A l’UMP, il y a deux wagons réservées aux femmes : l’un en tête de train, le soir, quand le danger rôde, et celui relégué en queue. Bruno Beschizza, secrétaire général du syndicat de police Synergie Officiers, tête de liste UMP-Nouveau Centre dans le 93, est le grand frère de la première voiture. Aude Lagarde, numéro 2 sur la liste, épouse du maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde, nuance un peu la proposition du candidat-policier, préférant parler de « premier wagon » réservé « aux personnes vulnérables ».

Et puis, il y a la voiture balaie. Celle de cette même liste 93. Deux femmes « issues de la diversité » ont renoncé à monter dedans. « C’est une liste karchérisée », tempête Madi Seydi, porte-parole des Jeunes UMP et reléguée à une place non-éligible sur la liste (28e). « La femme à abattre », comme elle s’autoproclame, vient de faire un bond de la 6e à la 28e sur la liste. Un double salto arrière qu’elle dénonce dans un communiqué intitulé « Ils ont nettoyé les listes au Kärcher ».

L’autre femme rétrogradée, c’est Sonia Imloul (photo). Elle a intégré le Nouveau Centre en 2008, au moment des municipales. Dimanche dernier, dans la matinée, elle a décroché son téléphone pour dire « non ». Elle n’accepte pas sa relégation à la 12e place alors qu’on lui avait promis, dit-elle, de figurer en position éligible (au-delà de la 4e place, les chances d’être élu sont minces). « Je ne comprends pas. Des gens qui sont sur le terrain, qui ont de l’expertise et de l’analyse, n’auront pas, pour des raisons obscures, la chance de pouvoir faire quelque chose ». Et pourtant, le staff du Nouveau Centre, après les Européennes, avait fait miroiter – juré-craché-si-on-ment-on-va-en-enfer –une place éligible à Sonia Imloul. Mais à la 12e place, « tu peux rien faire ».

Sonia Imloul l’affirme : « Il faut savoir dire non, ça suffit. » Ce qu’elle a donc fait. La Dyonisienne, diplômée, chercheuse à l’Institut Montaigne, membre du Conseil économique et social et membre exécutif de la fondation HSBC, pense ceci : « On ne veut pas de la diversité aux postes importants, on préfère mettre des gens qui se ressemblent tous. »

Ne voyez pas dans ce dépit une manifestation victimaire, ce n’est pas le genre de Sonia Imloul. C’est plutôt un coup-de-gueule adressé à ceux qui voulaient et veulent encore faire de la diversité leur alibi de fabrique. Nicolas Sarkozy, sitôt élu président en 2007, avait nommé Rama Yade, Fadela Amara et Rachida dati au gouvernement. Un « grand pas » salué par Sonia Imloul. Mais malgré cette révolution de l’image, « les choses ne bougent pas ».

Nous avons cherché à joindre Bruno Beschizza pour avoir sa réaction à la décision de ces deux femmes, mais entre un speed-dating politique et une réunion, le policier tête de liste UMP n’aura pas trouvé le temps de nous rappeler. Nous nous sommes alors tournés vers Frédéric Lefebvre, porte-parole du parti présidentiel, mais lui non plus ne nous a pas rappelés.

Aude Lagarde du Nouveau Centre se dit « surprise » lorsque nous l’informons des motifs du retrait de Sonia Imloul. « Elle (Sonia) m’a expliqué au téléphone que c’est pour des raisons familiales qu’elle a refusé » de figurer sur la liste, affirme la deuxième de liste. Quand on évoque un problème de place faite à la diversi…, elle nous laisse à peine terminer la phrase : « Diversité, enchaîne-t-elle, c’est une expression tarte à la crème qu’elle dit déjà du mot qu’il est « une expression à la crème. Regardez, moi aussi je suis originaire du Sud, je ne fais pas partie du terroir ! »

Et elle se défend doucement : « C’est une liste de la majorité présidentielle et le Nouveau Centre a peu de places. Alors quand l’UMP nous a laissé la 12e, on l’a immédiatement proposée à Sonia. C’est loin d’être méprisant, c’est la troisième place du Nouveau Centre sur la liste. »

La faute à personne, à en croire Aude Lagarde, la diversité sur la liste UMP-Nouveau Centre du 93 étant incarnée par Kamel Hamza (élu UMP de La Courneuve), 7e sur la liste. Sonia dit avoir « perdu une bataille mais pas la guerre ». Et promet de ne plus jamais « adhérer à un quelconque parti ».

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

mehdi_et_badroudine

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021