali, mais depuis tout petit, tout le monde l’appelle Abou. Non, non, il ne s’agit pas d’une dédicace au compagnon d’Aladin, ni d’une référence au Sénégal, pays de naissance de sa mère. C’est un hommage à l’un de ses oncles, Issa, décédé peu après sa naissance.

Fruit de l’union d’un Palestinien et d’une Libanaise née et ayant grandit au Sénégal, Abou, né en France il y a 27 ans, est ce que l’on peut appeler un mélange harmonieux. Ancien joueur dans un club de première division de Tunisie, il est aujourd’hui employé à la mairie de Drancy et évolue dans le club CFA de cette même ville (J-A Drancy). Mais si les projecteurs se portent sur lui aujourd’hui, ce n’est pas pour ses prouesses au « service communication » de sa mairie, mais parce qu’il est le seul Européen à avoir intégré l’équipe nationale de Palestine.

« Ça faisait un moment que je rêvais d’intégrer la sélection palestinienne du fait de mes origines, mais j’ai eu beaucoup de mal à entrer en contact avec les responsable de l’équipe, raconte Abou. J’ai appris qu’ils allaient jouer en Europe pour la première fois et alors je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais. J’ai finalement réussi à joindre l’un des dirigeants qui m’a dit qu’ils s’entraineraient le lendemain matin à Bruxelles. » Le soir même, Abou (à gauche sur la photo) prend un billet de train pour la Belgique. Le lendemain matin, muni de son sac de sport, il se rend au stade, va vers l’entraineur et lui dit : « Je suis palestinien, j’habite en France, je joue au foot et j’ai vraiment envie de jouer. » Son rentre-dedans paie : l’entraineur se montre chaleureux, lui demande d’aller s’habiller et de s’échauffer avec les autres. « Les autres joueurs m’ont tout de suite pris sous leur aile, ils étaient curieux de voir un Européen voulant jouer avec eux. »

La plupart des joueurs de l’équipe de Palestine évoluent dans les pays voisins (Jordanie, Koweit…). Pas étonnant qu’Abou, avec son côté occidental, soit devenu la curiosité du match. Le premier match de la sélection palestinienne en Europe se veut avant tout une rencontre symbolique. Organisé par la Commission européenne et l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), ce match a pour ses protagonistes une valeur considérable, à la fois politique et symbolique.

« Moi je voulais juste jouer au foot, je me suis retrouvé dans un truc politique, mais je l’ai pris avec rigolade », avoue Abou qui se dit « apolitique ». Le sport peut prendre des dimensions qui dépassent les sportifs eux-mêmes, comme on peut s’en convaincre dans le récent film de Clint Eastwood « Invictus », qui retrace le combat de Nelson Mandela pour faire de la coupe du monde de Rugby de 1995 en Afrique du Sud, remportée par l’équipe hôte, un moteur de la lutte contre l’apartheid.

Le sport peut soit rapprocher, soit diviser. On le préfère quand il a déploie des effets fédérateurs et diplomatiques. Ce fut le cas en octobre dernier lors du match amical entre la Turquie et l’Arménie, censé marquer les efforts de réconciliations entre les deux peuples, quatre jours à peine après la signature d’accords historiques.

L’équipe palestinienne n’en est pas encore là avec Israël. Pour son premier match, Abou joue 18 minutes, chose à laquelle il ne s’attendait pas en débarquant la veille. Les couleurs qu’il défend perdent 4 à 3 face au FC Brussels. « Nous leur avons offert une belle opposition », garde-t-il en mémoire. Son second match comme international se déroule en Palestine, la terre d’une partie de ses ancêtres, et ce match-là restera pour lui comme le plus riche en symboles. « Je n’avais qu’une chose en tête, c’était de retourner en Palestine, je n’y avais jamais mis les pieds. Dans ma famille, j’étais le seul à n’avoir jamais foulé le sol palestinien. »

Abou a 27 ans, il est accueilli par sa famille comme un don du ciel, d’une part parce qu’il n’était jamais venu en Palestine, mais aussi et surtout parce qu’il représentait, à travers le football, le combat de son pays pour l’obtention d’un Etat souverain. Il incarne malgré lui l’emblème de la résistance. Dans le stade d’Ar-Ram à Ramallah, l’équipe palestinienne et le Terek Grozny de Tchétchénie font match nul. Après avoir joué contre un club Turc et participé à la rencontre contre l’Irak, la première pour ce pays depuis 7 ans, c’est à Pékin que le « onze » de Palestine se rend pour affronter la Chine en match amical, perdu 3-1. Dernièrement, c’est au stade de Jéricho qu’avec ses coéquipiers, il a joué conte le Dynamo de Moscou. Nouveau match nul, 1 à 1, « mais on est satisfait, tout s’est bien déroulé », rapporte Abou.

Depuis 1998, l’équipe palestinienne est intégrée au classement Fifa. Le sélectionneur d’origine algérienne Moussa Berraz fait de son mieux pour respecter le calendrier. « Il est en train de structurer les rencontres afin qu’on puisse obtenir des points pour les prochaines qualifications à la coupe du monde », explique le Drancéen. Qui sait, les joueurs palestiniens réaliseront peut-être l’exploit de se qualifier pour la Coupe du monde de 2014. Même si d’ici là, Abou rêve d’« un match amical entre la France et la Palestine ». Raymond, si tu nous lis…

Widad Kefti

Widad Kefti

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