Jeudi 17 mai, début d’après-midi. Au Vieux-Port, entonnoir des passions marseillaises. Le corps d’un individu a été retrouvé au bout d’un ponton. Accident ou meurtre ? Pour « La Provence », grand quotidien régional, un feuilleton commence. Les jours suivants apportent des indices. La victime était hémiplégique. Un témoin affirme l’avoir vue avant son décès, dans une chaise roulante, poussée par un autre homme, qui l’aurait peut-être précipitée dans l’eau. La personne handicapée et celle qui l’accompagnait étaient soignées dans un hôpital psychiatrique. Les élections législatives ont lieu dans trois semaines. Face au port, j’attends Karim Zeribi, 41 ans, ancien chevènementiste, invité régulier des « Grandes Gueules » sur RMC, fondateur du parlement des banlieues et, surtout, candidat de La Nouvelle Gauche dans la 4ème circonscription des Bouches-du-Rhône, qui regroupe une bonne partie des quartiers nord de Marseille. « On arrive, on va manger », me dit-il au téléphone. Cinq minutes passent. Une voiture se gare sèchement à mes pieds. Trois hommes s’en extraient, énergiques, veston et lunettes noires. Allure de flics ou de caïds. C’est Karim et deux membres de son comité de soutien: Yassine Draja, qui travaille dans les forages d’eau, et Karim Driouche, prothésiste dentaire.

Repas au « Marseillais ». Bouillabaisse pour les quatre, « avec poissons sans arrêtes ». Je demande au candidat, qui porte la trace de coups reçus sur le nez, de raconter son agression, survenue dans la nuit du 7 au 8 mai. « Je suis en voiture avec ma femme lorsqu’un véhicule nous fait une queue de poisson après nous avoir dépassés. Deux hommes en sortent et se dirigent vers nous. Je n’ai pas le temps de discuter. Ils me frappent. J’ai le nez en sang. » Qui étaient les agresseurs ? « Je ne sais pas, des Européens. Ils avaient une voiture de location. J’ai porté plainte. » Karim Zeribi n’est pas bavard sur le sujet. Trop parler peut nuire. Cette attaque fait suite à deux tentatives d’intimidation. La première à la mi-février, quand un binôme envoyé par on ne sait qui, menace Zeribi en ces termes: « Toi, tu ne te présentes pas aux élections ! ». Qui sont-ils ? Zeribi se tait. La seconde a lieu dans la nuit du 4 au 5 mai. Sa permanence de campagne, avenue Saint-Louis, dans le 15ème arrondissement de Marseille, est cambriolée. Le ou les voleurs emportent des ordinateurs et des listings.

Le candidat de La Nouvelle Gauche – répertorié sous « divers gauche » à la préfecture des Bouches-du-Rhône – est un danger électoral pour le communiste Frédéric Dutoit, député sortant. Mais plus encore pour le candidat investi par le Parti socialiste, Henri Jibrayel, vice-président du conseil général et à ce titre, distributeur de subventions aux habitants des quartiers dont il entend devenir l’élu à l’Assemblée nationale. Frédéric Dutoit condamne l’agression « inacceptable » de Karim Zeribi, qui relève de « pratiques d’avant, où le Front national se comportait de la sorte, dérives que nous avions réussi à juguler. Je serai le dernier rempart aux agissements mafieux. J’espère que la PJ va faire son boulot. » A ce jour, la police judiciaire de Marseille n’a pas mis la main sur les agresseurs de Zeribi, ni élucidé les causes de l’incendie criminel qui a partiellement détruit en 2006 la permanence électorale de Frédéric Dutoit. Le candidat communiste stigmatise le FN, mais certaines pratiques socialistes, héritées du bon Monsieur Defferre, ancien résistant et maire de Marseille aujourd’hui décédé, cachaient du feu sous la gouaille.

« Nous ne voulons pas du clientélisme, tape du poing Karim Zeribi. Créer des associations, sans évaluer ensuite leur efficacité, aux seules fins de les arroser de subventions, ce n’est pas un avenir pour les quartiers populaires. On préfère les voir dépendants de la piqûre du sommeil. On leur dit: entrez dans le système ou crevez la bouche ouverte. Tout ça, c’est une forme de néo-colonialisme. » La 4ème « circo » des Bouches-du-Rhône compte 48 000 électeurs inscrits. Il est impossible de savoir combien d’entre eux sont issus de l’immigration africaine, Maghreb inclus. Une majorité peut-être. Sous la Ve République, il n’y a jamais eu, à Marseille et dans sa région, d’Arabo-Berbère ni de Noir élu à un scrutin uninominal. Avec Karim Zeribi et le bayrouiste Slimane Azzoug dans la 4ème, avec l’UMP Nora Remadna Preziosi dans la 7ème, les choses peuvent changer. « Je suis fier de mener ce combat-là aux côtés de Karim, dit l’autre Karim (Driouche). Avec lui, j’ai signé un contrat de 30 ans renouvelable. »

Antoine Menusier

Antoine Menusier

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