Il était environ 16 heures. Samir, un ingénieur de 34 ans, était déjà dans l’isoloir quand il a entendu une voix hurler « Stop ! Vous n’avez pas le droit de voter ». Pourtant, Samir avait  sa carte d’électeur, délivrée par la mairie, et sa pièce d’identité en règle. « Les gens de la mairie étaient navrés de cette mésaventure et vraiment serviables. Quand je suis arrivé dimanche, je n’étais apparemment pas le seul à être dans ce cas là, j’étais le  septième à entamer la démarche et à souhaiter la radiation express d’une liste ignorée où j’ai été inscrit à mon insu. Personne ne m’a jamais informé là-dessus. C’est grave », déplore le jeune homme.

Lorsque l’on a vécu une ou plusieurs années à l’étranger, il faut, de retour en France, demander sa radiation au consulat où l’on vivait à l’étranger. Le quai d’Orsay a reçu dimanche dernier, lors du premier tour de l’élection présidentielle, des réclamations de milliers de citoyens français. Des citoyens qui avaient pourtant voté lors des précédentes élections.

Durant sept ans, Samir a travaillé dans une compagnie pétrolière à Dubaï.  A l’époque de la présidentielle de 2007, il vivait déjà là-bas. Il avait pu voté au sein du consulat de France à Dubaï. Il est revenu en France en novembre 2011. « C’est louche cette histoire, pourtant j’ai bien reçu une carte électorale en France chez moi m’indiquant d’aller voter au bureau de vote de mon domicile en France, le même endroit où j’ai toujours voté depuis mes 18 ans. »

Comme lui, des milliers d’anciens expatriés ont du demander au ministère des Affaires étrangères d’être radié « in express » de leur ancien centre de vote à l’étranger. Pour Samir, le fait de recevoir sa carte électorale voulait tout dire. Jusqu’a ce qu’un employé de sa municipalité lui fasse entendre le contraire.  Dépité Samir est d’autant plus scandalisé quand il voit le résultat du Front National et l’écart serré entre François Hollande et  Nicolas Sarkozy, lui qui comptait voter François Hollande. Il reste tout de même conscient que sa voix n’aurait pas changé grand chose, « Mais quand même, imaginez le nombre de personnes qui sont dans la même situation que moi, on sait jamais, ça peut tout de même faire une différence ».

Ce qui l’agace d’autant plus, c’est d’avoir été  « considéré comme abstentionniste alors que j’ai toujours voté et que je voulais voter, ça fout les boules. Des gens se sont battus pour ce droit et je suis le premier à critiquer ceux qui ne votent pas ». Dans certains bureaux de vote, comme celui de Samir à Tremblay-en-France, la municipalité était au courant de ce bug. Un document de déclaration sur l’honneur était mis à disposition du citoyen pour demander au ministère des Affaires étrangères d’être radié de son ancien centre. Il devait s’engager à ne voter qu’une seule fois, sous peine d’encourir deux ans d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

« Il a fallu joindre le ministère des Affaires étrangère mais, dés le début de la matinée, leurs services étaient saturés ». À 17 heures 50, après une journée passée à courir derrière ce droit élémentaire, certaines demandes ont pu être traitées par les services de l’État. Il a fallu transmettre au nouveau bureau de vote, en temps réel, la confirmation que le vote de ces citoyens était possible. Autrement dit,  veiller à ce qu’ils ne votent pas deux fois. Plus de 5 000 ex-expatriés ont pu profiter de cette procédure exceptionnelle selon le Quai D’Orsay, qui a dénombré plus de 6 000 demandes de radiation. Reste que quelques 1 000 ex-expatriés n’ont pas pu voter, comme Samir. Lui qui s’est aperçu de ce problème à 16 heures s’est vu dans l’incapacité de voter dimanche dernier en raison de l’heure tardive à laquelle sa demande a été soumise.

Samir décolère et positive, sa situation est aujourd’hui rétablie. Il s’est assuré de pouvoir le 6 mai. Il se l’est dit : il ira voter dès 8 heures pétantes dimanche prochain.

Mohamed Mezerai

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