Dans la 10ème circonscription de l’Essonne regroupant des communes aussi proches géographiquement qu’éloignées socialement, le Mouvement Démocrate a choisi d’investir Jean-Bernard Mirabeau, un jeune homme de 28 ans. Avocat d’affaire au barreau de Paris, il ambitionne de devenir avocat des citoyens. Originaire de la ville de Nanterre, où il habite toujours, parrain d’honneur de l’association Zy’va pour laquelle il continue de s’investir, il se présente contre le député sortant socialiste Julien Dray. Jean-Bernard Mirabeau refuse l’image qui veut qu’il a été choisi simplement en tant que candidat de la diversité, sans pour autant disconvenir du fait que cette qualité peut symboliquement répondre à l’objectif que s’est donné le nouveau parti de François Bayrou, lequel annonçait, lors de l’un de son discours pour la création du MoDem, sa résolution de « propulser une génération politique nouvelle ». De Grigny, connue pour son quartier populaire de la Grande Borne, à Fleury-Mérogis, renfermant la plus importante maison d’arrêt d’Europe en terme de taille et l’une des plus problématique en termes de population carcérale, en passant par la calme et cossue commune de Morsang-sur-Orge, cette circonscription compte pas moins de 60 000 électeurs. A quelques jours du premier tour, rien n’est encore joué. Interview.

Comment en êtes-vous venu à la politique ?

J’ai grandi dans un milieu social populaire, je n’ai pas eu pour autant une jeunesse malheureuse. J’ai vécu dans plusieurs endroits dits sensibles, notamment à Corbeil-Essonnes dans la cité des Tarterêts et dans la banlieue de Nanterre. Depuis tout jeune, j’ai une passion pour les livres, en particulier pour la littérature classique. Victor Hugo, Emile Zola parmi d’autres, ont, pour partie, forgé ma vision politique. En classe de terminale, j’ai appris l’existence de Sciences-po et de l’ENA. A l’époque, les conventions d’éducation prioritaires de Sciences-po n’existaient pas encore. J’ai alors étudié le droit à la fac. En troisième année j’ai tenté le concours d’entrée à Sciences-po. Je m’en suis très bien sorti à l’écrit contrairement à l’oral. J’ai poursuivi mes études de droit, car j’avais en tête de devenir soit avocat, soit homme politique. Ca tombait bien puisque souvent l’un mène à l’autre ! Je me suis par ailleurs engagé dans le milieu associatif avec l’association de mon quartier Zy’va. Aujourd’hui, je vis en banlieue parisienne, je travaille comme avocat à deux pas des Champs-Elysées. J’arrive parfaitement à concilier les deux, ce n’est pas incompatible. En ce qui concerne l’engagement politique lui-même, je suis un citoyen actif et l’un des moyens d’œuvrer en politique est d’être candidat aux élections législatives.

Vous vous présentez sous l’étiquette du nouveau parti MoDem/Cap21. Faites vous partie du premier socle de candidats restés fidèles à François Bayrou ou de la deuxième vague qui a pris forme durant la course à l’Elysée ?

Au premier tour des élections présidentielles, j’ai voté pour le candidat UDF. Avant même que les sondages dégagent sa position de troisième homme, son attitude m’a plu. Mais si la création du MoDem n’avait pas eu lieu, je ne me serai pas présenté sous les couleurs de l’UDF. J’aurai eu le soutien de Cap21. En ce qui me concerne, je ne suis pas le parti, par exemple je n’ai pas pris de carte d’adhérent au MoDem, et c’est ce qui me plaît dans cette tradition centriste, ne pas être obligé de le faire. D’ailleurs, Jean-Marie Cavada n’a jamais pris sa carte à l’UDF. Je faisais au niveau local ce que François Bayrou a voulu faire au niveau national : c’est le parti qui m’a apporté son soutien. Le programme présidentiel de ce dernier m’a semblé le plus répondre aux exigences du pays. Pour autant, je ne cache pas mes points de désaccord avec ce dernier. Par exemple, son bilan au Ministère de l’éducation dans les années 1990 n’est pas, à mes yeux, convenable. C’est justement ce qui fait l’originalité de ce parti, ne pas être systématiquement tributaire d’une vision unique de faire de la politique, dire ses désaccords et construire un projet solide à long-terme.

Avant même la bataille du scrutin, tout candidat aux législatives se doit de mener un autre combat, celui de l’investiture, comment vous-êtes vous imposé, a-t-il été difficile de convaincre la direction du parti ?

