François Hollande a donné lundi 15 décembre son premier grand discours sur l’immigration. Il l’a réalisé dans un cadre très symbolique, lors de l’inauguration, sept années après son ouverture, du Musée de l’immigration (XII°arrondissement). Dans ce discours, le président français s’est voulu apaisant mais est resté ferme sur les questions de laïcité et de valeurs démocratiques.

« Rendre aux immigrés la place qui leurs conviennent dans le récit national. » Voici, l’objectif principal du Musée de l’immigration et la phrase d’entrée du discours de François Hollande. Le premier, sur le sujet au combien sensible de l’immigration. Le président français a tenu des propos apaisants et rassurants dans l’auditorium Philippe Dewitte et devant un parterre de près de 400 personnes. Cette grande salle aux fresques coloniales a été inaugurée lors de l’Exposition de 1931. Un espace majestueux et donc symbolique.

François Hollande a commencé par un rappel historique. Un Français sur quatre a au moins un grand-parent étranger, a-t-il rappelé avant de citer les différentes vagues de migrations. Il a d’ailleurs souligné l’apport de ces différents épisodes migratoires – lors de la Révolution industrielle, lors des guerres ou encore pendant la décolonisation – et la démarche active de la France dans ces flux.

Le Président français a ensuite salué l’initiative de Lionel Jospin qui en 2001 a proposé la création d’un musée de l’immigration. Ce Palais de la Porte Dorée symbole d’une époque révolue peut devenir ainsi « le musée de toutes les immigrations, de toutes les fiertés ». Pourtant, c’était mal parti. Ouvert officiellement en 2007, Nicolas Sarkozy qui surfe alors sur la vague de la peur de l’immigré refuse d’inaugurer ce lieu trop chargé en symboles. Il aura donc fallu sept années pour qu’un président vienne officialiser, adouber ce lieu culturel, « comme si l’immigration devait être toujours un sujet difficile ». Avec 500 000 visiteurs depuis son ouverture, le président a promis 1 million d’euros supplémentaire de budget dès l’année prochaine, pour aider à son développement. Preuve pour lui, de l’intérêt porté à ces thématiques.

La reconnaissance des chibanis

Après ce préambule, François Hollande s’est attaquée aux questions de société. Il a évoqué, voire évacué, certaines telles que la Francophonie ou le droit de vote des immigrés aux scrutins locaux. Il a souligné les peurs qui traversent la société d’aujourd’hui : l’étranger qui vole le travail des Français, le doute sur la possibilité de la France à « assimiler les étrangers »… « Il n’y a rien de neuf dans ces discours, a-t-il relevé, ce sont toujours les mêmes préjugés, les mêmes suspicions », soulignant la pénétration de ces thèses dans notre société en crise. Un bruissement qui se répand dans toute l’Europe. Contre cela, il faut reprendre le combat et ne rien laisser passer, a-t-il marteler. « La réussite de l’intégration déterminera notre destin. »

François Hollande a rappelé l’importance du droit du sol dans notre République sans sous-évaluer les devoirs qu’impliquent le droit à la nationalité française : parler la langue et avoir les notions des valeurs de notre pays. D’autre part a-t-il rajouté, la France doit accueillir de nouveaux arrivants seulement si elle est capable de donner un avenir et une place digne à ces personnes. Ménageant ainsi la chèvre et le chou, le Président a marché sur un fil d’équilibriste pendant une bonne partie de son discours.

Plusieurs mesures ont été annoncées sur les questions d’immigrations. Le président veut faciliter la venue d’étudiants étrangers en France, rappelant au passage l’abrogation de la circulaire restrictive de son prédécesseur. Il souhaite que dans les cas de demandes de droit d’asile, le temps de réponse passe de 18 à 9 mois. Il a aussi souligné l’importance de rediscuter avec l’Union européenne des travailleurs détachés qui forment une concurrence déloyale. Mais surtout et sans doute la plus applaudie des annonces a été celle de la reconnaissance des chibanis via leur naturalisation. Elle sera largement facilitée pour les hommes des plus de 65 ans ayant séjourné plus de 25 ans en France et étant père d’au moins un enfant.

François Hollande a donc joué sa carte de « gauche », ce lundi soir. Il a défendu dans son discours les valeurs républicaines, reconnu l’importance de l’immigration dans l’histoire française et la responsabilité de l’Etat dans « l’intégration » plus ou moins bien réussie des personnes issues de cette immigration. Il n’en est pas resté pour autant ferme sur ses positions. Il n’est pas question de délivrer des visas à tout va mais bien de faciliter les démarches des personnes déjà légalement présentes sur le territoires.

Charlotte Cosset

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