L’édition 2014, de la fête de l’Humanité s’est déroulée en pleine tourmente politique du PS au pouvoir. Installé à la Courneuve, l’évènement a été l’occasion pour les militants et aspirants de gauche de discuter de l’avenir et de leurs attentes de la gauche.

« On vient plus à la fête de l’Humanité pour se retrouver entre amis que pour les implications politiques ».  Le ton est donné par Romain, 30 ans, qui vient pour la première fois à ce rendez-vous. Sous un soleil de plomb, il attend assis dans l’herbe avec ses amis le concert de la chanteuse allemande d’origine nigériane, Ayo. Ce jeune homme se dit de sensibilité de gauche mais semble désabusé par le paysage politique français. Pour la plupart, « ce sont des gens qui courent derrière la fonction ».

Et ce n’est pas Jérôme qui va le contredire. « ceux qui sont plus à gauche du PS courent derrière ceux au pouvoir pour accéder à des responsabilités, regrette-t-il. Le PC est donc un parti qui trahit la gauche. Pour arriver au pouvoir il faut faire des compromis, affirme-t-il, une chose impossible pour mener une véritable politique de gauche ». Le jeune cadre dans une PME est finalement sceptique face à la gauche « pour moi, il y a une différence entre parti et idéologie. Classiquement, la démocratie sur notre modèle ne peut pas fonctionner ».

Si beaucoup sont pessimistes vis-à-vis des chances de la gauche de se relever de la crise actuelle, la foule est pourtant au rendez-vous. Les stands ne désemplissent pas, le terrain accueillant les concerts de la «grande scène» est complet. Et si beaucoup viennent à la fête de l’Huma pour profiter des activités et concerts proposés, la politique n’est jamais très loin.

La présidentielle de 2017 dans les esprits

 David, Baptiste et Clément débattent autour d’une bière avant le concert d’IAM, le célèbre groupe marseillais connu pour ses engagements. Pour Baptiste « la vraie gauche est à la fête de l’Huma mais pas au pouvoir, assure-t-il. J’ai l’impression que ceux qu’on a élu sont à contre-sens de ce pourquoi on les a élu ». Les jeunes trentenaires s’interrogent sur la place même des partis politiques. « Il est où le PC ? À part Bernard Thibaud et Jean-Vincent Placé on n’a vu personne aujourd’hui !», regrettent-ils. La politique de François Hollande les déçoit, eux les « sans-dents » ? « Par rapport au gouvernement, effectivement on est des sans-dents ! », ironisent-ils.

L’ambiance est au rendez-vous et le weekend dédié à la détente mais l’avenir de la gauche leur semble flou. Ils s’inquiètent particulièrement de la présidentielle de 2017. « Le problème c’est qu’on fait barrage contre le FN », plutôt que désigner un parti et des idées. Clément affirme qu’il votera pour ses convictions au premier tour mais « si on a un Marine Le Pen/Alain Juppé au deuxième tour… ».

La nuit est tombée sur la « grande scène ». Le concert de Scorpions se prépare. Alain encarté communiste pense que le problème se situe ailleurs « on n’entend pas le PC dans les médias. Le parti est censuré », est-il certain. Contrairement à de nombreuses personnes qui ont voté pour François Hollande, Alain n’est pas déçu «je savais ce qu’était le PS, leur action est conforme à ce que j’attendais ».  Selon lui, le « PS n’est plus un parti de gauche mais un parti libéral comme en Allemagne ou en Angleterre ».

Politique de rigueur économique, augmentation des impôts… Ce que souhaite ce retraité de la fonction publique, c’est donc « une politique de gauche, c’est-à-dire plus de solidarité, une meilleure répartition des richesses et du travail, un meilleur accès à l’éducation… » Aujourd’hui, « je souhaite un monde meilleur pour mes enfants et mes petits-enfants ».

Charlotte Cosset

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