L’élection présidentielle coïncide avec les vacances scolaires de Pâques. Si la plupart passera par la case isoloir, d’autres auront peut-être les pieds dans l’eau. Mais pas d’excuse valable. Quand on veut on peut. La procuration existe. Mes parents sont en vacances et ils ne seront pas là pour le premier tour. Il a donc fallu faire les démarches nécessaires pour une procuration. Seulement, il y a avait des critères particuliers et très stricts à respecter.

Déjà, on ne peut pas donner deux procurations à une même personne. Ce qui veut dire qu’il n’y a qu’un de mes deux parents qui peut faire procuration à mon frère, qui est le seul enfant de la maison à avoir le droit de vote. Mon père pensait que ce n’était pas un problème, qu’il ferait procuration à sa sœur qui habite une commune voisine. Impossible : la personne à qui nous faisons procuration doit habiter la même commune que nous.

Un vrai casse-tête quand ne connait pas grand monde dans sa ville. Il y a bien les voisins. Mais pas évident de confier son  vote à des personnes avec lesquelles on a pour seuls échanges des « Bonjour », « Bonne journée », « Au revoir ». Et puis, les choix politiques sont personnels, et on ne communique pas facilement ses préférences politiques à n’importe qui. Heureusement, à quelques jours du premier tour, nous avons fini par parler politique avec ceux que nous connaissons le mieux, ils avaient les mêmes convictions que mes parents. Bingo.

Pour faire procuration il faut se rendre au commissariat de sa commune. J’y suis allée avec ma mère. En entrant dans l’établissement, un grand panneau est calé sur un bureau. C’est bien là qu’ont lieu les demandes de procuration. Tout se passe dans le hall. Et pourtant on ne se marche pas dessus. Quelques jeunes patientent sur les sièges. Trois secrétaires derrière le comptoir d’accueil. Un silence de mort. Seul distraction : le bruit du distributeur de café installée dans un coin.

« Mesdames, c’est pour une procuration? Venez », nous dit l’une dame des employées tenant le bureau avec une de ses collègues. Elle nous appelle alors que la place n’est pas encore libre, une femme d’un certain âge est en train de signer. Elle termine ses démarches pendant que ma mère commence les siennes. La secrétaire lui demande sa pièce d’identité, lui pose deux questions : « C’est pour la présidentielle ou les législatives ? Premier ou deuxième tour ? » Elle remet enfin un dépliant cartonné à ma mère intitulé « procuration sur l’honneur ». Après avoir rempli l’état civil du mandant puis celui à qui elle fait procuration, il faut maintenant préciser la raison de la procuration : handicap, obligations professionnelles, hospitalisation ou départ en vacances.

Après avoir signé, l’employée s’en va tamponner la feuille dans le bureau d’un chef et revient avec, 2 minutes après. « Voilà un duplicata, votre fils va recevoir un courrier dans sa boîte aux lettres dans quelques jours ». Ma mère range le papier qu’on vient de lui donner. Derrière, un couple attend son tour. L’opération est terminée, ça a duré dix minutes.

Sarah Ichou

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