C’était un Jeudi après-midi. Mon frère, me voyant prendre son appareil photo, me demanda tout naturellement où allais-je avec son bien. « Jean-Michel Baylet est à Carrières, je vais faire un papier ». « C’est qui ça ? », me répondit le frangin. « Le candidat PRG aux primaires socialistes pardi ! » – « Connais pas » . Il n’est pas le seul. Car au milieu de François Hollande, Martine Aubry, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg  et Manuel Valls, Jean-Michel Baylet est le petit poucet.

Alors, à peine arrivé à la Mairie de Carrières-Sous-Poissy, qu’il dédie, ironiquement, quelques-uns de ses premiers mots aux médias présents : « C’est une surprise de vous voir ».  C’est vrai, il y avait du beau monde : Canal+, le Parisien, la Croix, le Bondy Blog…

En vieux mais ambitieux briscard, le sénateur du Tarn-et-Garonne et Président du PRG voit pourtant au-delà des présidentielles, pour lesquelles  il n’a évidemment aucune chance.  La présidence du Sénat par exemple, que son alliance avec le PS pourrait lui offrir  en cas de victoire de la gauche en 2012. Costume sombre, accent du midi sous le ciel gris francilien, celui qui est aussi  patron du groupe de presse La Dépêche et 509ème fortune de France selon le Magazine Challenges, était plutôt en forme sur les terres Yvelinoises d’un autre Radical, le maire de Carrières-Sous-Poissy, Eddie Aït.

A l’ordre du jour, la fermeture des services publics de proximité.  En la matière, Carrières-Sous-Poissy en sait quelque chose. Car comme son nom l’indique, la commune,  qui comptait près de 15 000 habitants au dernier recensement, a longtemps été une sous-ville,  aux allures de cambrousse abandonnée. Chiffres et maquette à l’appui, Eddie Aït, l’enfant du pays devenu big-boss de Carrières en 2008, explique à son Président, autour du champ lexical de l’ambition, ce qui a changé dans son fief depuis son élection.  Un truc du genre l’Etat n’est plus vraiment là, ok, mais ça urgeait donc on s’est débrouillé quand même. Et on se débrouillera encore.

Avant d’aller constater sur le terrain l’action de « ces municipalités qui doivent pallier seules le désengagement de l’Etat », Jean-Michel Baylet n’en oublie pas qu’il est candidat à des primaires.  Devant les caméras, il se plie ainsi au sempiternel rappel pour les cancres qui auraient manqué le début.  Autrement dit, l’énoncé de son projet politique, dans la peau, l’espace de quelques minutes, du futur Président de la république. D’abord il n’est pas socialiste, mais radical. De prime abord, l’affaire est compliquée. Pourquoi donc se présente-il dans un parti qui n’est pas le sien ? Pêle-mêle, pour faire valoir au sein du PS, parfois trop archaïque, les idées modernes des radicaux, pour  se rassembler contre la droite, et parce que le PRG a été l’instigateur du concept de primaire citoyenne pour choisir démocratiquement un candidat à gauche. Ne pas y être aurait été de mauvais goût, n’est-ce pas ?

Les emplois jeunes?  Trop chers, et sans avenir. Les retraites? Une réforme est inévitable. Les solutions au marasme socio-économique? L’Europe, parce que le PRG croit en elle plus que tout. Le Président de la République idéal ? Aimer la France,  défendre les libertés individuelles et être au plus proche du quotidien de ses concitoyens. Des solutions concrètes ? Un moratoire sur la fermeture progressive des services publics de proximité. Juste pour rester dans le contexte. C’est tout pour le topo.

Direction, après la théorie,  le centre social Michel Colucci flambant neuf, pour jauger l’aide à l’insertion professionnelle, puis le vétuste mais indispensable Centre Commercial du quartier Saint-Louis, qui  fait sa mue depuis maintenant deux ans. Retour de la Poste après des mois d’absence, ouverture  d’un poste de Police Municipale en attendant du renfort et d’un point d’accès au droit, pour les conseils juridiques et la vie citoyenne. La nouvelle équipe municipale n’a pas chômé. Ton solennel, attentif aux détails, Jean-Michel Baylet n’est pas avare en poignées de mains et en louanges : « C’est ce que j’appelle une ville exemplaire ».

L’heure tourne, toujours aucune déclaration fracassante sur ses amis du PS.  Les caméras et les micros scrutent. En vain. Le ton est à la concorde et au fair-play. Jean-Michel Baylet vient du pays du Rugby, il a l’esprit Coubertin.

A quelques mètres de l’effervescence journalistique, le quartier et ses immeubles de béton.  La cité ne fait pas partie du circuit. Dommage.  Elle aurait peut-être aussi voulu assister au protocole, et s’imprégner des primaires socialistes.  Une prochaine fois qui sait.

Tandis que le maire, élu à 63%, goûte les joies de la popularité en saluant des collégiens qui scandent son nom, Jean-Michel Baylet se rend compte qu’ici, personne ne le reconnaît. Une situation qui ne manque pas de faire sourire dans le cortège qui suit. Discrètement évidemment.

Derniers moments à Carrières-Sous-Poissy et petite tournée de courtoisie aux commerçants, qui avouons-le, ne sont pas légion.  Eddie Aït et Jean-Michel Baylet commencent par le « Cocotier », légendaire magasin local de produits exotiques. Et là, la lumière jaillit. « Bonjour Mr Baylet » lance le taulier. Jubilation, et pied de nez aux mauvaises langues, mal inspirées pour le coup, qui pensaient que le Sénateur finirait la traversée de la ville dans l’anonymat .Non mais ! Jean-Michel Baylet est quand même candidat aux primaires socialistes.

Ramsès Kefi

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