François Bayrou n’a pas besoin d’être explicite sur ses intentions. On comprend que cet homme-là vise l’Elysée, et rien d’autre. Alors, patienter cinq ans encore, ce n’est pas si long. Il va créer sa propre force de frappe, un Parti démocrate, a-t-il annoncé hier après-midi dans un grand hôtel parisien. Il présentera des candidats dans toutes les circonscriptions aux législatives de juin. Officiellement, il s’agit de doter la France d’une troisième formation politique importante, à côté de l’UMP et du PS. Mais le rêve de Bayrou est sans doute d’en faire un Parti démocrate à l’américaine, nouvelle offre d’alternance à la puissance de droite qu’est devenue l’UMP. Le Béarnais estime sûrement qu’une victoire de Nicolas Sarkozy le 6 mai, davantage qu’une défaite, servirait ses desseins. Il s’ensuivrait une crise au PS, qui provoquerait sans doute des départs vers le Parti démocrate.

On n’en est pas là. Ségolène Royal peut gagner. Bayrou a accepté de débattre publiquement avec elle. Il trouve le programme de la candidate socialiste trop étatiste, mais, à l’entendre, il aime encore moins le style de Sarkozy, qui, « par sa proximité avec les milieux d’affaires et les puissances médiatiques, par son goût de l’intimidation et de la menace, va concentrer les pouvoirs comme jamais ils ne l’ont été. Par son tempérament, et les thèmes qu’il a choisi d’attiser, il risque d’aggraver les déchirures du tissu social, notamment en conduisant une politique d’avantage au plus riche ». François Bayrou nourrit de hautes ambitions. Mais cela justifie-t-il qu’il puisse instrumentaliser à des fins personnelles les banlieues, à la rencontre desquelles il est allé durant sa campagne ? Avec humanité, il les a mises en exergue de sa conférence de presse: « Partout on croise de lourdes misères, personnes âgées aux ressources très faibles, travailleurs pauvres, difficultés de logement, partout la couleur de la peau, la consonance du nom, la religion, dressent les Français les uns contre les autres, partout le quartier où l’on vit, l’adresse postale, forment un ghetto. »

Le futur chef du Parti démocrate sait que de nombreux Français issus de l’immigration maghrébine et sub-saharienne ont voté pour lui dimanche dernier, dans l’espoir qu’au second tour, il formerait le meilleur rempart à Nicolas Sarkozy, qui leur fait peur. Ses 18,5%, François Bayrou les doit aussi à cet électorat-là. S’il pense vraiment que le président de l’UMP est un danger pour la concorde nationale, la logique, sinon la morale, voudrait qu’il appelle, même avec des réserves, à voter pour Ségolène Royal. François Bayrou est la vedette de l’entre-deux tours. On l’attend désormais au tournant des législatives. Qu’adviendra-t-il de lui s’il ne parvient pas à constituer un groupe « démocrate » dans la future Assemblée ? Il prend un gros risque.

Antoine Menusier

Antoine Menusier

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