Ado, je me suis toujours dit que la politique c’était nul, chiant et trop long à comprendre. Moi, ce que je préférais, c’était le maquillage, me faire les ongles, avoir le plus beau sac et faire la commère. A la télé on ne voyait qu’eux, PS, UMP, PC…  Je ne me posais pas non plus la question du sens de ces sigles. Peut-être que PS ça voulait dire « Protections des Sourcils » ou que l’UMP en changeant les lettres ça donnait « Make-Up Prouver ». En fait, je n’ai pas cherché à comprendre plus que ça. Un jour, je suis tombée sur un reportage de journal sur la réforme des lycées. J’étais au lycée, cela me concernait donc directement.

En lisant le reportage, je n’avais pas le même avis que les journalistes et que les passants qui y étaient interrogés. A cet instant, je me suis rendue compte qu’il y a avait des choses plus importantes que le dernier défilé Chanel ou de savoir qui était le dernier copain d’Isabelle. Le lendemain, j’en ai parlé à tous mes camarades de lycée, des élèves aux profs. J’étais complètement révoltée par les propositions du gouvernement. Il fallait faire quelque chose pour se faire entendre, mais quoi ? C’était comme une drogue, je voulais toujours savoir ce qu’il en était de cette affaire, son évolution, s’il y avait une manifestation de prévue, ou autre. Je restais toujours à la page, non pas de l’actualité people mais de la reforme des lycées.

Jusqu’au jour où ils ont annoncé qu’il y aurait une manifestation. Puis certains de mon quartier m’ont même parlé d’un blocus devant les lycées. Soudain j’ai eu l’idée de bloquer mon lycée, signe de mon mécontentement. Il fallait se faire entendre. C’est à cet instant que mon engagement politique a commencé. Je me suis mise à parler de mon projet de blocus à tout le monde au lycée. Par la même occasion, je leur demandais ce qu’ils pensaient de cette reforme. En leur parlant je me suis rendu compte à quel point ils se sentaient concernés. Parfois, il y avait de l’incompréhension chez certains d’entre eux. Il a fallu expliquer le pourquoi du comment. Alors, je leur ai proposé de faire un blocus devant le lycée le jour de la grève. Mais comme on le sait, il y a toujours des « balances » pour freiner les choses. « Ils n’ont rien compris ceux-là ! », a même lancé une de mes profs.

Pari gagné ! J’avais avec mes camarades de classe et d’autres, réussi à mobiliser la majorité de mon lycée et à faire grève. Bien sûr, deux ou trois lycéens n’ont pas voulu se joindre à nous. Je leur ai expliqué les avantages de faire grève, pour éviter un contrôle de maths ou de bio, par exemple. Le jour J est arrivé. Le rendez-vous était fixé à 6 heures du mat, devant le lycée, avant que les profs n’arrivent. Quel souvenir ! J’ai l’impression d’avoir 50 ans et pourtant c’était il y a deux ans.

Devant le lycée, il n’y avait pas grand-monde. Déçue, sur le coup, je me suis dit tant pis on commencera sans eux. Il nous a fallu à peine une heure pour bloquer le lycée. Mais toujours pas grand monde à l’horizon. Une heure passe, deux heures passent et à 8 heures, heure du premier cours de la journée, les profs et les élèves ont voulu rentrer. Certains profs ont joué le jeu et sont restés à notre écoute. D’autres, non ! C’est pas grave de toute façon, il n’y avait pas beaucoup d’élèves en cours. Le blocus était un succès total. Mes camardes et moi, nous sommes restés devant le lycée toute la matinée et avons expliqué aux élèves qui n’étaient pas au courant, le pourquoi du blocus.

C’est à ce moment-là qu’une personne d’un parti s’est approchée de moi. Je n’ai pas du tout compris pourquoi au début. Elle m’a expliqué que des personnes l’avaient dirigé vers moi, parce que j’avais eu l’idée et m’étais engagée pour faire ce blocus. Elle m’a demandé si je voulais venir assister à une de leurs réunions. Je lui ai répondu « non ». Le soir, chez moi en regardant quelques sites de mode, je me suis renseignée un peu sur le parti qui m’avait abordé dans la journée. Je me suis aperçue que ce parti n’était pas pour moi. Ensuite, j’ai fait un vrai travail de fourmi pour trouver le parti qui me correspondrait au mieux.

Enfin ! Trouvé ! C’est ce parti qui me convient, je pense. J’avais trop peur d’en parler autour moi, peur d’être prise pour une loseuse. Si l’engagement y était, j’avais la peur au ventre d’aller vers ces gens-là. J’en ai parlé à ma fidèle conseillère, ma mère, qui trouvait tellement bien l’idée que je m’engage. Mais elle me demandait de faire le premier pas et me disait que là, au moins, je trouverais des jeunes qui partagent la même lutte que moi.

Un jour, en marchant avec ma mère, nous avons vu un jeune du parti en question distribuant des tracts. Ma mère m’a regardée avec des grands yeux et m’a dit : « Vas-y ». Elle m’a poussé. Là au moins c’était sûr, j’avais établi un premier lien. Nous avons commencé à parler, j’avais tellement honte, mais le courant est bien passé. Je lui ai donné mon adresse mail et mon numéro de portable. Le jour de la première réunion, j’ai dû me présenter, une épreuve pour moi, mais j’ai réussi. Surtout qu’il s’agissait de parler de ses envies, combats et convictions. Là je me suis sentie à l’aise. Aujourd’hui, j’ai toujours les mêmes intérêts et les mêmes envies, c’est un moyen de m’ouvrir au monde, d’aller de plus en plus dans un combat, celui « du respect et égalité pour tous ». Un combat que je veux poursuivre, parce qu’un jour on finit toujours par se faire entendre.

Irène Alambwa 

Irène Alambwa

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