Jean Christophe Cambadelis, député de la 20e circonscription de Paris et depuis un an, premier secrétaire du Parti socialiste, a bien fait de choisir un Perrier plutôt qu’une bière à la brasserie le Murat. Le politique a eu besoin de toute sa tête pour tenir 52 minutes face à trois blogueurs qui ne l’ont pas menagé. Face à lui : Medhi Mekhlat, Badroudine Said Abdallah et Widad Kefti.
Il faut dire que ce « cliché d’homme blanc de 64 ans qui a le pouvoir » a un parcours politique atypique. Il fait ses armes à l’extrême gauche, plus précisément chez les trotskystes lambertistes dans les années 1980. Ses études sont marquées par son engagement syndical. Trente ans après, le voici à la tête du PS. Loin de la révolution, au centre de l’establishment politique, en somme. Le député, qui s’est par ailleurs distingué à l’Assemblée nationale par son absence, s’est vu gratifié d’une amende dont il affirme avoir «oublié» le montant. S’est-il assagi avec l’âge ? Ou était-il un gauchiste « tendance pif le chien » comme le disait Renaud ?
Situation des migrants et emploi
Parmi les sujets d’actualité abordés, le traitement pour le moins « musclé » des migrants lundi dernier dans le 18e arrondissement de Paris par le gouvernement a été l’objet de vifs échanges. Jean-Christophe Cambadélis, qui affirme avoir dans sa jeunesse aussi reçu des coups de matraque, refuse de parler d’agression de CRS car « s’installer où l’on veut quand on veut ce n’est pas un droit ». Sur le fond, il considère qu’il faut « que l’Europe investisse dans leur pays ».
Le député rappelle qu’un certain nombre d’entre eux sont logés par des associations en attendant l’aboutissement de leur demande d’asile. Cependant, la plupart de ceux qui ont été évacués souhaitent se rendre en Angleterre, c’est pourquoi ils ne demandent pas le droit d’asile en France. Par ailleurs, le statut de réfugié est très difficile à obtenir dans l’hexagone. En 2014, sur 52 053 décisions, seulement 8 763 ont reçu une réponse favorable de l’OFPRA (Office français des réfugiés et du droit d’asile) selon les chiffres du ministère de l’intérieur.
Malgré tout, Jean Christophe Cambadélis considère que le PS veut « faire que la vie des gens change ». Il déclare que le chômage des jeunes est « en baisse ». Dans la séquence « l’@ddition », Nassira El Moaddem dément cet argument, chiffres à l’appui. Motion A, plafonnement des indemnités de licenciement, le député est questionné précisément sur ces sujets dans cette chronique. Cependant, le premier secrétaire du Parti Socialiste, qui a vécu deux années de chômage après sa défaite aux législatives, affirme que son organisation politique « essaye par tous les bouts » de régler cette question, notamment en « facilitant le renouvellement du CDI ».
Sur « Les Républicains », nouveau nom de l’UMP, le député retrouve une partie de sa verve. Il y voit « une volonté de dire qu’il n’y a pas d’autres Républicains que les amis de Sarkozy » et « un emprunt à la politique américaine ». Il attaque aussi durement le fond qui selon lui « prend le discours du FN ».
Enfin, concernant le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales, il y est favorable. Lucide cependant, il sait que pour un tel projet de loi, les socialistes « n’ont pas la majorité » à l’Assemblée nationale. En revanche, il milite pour un « mouvement national des droits civiques » et se déclare « favorable au référendum ».
Dans l’ensemble, le discours est rôdé, l’élu de la République est désormais bien intégré à la machine socialiste, au point d’en prendre la tête sans sembler vouloir la révolutionner. Malgré tout, il assure que nous verrons « la nouvelle gauche » dont « la direction sera aux couleurs de la France ». Ce ne sera pas le premier à l’avoir promis.
 
Mathieu Blard
 

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