MUNICIPALES 2014. Avec 64 communes sans candidat aux prochaines élections municipales, la France principalement rurale a du mal à constituer des listes. D’autres communes voient des élus reconduits de mandatures en mandatures. Reportage dans une petite ville de l’Indre, Le Blanc.

« Il y a des limites à ne pas dépasser ! », grogne renfrogné un habitant du Blanc au candidat sortant Alain Pasquer (PS). Nous sommes dans le monde rural berrichon et un air de printemps plane sur la campagne électorale. Les jardins des Blancois sont fleuris d’iris et de jonquilles. La ville du Blanc, sous-préfecture de l’Indre, compte un peu moins de 7 000 habitants et fait partie de ces communes dont le maire semble indéfectible. A gauche depuis 1977, le maire Jean-Paul Chanteguet est élu en 1983. Celui-ci reste à la tête de la mairie jusqu’en novembre 2012, siège qu’il délègue suite à la loi sur le cumul des mandats. Il passe alors la main à son premier adjoint et bras droit Alain Pasquer.

Ce dernier, ancien professeur d’histoire au collège du Blanc, compte bien prendre la succession de Jean-Paul Chanteguet et poursuivre l’histoire commencée il y a maintenant plus de 30 ans. Une rupture dans la continuité. Comment expliquer une telle pérennité à la tête de la mairie ? « Je pense que c’est lié au caractère rural de la région, avance Alain Pasquer, déjà à la tête de la mairie depuis plus d’un an. Le Blanc est une petite ville, cela fait partie des repères que d’avoir quelqu’un qui soit l’élu qu’on attend. » Et de préciser : « C’est-à-dire un élu de proximité et disponible. » Au contraire des grandes agglomérations, les Blancois demandent une grande attention de la part de leur élu. Ils prennent d’ailleurs régulièrement rendez-vous avec lui pour lui faire part de leurs difficultés que ce soit pour un problème de logement ou un lampadaire grillé.

Depuis une semaine le candidat fait le tour des lieux-dits de sa commune pour aller à la rencontre des électeurs. Lundi après-midi, il prend les routes de campagne pour répondre aux questions des plus ruraux : La Coulaudière, Madrolles, Muant… Lieu après lieu, Alain Pasquer note les doléances des habitants sur son petit cahier. Bernadette, habitante de Muant le questionne sur les travaux d’assainissement qui doivent avoir lieu chez elle. Un autre riverain interpelle l’élu sur l’entretien des « bouchures » (haies) et des fossés qui n’ont pas été curés depuis trop longtemps à son goût. Mais le sujet de l’installation de gens du voyage dans cette partie de la ville est la question qui revient le plus souvent. Un sujet qui « rameute » les voisins et chacun y va de son anecdote. « L’autre jour, ils se sont branchés à la borne à incendie et ils dansaient sur la route », se plaint Patrick, un grand type brun, téléphone à la ceinture et gros bracelet en argent au poignet. La question dérange, difficile de répondre… Malgré les mesures prises (mise à disposition de terrains aménagés notamment), les tensions perdurent.

Une place pas si convoitée

Dans ce territoire rural, le siège de maire occupe une importance toute particulière. « Cela fait 30 ans que je suis élu de cette commune et ce n’est qu’à partir du moment où j’ai occupé la mission de  maire que le rapport avec les électeurs a changé, détaille-t-il. C’est Monsieur le maire qu’on veut voir et pas un autre élu. On a envie que le maire entende ce qu’on a à lui dire. » Une mission à plein temps donc à consacrer aux habitants et aux actions concrètes. « Justement le mandat local est intéressant  parce que c’est l’un des rares mandats à travers lequel on peut peser sur les choses, insiste-t-il. Lorsqu’on prend la décision d’un aménagement, on la prend à un instant T et on la réalise avec les moyens que l’on a. C’est à dire qu’on a la satisfaction de mener un projet de A à Z et qui rend service à la population. » Et d’analyser : « La difficulté du national vient de la mondialisation et de la financiarisation. L’élu pèse très peu dans la décision finale à prendre. C’est ce qui désoriente le monde politique d’ailleurs, son incapacité à vraiment peser sur les choses. »

Une place de choix pourtant pas si convoitée. Pour cette campagne électorale, 64 communes de France sont sans candidat. Au Blanc, seules deux listes sont présentées : celle d’Alain Pasquer et celle de Pascal Roy, agent-comptable qui se présente pour la première fois.  Nous avons tenté de le joindre sans succès. « Je situe le problème à deux niveaux : la complexité de la tache et le poids de la responsabilité, avance le candidat de gauche. Le deuxième aspect, c’est qu’aujourd’hui les services de l’Etat quand bien même ils feraient ce qu’ils peuvent, ne sont plus en soutien de l’action des élus. On a confondu décentralisation et transfert », regrette-t-il. Mais la raison essentielle réside selon lui dans, « la difficulté  à rassembler 28 personnes dans une liste avec la parité. »

Le PS jouit d’une popularité en berne, pourtant Alain Pasquer reste confiant : « on va voter pour l’homme et pour la liste, on va regarder  ce qu’il a fait, ce qu’il est capable de faire et l’état de confiance dans lequel il est avec la population et pas pour un parti. » A la terrasse de la Chaumière on ne partage pas cet optimisme. « Beaucoup se posent la question, explique le patron du bar. Pascal Roy paraît être un homme sérieux qui pourrait incarner le changement. »

Charlotte Cosset

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