Jean-Pierre m’accueille dans la salle à manger de son pavillon où la température affiche 19,1 degrés. Je suis loin d’être frigorifiée. « Il fait bon, là. Pourtant à mon travail, il fait 27 degrés et certains se sentent bien alors que moi, j’ai trop chaud, j’ai mal à la tête. » Jean Pierre, c’est mon voisin bondynois qui enfourche sa bicyclette vers 7 heures du matin au moins trois fois par semaine pour se rendre sur son lieu de travail. Beaucoup de ses collègues qui sont à 10 minutes du boulot viennent en engins motorisés polluants.

Sa femme et lui ont trois enfants. Et deux voitures aussi, dont une Espace. Ces dernières sont très souvent moteurs éteints. « J’ai réussi à convertir ma femme au vélo petit à petit. L’usage de la voiture autant que faire se peut, on évite. » Quand son petit dernier l’interroge : « Papa, pourquoi on ne prend pas la voiture ? », son père répond : « La voiture c’est pour les longs trajets ou en cas d’intempéries. »

Lorsqu’il est seul sur sa selle, Jean-Pierre reçoit de délicates attentions : insultes délicieuses, incivilités et autres joyeusetés des automobilistes. Rien (ou presque) ne lui est épargné : « Autant ils vont dépasser une voiture avec une distance de sécurité correcte, autant, ça ne les empêche pas de rester coller à mon vélo, à la limite de l’arrachage de bras. »

Véloce, ce cadre technique à France Télécom a une vitesse de croisière de 35 à 40 km/heure, et cela irrite profondément les automobilistes. Il ne se laisse pas démonter : « Je passe mon temps à me bagarrer. Il faudrait mettre les gens à la place d’un piéton, puis d’un cycliste, puis d’un automobiliste. » Il connaît la loi, qu’il me récite : « La piste cyclable est un bien-être qui est fait pour le cycliste, mais elle n’est pas obligatoire. Il est fortement recommandé pourtant, de l’emprunter. »

Dans les pays riches et pour l’heure, la petite reine est souvent reléguée aux seconds rôles. Individualisme, société de consommation, efforts (faut pédaler) et peu d’emplacements prévus pour la garer. « L’autre fois, j’ai été aux impôts et j’ai monté, pour bien leur faire comprendre, les deux étages à la main avec mon », raconte Jean-Pierre.

Notre cycliste militant exècre le gaspillage d’énergie : ampoules basse consommation, économiseur d’eau, composteur au fond du jardin, récupérateur d’eau de pluie ont élu domicile sur son territoire. Il a été jusqu’à penser accrocher une charrette à son vélo. Les langues d’aspic le définiraient volontiers comme écolo doublé d’un radin. Se sent-il écolo ? « Le terme me fait doucement sourire. Pour moi, c’est une question de bon sens : faire couler la douche alors que je ne suis pas dedans, surchauffer une pièce pour ouvrir ensuite grandes les fenêtres, c’est absurde. Avec le composteur (photo), tout ce qui est végétal permet de rempoter les plantes aux beaux jours. L’eau récupérée permet de laver le parterre, la voiture, d’arroser les plantes. » Sa logique, visiblement, paie : l’argent économisé permet de partir en vacances.

Il affirme qu’à Bondy, l’écologie n’est pas le premier souci des autorités locales. « Le gymnase du groupe scolaire Pierre Curie, c’est un scandale. Sur la toiture, c’est juste une tôle. L’Allée de l’étoile, on pourrait la rebaptiser l’étoile tout court tellement elle est illuminée. La mairie pourrait développer l’éclairage photovoltaïque à détection. » La municipalité, par la voix d’Eduardo Rihan Cypel, chef de cabinet du maire Gilbert Roger, s’inscrit en faux contre ces critiques et fait valoir des réalisations de type écologique : « La ville de Bondy compte trois bâtiments à basse consommation, deux existants et un en cours de réalisation : les deux nouveaux groupes scolaires Olympe de Gouge et Guillaume Apollinaire inaugurés en 2007 et le futur Centre de loisirs de la terre Saint-Blaise en cours de construction », indique-t-il, à titre d’exemples.

JP, lui, étend son constat de dépit aux autoroutes, « tant éclairées par endroits que les automobilistes circulent feux éteints. Les animaux en sont déroutés… » Mon voisin ne médit pas pour autant sur ses semblables : « La logique de l’humain, dit-il, elle est toute simple : on est là pour 90 ans. Pourquoi acheter une petite voiture quand on peut s’en offrir une grosse ? José Barroso, le président de la Commission européenne, a été parmi les premiers à parler du bonus malus, et pourtant il roule en super gros 4X4 seul. »

Jean-Pierre reste persuadé que tant qu’il n’y aura pas de catastrophe écologique, rien ne changera. Pour enrayer le réchauffement climatique, il faudrait consentir un effort financier. Peu convaincu par le Sommet de Copenhague qui s’achève aujourd’hui – « on en fait beaucoup trop autour » –, il estime plus efficace l’action du gouvernement français qui, par des incitations fiscales (valant pour les panneaux solaires, par exemple), contribue à un monde plus vert.

Un indicateur micro-économique laisse Jean-Pierre le cycliste très dubitatif : « Si tu veux devenir riche, tu fais une boulangerie drive, un tabac drive, une librairie drive… » La bagnole, facteur de croissance… Vite, des bagnoles toutes vertes !

Stéphanie Varet

Stéphanie Varet

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