« Ça bouge (déjà) avec Kamel Hamza ! ». Tel pourrait être le slogan de campagne du candidat UMP à la Mairie de La Courneuve (93). Lundi 11 décembre, 18h30, Bernard Laporte débarque dans une ambiance surchauffée : c’est la fête à l’UMP ! Accordéoniste hors pair, un sympathisant engagé dans la « lutte » nous affirme même « qu’il y a plus de 120 personnes présentes ». Pas mal du tout pour un début ! Mais la question brûlante : toutes ces personnes sont-elles venues soutenir M. Hamza, ou alors sont-elles là pour une belle photo avec Bernard Laporte ?

Une chose est sûre, ce rassemblement compte de tout : des jeunes, des plus vieux et même des cheminots ! Tous attendent avec impatience l’arrivée du secrétaire d’État délégué aux Sports. Le voilà justement : il pose pour des photos souvenirs et « offre », avec son désormais célèbre accent ensoleillé, « son plus grand soutien à Kamel », avant de repartir pour une soirée au théâtre. De cette brève visite à La Courneuve, le ministre se dit conquis. Visite qui se résume par voiture, entrée, mini discours, sortie, en passant par le copieux repas offert par l’UMP.

Samedi 15 décembre, 14h30, le candidat Kamel Hamza est toujours de permanence. Sans M. Laporte cette fois. Son costard de velours noir contraste avec les murs rouges du local, aux couleurs de la France mais aussi de l’Italie, du Portugal et de l’Union européenne. On y arbore fièrement les paroles de La Marseillaise ou encore les photos de Nicolas Sarkozy, lors de sa visite très remarquée à La Courneuve. M. Hamza nous rassure d’emblée : « Ce n’est pas la permanence de Nicolas Sarkozy ou de l’UMP ; nous sommes ici dans la permanence du changement pour une ville meilleure ». Quelques minutes plus tard, la rencontre peut commencer : les candidats UMP de Bondy, Stains, Pierrefitte et Saint-Denis sont arrivés. Autour de la table, volonté affichée d’apparaître comme « un parti soudé, une grande famille », pour reprendre les mots de Mme Georgia Vincent, candidate à la Mairie de Bondy. Elle qui se sera heureuse de répondre à nos questions, même si – c’est bien connu ! – « Le Bondy Blog, c’est de gauche ! ».

Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre s’installe et Kamel Hamza entame son discours axé sur l’immigration. « Dans ces villes de gauche, l’immigration, c’est notre parcours personnel. Mais faut dire que l’on a été délaissés ; c’est pour ça que maintenant nous sommes les résistants ! Certes, les seuls… ». Italiens, Espagnols, Portugais applaudissent. Un petit goût de communautarisme règne dans la salle. On invite les Européens présents à s’inscrire pour voter lors de l’élection de mars 2008. « Ceux du changement pour une ville meilleure » parient sur la population européenne, plus ou moins importante, présente à La Courneuve et dans les autres villes de la Seine-St-Denis.

D’ailleurs, les candidats qui se succèdent au micro enfoncent le clou : dénonciation en règle des « référendums illégaux dans les villes du cocoland [communistes] », à savoir celui sur le droit de vote des étrangers. On évoque aussi l’existence, dans certaines mairies, d’un clientélisme entre les employés municipaux et les responsables politiques qui feraient en sorte que les Européens ne puissent s’inscrire. Sur le point PS–PC, le candidat UMP de Saint-Denis s’esclaffe : « Il faut déboulonner la Gauche ! », avant de renchérir d’un « 60 ans de Staliniens, ça suffit, non ? ». On n’est pas en reste avec les attaques contre la Gauche. Et c’est aux « socialo-communistes » qu’on impute tout ce qui va mal en Seine-Saint-Denis.

A La Courneuve, la ville du « kärcher » [propos tenus par M. Sarkozy], le véritable changement c’est l’UMP, nous assure-t-on. Son meilleur atout pour remporter la ville ? Kamel Hamza, le « candidat de la diversité et du renouveau ». Une candidature qui profitera de la guerre intestine des socialistes-communistes : Stéphane Troussel, maire-adjoint PS, et le maire communiste Gilles Poux seront tous deux candidats pour 2008. « L’éventuelle victoire d’Hamza serait symbolique », lâche le député-maire du Raincy, Eric Raoult.

Kamel Hamza promet la venue d’autres membres du gouvernement, notamment celle de Sarkozy en personne, qui devrait venir présenter son fameux « Plan Anti-Glandouilles ».  »Ils viendront tous », s’enthousiasme le candidat, d’un air assuré. Cela permettra, selon lui, de trouver l’argent qui manque à La Courneuve par le biais du gouvernement et de mettre fin aux nombreuses « engueulades » gauche-droite qui existent aujourd’hui avec la ville. Ne reste plus que l’avis des Courneuviens. 

Badroudine Said Abdallah et Mehdi Meklat (l’école du blog)   

Mehdi et Badroudine

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021