Un peu plus de deux mois après la table ronde « jeunes-police » organisée Place Beauvau par Fadela Amara et Brice Hortefeux, quatre associations de Bagnolet (93) entendent donner un son cloche différent. Encore marquées par la mort le 9 août d’un jeune homme à moto, Yakou, alors qu’il fuyait un contrôle de police, elles ont convié à une réunion, samedi, des organisations comme les Indigènes de la République, AC-Le Feu, CRI (Coordination contre le racisme et l’islamophobie) ou encore les Braves garçons d’Afrique.

Toutes les générations, de 22 à 65 ans, se retrouvent autour d’une table dans un local du quartier du Plateau. Parmi les « anciens », certains sont dans le « combat pour l’égalité » depuis des lustres. Leurs regards marqués par les cernes en dit long sur leur vécu. Leurs propos reflètent le désir de transmettre le témoin.

« Il n’y a pas que le côté « mort d’homme » dans tout ça. La violence est aussi dans l’éducation et l’inégalité », dit Brahim, militant associatif de longue date, à propos de la mort de Yakou. « Les gens sont résignés de plus en plus par rapport aux violences policières. Et à côté de cela, il existe une indifférence de la part des intellectuels et des politiques lorsque c’est un négro ou un bougnoule qui décède ! » affirme Houria Bouteldja, la porte-parole des Indigènes de la République.

« Oui, mais il faut voir comment les flics sont coachés aussi. Faut faire l’effort de se mettre à la place des autres. Quand Sarko arrive et dit aux flics « bon, ça suffit on arrête de jouer au ballon avec les jeunes » (ndrl : allusion à la suppression de la police de proximité), ça modifie l’approche qu’ont les flics de leur manière d’aborder les jeunes », tempère Fouad.

Cette réunion de samedi n’était pas un club interdit aux « Blancs ». On retrouve Gaël, un habitant de la ville venu apporter quelques informations : « Avant la mort de Yakou, il y avait un courrier dans nos boites aux lettres indiquant que la ville avec l’intercommunalité a fait une demande pour avoir plus de policiers. Il ne faut pas négliger le harcèlement des flics sur les jeunes. Du côté judiciaire, il y a un gros problème aussi. Dans l’affaire de Joachim Gatti (ndrl : qui a perdu un œil après un tir de flashball le 8 juillet dernier lors d’une manifestation à Montreuil), on est en train de noyer l’affaire car maintenant, on ne sait même plus qui a tiré. »

Au milieu de tous ces échanges, des idées d’actions émergent : d’abord, apprendre aux gens les droits dont ils disposent notamment lors des contrôles, la création d’un observatoire indépendant des violences policières et d’une coordination d’associations, « pour être plus efficace » sur ces problématiques, un regroupement de juristes, aussi, pour défendre le droit des familles.

Dans un style plus incisif, Bakary, des Braves enfants d’Afrique (qui a participé à la table ronde de Place Beauvau et qui actuellement est impliqué dans deux groupes de travail dans ce cadre-là), lâche : « J’habite le 19e arrondissement de Paris, le problème dans mon quartier c’est le trafic de drogue (crack et cocaïne). J’ai pu observer que certains flics, dans le 19 e, participent à ce trafic comme consommateurs. Les dealers recrutent parmi les plus jeunes du quartier qui d’ailleurs n’ont pas forcément de problème financier car les parents se battent et travail dur pour nourrir leurs enfants. Mais à un moment la rue t’appelle et te propose… »

Les associations peuvent être un rempart à « l’appel de la rue » à travers les outils culturels et sociaux qu’elles tentent de transmettre aux plus récalcitrants. Bakary ne néglige sûrement pas ce point, mais il s’interroge sur « certaines associations dans les quartiers qui reçoivent des milliers d’euros de fonds ». D’après lui, il faut contrôler davantage ce secteur de la vie des quartiers où il se passe parfois, des trucs pas très orthodoxes, à la limite du financement occulte : des responsables politiques et administratifs créeraient des associations écrans dans le seul but de détourner des fonds pour d’autres intérêts que ceux déclarés.

Aladine Zaiane

Aladine Zaiane

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