A l’occasion de rencontres organisées par l’association Zy’va qui a accueilli une bonne partie des candidats aux élections présidentielles durant la campagne électorale, j’ai rencontré François Bayrou. J’ai ensuite pu faire des réunions de réflexion avec lui et rencontrer des personnes comme Eric Azière, Bernard Lehideux, Hervé Morin, en somme ceux qui dirigeaient le parti. Je les avais prévenus que je serai candidat, quoi qu’il arrive, sans étiquette. A cette époque là déjà, on préparait la création d’un nouveau parti, que j’ai proposé d’appeler le « Conseil des Démocrates Français ». Finalement, à la suite des élections et de la création du Mouvement Démocrate, je leur ai proposé de me présenter sous leurs couleurs. Il n’y a pas eu, à proprement parler de lutte, j’avais déjà un poids au sein des circonscriptions pour lesquelles je souhaitais être candidat. Il est vrai que si je n’avais pas eu cette assise, il aurait fallu que je mène un travail de terrain pour montrer que j’étais crédible, tache à laquelle la majorité des candidats à une investiture de cette nature là sont confrontés. A Nanterre, je n’ai pas eu « à faire mes preuves » du fait de mon implication associative avec Zy’va et du fait aussi que j’y ai grandi, et comme à Fleury-Mérogis et à Grigny, mes attaches sont solides, je n’avais pas à être légitime dans cette circonscription, je l’étais déjà.

Quelles sont les grandes lignes de votre projet législatif ? Y’a-t-il une proposition de loi qui vous tient particulièrement à cœur ?

Je propose de supprimer la redevance télévisuelle : quand on voit qu’Arlette Chabot, directrice de l’information sur une chaîne publique; le jour où elle reçoit Nicolas Sarkozy dans son émission, jour où l’affaire de l’achat de son appartement à Neuilly éclate, ne lui en touche pas un mot, c’est un peu jouer sur le contribuable. Sur la dépense publique, le prélèvement à la source est indispensable, la France est l’un des pays où le prélèvement est le plus élevé. D’autre part, il ne faut pas seulement contrôler la dépense publique mais aussi l’évaluer, selon une logique de résultat. Mais mon véritable cheval de bataille est l’éducation, car l’éducation est à la base de tout. Je suis de ceux qui veulent faire de toutes les écoles de France des écoles d’excellence. Cela passe par exemple par la fin des règlements intérieurs autonomes de chaque établissement, par la mise en place du collège unique, par la réhabilitation des Conseillers Principaux d’Education, en mettant en place un premier C.P.E. en charge du contrôle de l’assiduité de l’élève, un second chargé d’un véritable suivi de l’élève, afin de détecter, le plus tôt possible, ses lacunes et faire le nécessaire pour soutenir et aider l’élève qui rencontrerait des difficultés. Je veux aussi réconcilier les parents avec l’école, un vrai troisième trimestre, quitte à rogner un peu sur les vacances, plus d’activités culturelles et sportives à l’école, en somme une totale reconstruction de l’école de la République.

Face au député sortant Julien Dray, pensez-vous avoir vos chances ?

Je pense que Julien Dray a largement ses chances d’être au deuxième tour. Il dispose d’une certaine longueur d’avance, en sa qualité même de candidat sortant justement. Mais surtout, ce candidat socialiste a manié sa circonscription. Il a fait partie de SOS Racisme, c’est un ancien membre de l’UNEF, un véritable homme d’appareil. Il a ainsi l’habitude de tenir ses hommes. Il a pu, durant ces cinq années de législature sur cette dixième circonscription de l’Essonne tisser sa toile et former une assise solide. La question est de savoir si les électeurs vont suivre. D’un autre côté, Monsieur Dray, qui cumule les mandats puisqu’il est également Conseiller régional d’Ile-de-France, est relativement absent de sa circonscription, il n’y vit pas. Il est chargé de sécurité au PS, ça fait des années qu’il existe des problèmes d’insécurité à Grigny… .

On dit de vous que vous-êtes un candidat « anti-Dati », vous confirmez ?

Je suis étonné, je n’étais pas au courant ! Je ne suis pas du tout « anti-Dati ». Maintenant, j’assume le fait que je suis exactement le contraire de Rachida Dati. Dans la démarche politique, je pense être exactement aux antipodes de cette personne.

En cas d’échec aux élections législatives, visez-vous les municipales ?

Si j’en ai la force, oui probablement. Quoi qu’il en soit, je soutiendrai une liste à Grigny, c’est certain. Concernant Nanterre, c’est possible. Je ne sais pas encore sous quelle forme je vais m’investir pour les élections municipales, je pourrai aussi bien soutenir un candidat ou conduire une liste, mais je ne recherche pas spécialement de poste. Mais les élections municipales étant les plus à même de comporter les enjeux locaux, il est clair que je serai très engagé en 2008.

Propos recueillis par Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021