« Ce n’est pas parce qu’on est né en Seine-Saint-Denis et qu’on y grandit qu’on pense tout de suite Jean Jaurès quand on a 8 ans (…) pourquoi le 93 serait prédéterminé à rester à gauche ? ». Cette phrase prononcée par Saïd Harbaoui lors d’une conférence de rédaction du Bondy Blog, l’année dernière, s’est avérée prémonitoire. Depuis dimanche 20 septembre, suite à l’élection de Brigitte Marsigny (Les Républicains) à la mairie de Noisy-le-Grand, la Seine-Saint-Denis, ce « bastion rose et rouge » compte 22 communes de droite contre 18 situées sur la gauche de l’échiquier politique. Claude Bartolone fulmine, des militants des Républicains discutent gare de Bondy et clament que « la Seine-Saint-Denis est aujourd’hui un département de droite ». Vraiment ?
« Ce n’est pas que les quartiers populaires adhèrent aux idées de la droite, c’est juste que les gens dans la merde, qui votent sociologiquement plus à gauche, ne croient plus en la politique et s’abstiennent » juge Mickaël, 22 ans, qui habite dans la cité des Marnaudes à Rosny-sous-Bois. Deux jeunes devant une pizzéria rigolent lorsqu’on leur parle politique : « ça nous regarde pas ces magouilles, nous on est dans la vraie vie ! ». En effet, lorsque l’on observe les résultats par bureaux de vote, on peut remarquer que les personnes issues des quartiers populaires ont de plus en plus tendance à s’abstenir.
Au Blanc-Mesnil où la mairie a basculé à droite en 2014 après près de 80 ans de communisme, le maire Thierry Meignen (Les Républicains) a été élu avec près de 7 000 votes sur les 55 000 habitants que comptent sa commune. De même, à Bobigny, bastion historique de la gauche, Stéphane de Paoli (UDI) a été élu avec moins de 6 000 voix alors même que sa ville dénombre 50 000 âmes.
Le fait que ce basculement intervienne sous le mandat de François Hollande n’est pas anodin. En effet, de nombreux habitants des quartiers populaires évoquent la « trahison socialiste » en citant notamment le soutien à Israël lors de l’opération Bordure Protectrice de 2014, le recul du gouvernement à l’égard du droit de vote pour les étrangers et sur les contrôles au faciès, l’augmentation continuelle du chômage et les scandales qui ont éclaboussé le gouvernement depuis 2012 (affaire Cahuzac, Thévenoud…). « Eux ils s’en mettent plein les poches avec nos impôts pendant que nous on galère » déclare Mourad avec volubilité, 42 ans, qui travaille depuis ses 16 ans.
La suppression récente du ministère délégué à la ville envoie également un message fortement néfaste du PS à l’égard d’une partie de ses sympathisants. Ces évènements amènent à penser que les socialistes ont suivi les conseils du think tank Terra Nova, qui suggérait en 2011 d’abandonner les couches populaires au profit des classes moyennes pour consolider sa base électorale. D’ailleurs, certains journaux avaient souligné que les banlieues furent les grandes oubliées de la campagne présidentielle de Hollande en 2012. « Moi qui ai voté à gauche toute ma vie, demain si y a un deuxième tour PS-Les Républicains, je ne me déplace plus un dimanche » déclare Eric, instituteur en Seine-Saint-Denis. Dans ce contexte de désamour d’une grosse partie de sa base électorale, une défaite de grande ampleur pour la gauche voit ses contours se préciser, et ce à quelques semaines des élections régionales.
Tom Lanneau

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