Les menus contenant du porc sont bel et bien au centre l’attention. Et supprimer l’offre de choix revient pour certains ténors de l’UMP au respect de la laïcité républicaine. « Un faux argument » selon le rapporteur de l’Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadene, pour qui « la laïcité ne dit pas d’imposer un seul menu, ce n’est pas vrai ».
Une polémique rapidement reprise par le président du parti Nicolas Sarkozy, appelant au respect de la laïcité : « La République est laïque, et nous refusons absolument – c’est notre tradition, c’est notre façon de vivre, c’est notre idéal – qu’on fasse la différence entre des personnes, dans le service public, en fonction de leur appartenance religieuse ou de leur origine » a lancé l’ancien président sur le plateau du JT de TF1. L’accès à la cantine pour tous n’est pas du goût de l’ancien chef de l’État, pour qui les enfants qui ont « des habitudes alimentaires confessionnelles » n’ont qu’à aller s’instruire dans des écoles privées.
Une proposition qui, sans nul doute, intéressera la majorité des familles qui n’en n’ont pas les moyens. Pour Nicolas Cadene, rapporteur de l’Observatoire de la laïcité « Le fait est que ce type de mesure va stigmatiser une partie des élèves en raison de leurs convictions personnelles, et va même parfois les exclure. Il y a donc un vrai problème, contraire au principe de la laïcité ».
La laïcité, un concept à la mode
A voir tous les partis évoquer ce fameux principe, y compris le FN, il semble être devenu « tendance », au point de le rendre flou. Mais peut-elle être invoquée lorsqu’il s’agit de supprimer des menus de substitution, créés pour permettre à chacun de manger de la viande, même en cas de restrictions ? « Chaque mairie est souveraine sur le choix des menus et des prestataires » rappelle Nicolas Caden, « en revanche, c’est un contre-sens que d’invoquer la laïcité. Elle ne suppose absolument pas l’interdiction d’une offre de choix ni même l’imposition d’un menu spécifique. En aucun cas. ». Le rapporteur de l’Observatoire va plus loin, pour qui cette affaire est source d’inquiétude « ce serait un changement de conception de ce qu’est la laïcité, telle qu’elle a été conçue avec la loi de 1905. De fait, lorsqu’on l’emploi de cette manière, cela exclue et stigmatise une partie de la population. Alors même que la laïcité est là pour rassembler et assurer le vivre-ensemble ».
Alors que certaines communes sont tentées d’exclure de la cantine les enfants de chômeurs, la question de la stigmatisation dans les écoles publiques revient au centre des débats. La restauration scolaire est un service public, auquel s’applique donc le « principe d’égalité », comme l’affirme la justice administrative. Pourtant, « de fait, il y a de plus en plus de mairies qui reviennent sur cette question de menu de substitution, et nous le regrettons » constate le rapporteur de l’Observatoire de la laïcité.
Célia Coudret

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021