Coupable de la montée du Front National ou victime d’un jeu politique dans lequel les électeurs ont du mal à se reconnaître ? Si les présidentielles de 2012 ont désintéressé 19,66% des français, 36,45% d’entre eux se sont abstenu au premier tour des municipales de 2014. Points de vue de quelques abstentionnistes.

Passée de 33,5% aux élections municipales de 2008 à 36,45% la semaine dernière, l’abstention ne cesse d’interroger politologues et médias. « Faut-il rendre le vote obligatoire ? » interroge Le Parisien dans un sondage, prenant pour exemple nos voisins belges qui appliquent une amende de 50€ aux citoyens qui ne votent pas. Selon une étude réalisée en décembre dernier par OpinionWay et le Cevipof et repris par Le Figaro, « le maire reste de très loin l’élu en lequel les Français ont le plus confiance« .

Pourtant, l’abstention des 18-25 ans a atteint 61% au premier tour des municipales. Autrefois, le terme « utiliser son droit de vote » était de mise. Aujourd’hui, sondages et politiques semblent interroger un « devoir de vote » non-utilisé par un nombre croissant de citoyens. Si l’abstention, toutes élections confondues, ne cesse d’augmenter en France, les arguments des citoyens diffèrent de l’un à l’autre. Désintérêt, désillusion, oubli ou simple retard d’inscription sur les listes électorales ont conduit les personnes que nous avons interrogées à ne pas glisser leur bulletin dans les urnes dimanche dernier et probablement pas ce dimanche.

J., femme, 19 ans, étudiante, a obtenu cette année sa première carte électorale : « J’ai oublié d’aller voter. Peut-être que j’aurai eu plus de pression si cela avait été des élections présidentielles mais j’aurai sûrement voté par dépit. De manière générale, je ne me sens pas très concernée par la vie politique car je n’ai pas l’impression d’y comprendre grand chose, je ne me sens pas assez touchée pour faire l’effort de comprendre. En même temps, je me sens un peu coupable parce que j’ai l’impression que c’est un acte important. Je sais que la politique est utile mais j’ai l’impression que c’est loin de moi ».

S., homme, 31 ans, comédien, a voté par le passé mais ne vote plus : « Je ne me sens pas du tout représenté par un parti ou quelqu’un dans ce pays. Que ce soit aux présidentielles ou aux municipales, il n’y a personne qui m’inspire confiance. On reprochera aux gens qui ne votent pas la montée du FN mais j’ai envie de dire que c’est à cause de ceux qui votent pour des incompétents que le FN monte ».

G., homme, 29 ans, demandeur d’emploi, n’a jamais voté de sa vie : « Je n’ai jamais trouvé de vote qui me corresponde ou de parti qui réponde à ce que je crois. Les quelques rares fois où des partis se sont approchés de mes idées, il aurait été illusoire de croire que cela aurait un quelconque impact dans la vie de tous les jours. Dans toutes les élections locales, il y a rarement plus de trois listes. Le paysage politique français tourne autour du bipartisme droite/gauche donc à partir du moment où tu ne te retrouves ni dans l’un ni dans l’autre, l’alternative n’existe pas. Et les troisièmes listes au niveau local ont rarement l’occasion de percer. Après, tout dépend de ce qu’on appelle local. Si demain je vivais dans un village de 100 habitants, peut-être que je changerai d’avis et monterai ma liste pour que ça ait un impact réel dans ma vie et celle des gens qui m’entourent ».

A., femme, 28 ans, journaliste, vote à toutes les élections sauf aux dernières municipales : « Je n’y suis pas allée parce que je suis saoulée de me dire que je dois voter pour le moins pire. Qu’on me drague le temps d’une campagne avec des programmes sans ambition réaliste pour après me laisser tomber comme une vieille chaussette parce que la politique est avant tout politicienne. Je suis saoulée par les guignolades et je sais que ne pas voter n’empêchera pas les politiques de penser à être réélu avant tout ».

C., homme, 26 ans, cuisinier, vote aux présidentielles mais pas aux municipales : « Je n’en ai pas envie. Je sais que ce sera toujours la même chose. Je ne sais même pas qui est le maire de Paris. Il a été élu ? Non ? Bon ben, vous voyez, je n’y connais rien. J’habite à Ivry-sur-Seine, une ville communiste qui ne change pas… Je m’en fous. Et si le FN passe dans plusieurs villes, ce sera dommage mais je n’y serai pour rien car j’habite à Ivry ».

M., femme, 27 ans, cadre supérieur, vote au premier tour des présidentielles mais jamais au second, ni aux municipales : « De ce que j’ai vu et entendu dans les médias, les municipales sont comme un jeu d’enfants, plein de coups bas. Les candidats se démolissent plutôt que de proposer des choses et moi, ça ne me donne pas envie d’aller voter. Le vote « utile » ne m’intéresse pas non plus car c’est le meilleur moyen de faire un compromis peu représentatif ».

E., homme, 25 ans, chargé de mission culture, a toujours voté, sauf aux élections européennes et à ces dernières municipales : « Il y a deux choses. La première, c’est que cela fait huit ans que je suis parti de chez moi et les municipales me paraissent un peu loin même si habituellement je fais le déplacement ou une procuration. La deuxième, c’est que cette année, j’ai loupé le coche des inscriptions sur les listes électorales. J’aurais aimé voter pour qu’il y ait moins de votes extrême-droite mais je ne me serai pas abstenu. Voter blanc pourquoi pas, mais s’abstenir, c’est être confondu avec ceux qui n’en ont rien à foutre ».

A., homme, 30 ans, informaticien, a toujours voté sauf aux dernières municipales : « Je n’ai pas fait de procuration car je n’y ai même pas pensé. Et puis ça n’aurait servi à rien de voter pour le maire d’une ville où je ne suis plus puisque je suis à l’étranger. Je me suis progressivement éloigné du vote. Plus jeune, j’étais fier d’aller voter mais en 2012, j’ai commencé à ne plus y porter d’intérêt. Ce n’est pas fait pour nous les élections, c’est fait pour remettre toujours les mêmes en scène. J’aimerai bien voir des femmes, noires, enceintes au pouvoir ou des vieux maghrébins. Pourquoi n’y-a-t-il que des vieux, blancs, riches et avocats ? Comment ça marche ? Je ne dis pas qu’ils sont tous pourris mais j’ai du mal à voir comment quelqu’un qui ne le soit pas soit élu ».

Claire Diao

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