EUROPEENNES 2014. Nos blogueurs ont découvert le quartier européen de la capitale belge. Un quartier où les univers se croisent se font et se défont en 26 langues. Récit.

Coupé du reste de la ville, le quartier européen de Bruxelles fait office d’enclave dorée. On y vit un peu hors du temps, en autarcie. L’impression de démesure est prégnante, face à des bâtiments gigantesques qui couvrent l’horizon. Le quartier a un côté mystérieux et opaque qui le rend difficilement accessible au bruxellois moyen. La zone constamment en travaux résume à elle seule la métaphore de la construction européenne. Dans un rayon d’un kilomètre carré se trouvent toutes les institutions européennes et leurs très nombreuses annexes. Nous partons pour une journée de promenade européenne.

IMG_0282Notre périple démarre à la sortie du métro Schuman, bien évidemment en travaux. C’est ici que l’on trouve le Berlaymont, qui abrite la Commission européenne. L’architecture de cet édifice des années 60 est assez particulière et on se sent quelque peu oppressé par l’immensité de ce dédale institutionnel. On sent le caractère privilégié des lieux. Il s’agit d’un cercle restreint où il est nécessaire de montrer patte blanche. Dans la vaste salle de conférence de presse, on est entouré par les traducteurs des 23 langues de l’UE. On y parle un jargon difficilement intelligible pour un public non initié. Les fonctionnaires, journalistes accrédités ou députés européens sont surnommés eurocrates et naviguent dans leur élément.

Autour de la commission, nous assistons à un ballet d’hommes en costards et de femmes en tailleurs. Bien que le quartier soit cosmopolite, la population y est très homogène, peu représentative du Bruxelles populaire. La diversité est très peu représentée au sein du quartier, qui jouxte pourtant celui de Matonge. Les cadres défilent dans la fourmilière et semblent vivre dans un véritable microcosme. Un fonctionnaire nous avoue même ne pas connaître d’autres quartiers de la ville : « Je rentre chez moi le week-end et bosse la semaine à la Commission, je n’ai pas le temps de faire du tourisme ».

La principale artère du quartier est la rue de la Loi, qui la traverse de part en part. Les loyers y sont astronomiques, alimentés par des lobbys qui ont investi la plupart des bâtiments. Ceux-ci ont complètement investi les institutions européennes ces dernières années. Ils sont au cœur du processus de décision donc forces de propositions et disposent de bâtiments cossus dans la rue Belliard et proche du square Meuûs, également connu pour accueillir de nombreux think tanks.

IMG_0286Tous les Etats membres de l’Union Européenne possèdent également leurs locaux dans le quartier, reconnaissables au très grand drapeau fixé à leur entrée. Ceci fait d’ailleurs l’objet d’un jeu pour les touristes, à la recherche du représentant de leur pays d’origine. Si vous trouvez celui de la France, vous serez sympathiques de nous faire signe !

Un peu plus loin, la Place du Luxembourg regroupe les bars et restaurants branchés du quartier. Le Ralph y est d’ailleurs réputé pour ses soirées endiablées du jeudi soir où lobbyistes, fonctionnaires et conseillers politiques viennent décompresser autour d’une bonne bière belge. Et si une carte de visite traîne dans les parages… Les réseaux se font et se défont. Nous sommes devant le Parlement européen et son imposante esplanade. L’entrée principale se fait par le bâtiment Altiero Spinelli, un des pères fondateurs de l’Union. Delors et Schuman ne sont pas en reste et donnent leur nom à d’autres lieux du quartier.

Depuis quelques jours, la place est parsemée de portraits « d’européens moyens », annonçant les futures élections, qui se tiendront le 25 mai prochain. Si l’immensité des bâtiments institutionnels nous avait interpellés jusqu’à présent, celui du Parlement nous pousse à relativiser. Le côté bureaucrate des institutions européennes est à son apogée, on s’y perd et on ne sait pas trop qui fait quoi. Il y a un vrai côté kafkaïen. On se sent, malgré tout, dans un lieu d’avantage politisé ou énormément de journalistes et de touristes s’entassent et s’ignorent. Il est d’ailleurs nécessaire de réserver des mois à l’avance pour avoir le privilège de visiter cet antre de la démocratie.

Une fois le portique de sécurité passé, on accède à un ascenseur qui fait voyager dans les différentes tendances politiques. A chaque étage sa sensibilité. Nous sommes reçus par le groupe communiste qui annonce la couleur avec un mur parsemé d’affiches électorales. La faucille et le marteau côtoient les unes historiques de l’Humanité. Une affiche de Staline nous interroge lorsque l’on sait qu’il fut un des principaux ennemis de la construction européenne.

IMG_0279Les conseillers politiques du groupe sont chargés de préparer les dossiers des députés et d’apporter des propositions concrètes sur les dossiers et les lois votés au Parlement. Leur avis n’est que consultatif pour des députés, seuls responsables de leurs votes. Nous sortons par la rue Wiertz, ou se dresse une célèbre statue. Celle-ci est une allégorie du triomphe de l’euro, qui est brandi en guise de trophée. Ce symbole de l’Europe économique et monétaire fait abstraction des aspects politiques, sociaux et culturels de la construction européenne.

La nuit tombe. Le quartier se vide. Les embouteillages des heures de pointe laissent place à des rues désertes, sans âme. Bruxelles sonne creux. Seuls les travaux, laissés en plan, rappellent l’effervescence de la journée. Un panneau de la future gare Schuman évoque d’ailleurs le début des travaux en 2009, sans mentionner de date de fin.

Balla Fofana, Jonathan Sollier et Hana Ferroudj

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