C’est historique. Après 83 ans de pouvoir communiste, le Blanc-Mesnil a basculé à droite au second tour des municipales. La liste de l’UMP Thierry Meignen a obtenu 50,75%, devançant tout juste le maire sortant Didier Mignot avec 49,24%. 

C’était chaud hier soir au Blanc-Mesnil ! A l’annonce des résultats par le maire sortant, les sympathisants UMP ont crié leur joie, mais les sympathisants PCF ont hué le nom du gagnant. En retour, certains partisans UMP ont insulté Didier Mignot. Plusieurs personnes ont crié leur mécontentement et leur stupéfaction face au manque de respect à l’encontre du maire sortant. Un acte dans la veine de la campagne électrique.

« Il y a même eu des échauffourées sur le marché », raconte Anna 27 ans qui a grandi au Blanc-Mesnil et travaille dans le marketing. Les relations entre les deux partis devraient être plus cordiales, que le meilleur gagne ! » ajoute- t-elle. Elle craint l’arrivée au pouvoir de l’UMP, mais comprend que les habitants souhaitent autre chose. Cela dit « dans les communes du 93 avoir un maire UMP, ça ne rime à rien, car ils ne font pas une politique adaptée à la population qui vit ici. Honnêtement, Thierry Meignen me fait bien rire, je l’ai croisé dans un centre commercial avec son petit pull bleu noué sur les épaules. Il  ne représente pas du tout le 93 » dit-elle.

Jacques, 78 ans, né à  Drancy, vit depuis 1961 au Blanc-Mesnil, il a toujours voté gauche. Mais cette fois-ci, il espère que Thierry Meignen sera  élu : «  J’en ai marre des communistes. Je paie trop d’impôts. Nous sommes une des villes qui paie le plus d’impôts en Seine-Saint-Denis. Thierry Meignen est un homme qui peut apporter le changement. De plus, il est né ici ». Autre raison du septuagénaire : « avoir une commune plus propre »Marie-Louise a aussi voté pour Thierry Meignen car elle estime que : « les communistes sont les rois dans cette commune depuis 83 ans ». Elle ajoute : «  Le maire actuel a mal géré la ville. La place devant l’hôtel de ville a coûté des millions. Et ce sont nos impôts qui ont servi à payer ça ! »  Avec Meignen, « nos impôts vont baisser » espère-t-elle.

« La Bastille est tombée »

Dimanche dernier déjà, Thierry Meignen, candidat UMP était déjà en tête avec 46, 52 % des voix devant Didier Mignot à 44,46%.  Une habitante de Blanc-Mesnil Sud bientôt retraitée, a soutenu Didier Mignot  durant cette campagne. Elle est déçue que son candidat ait perdu : « Les gens ont voté Thierry Meignen car il a fait beaucoup de promesses aux habitants et c’est ce qui a motivé certains habitants à voter pour l’UMP ». Elle est choquée que certains habitants aient insulté le maire sortant et s’inquiète que sa ville ait basculé à droite.

Durant l’attente des résultats dans la salle d’honneur, les habitants des deux camps se sont réunis pour voir tomber les résultats. Les premiers signes de défaites se lisent sur les visages des sympathisants de Didier Mignot. Ils n’en croient pas leurs yeux. Dans plusieurs bureaux, le candidat UMP arrive en tête mais certains continuent à y croire. A chaque fois que les chiffres tombent et qu’un des deux candidats gagnent un bureau, les partisans crient leur joie. Mais très vite, il n’y a plus que les sympathisants UMP qui éructent. Parmi eux, l’un crie haut et fort dans la salle d’honneur : «  la Bastille est tombée ».

Dans le camp de Didier Mignot, les mines se décomposent petit à petit à chaque nouveau résultat. Certains partisans de Didier Mignot expliquent que ce sont les Blanc-Mesnilois du Sud qui ont voté pour Thierry Meignen. Mais, les heures passant les sympathisants ne savent plus ou donner de la tête. Ils passent de la joie à la tristesse. Certains se rassurent comme ils le peuvent en commençant à calculer eux-même les premiers pourcentages en fonction des résultats. Mais la sentence tombe, Sur 25 245 inscrits, 14 287 ont voté, soit 56,59 % de participation, les deux candidats ont 1,5 point d’écart.

Michel 23 ans a fait des études de commerce. Il est visiblement choqué et n’arrive plus à trouver ses mots durant quelques secondes. Il retrouve ses esprits : « ça me fait mal que le cœur que la ville soit passé à droite ». Il ne croit pas à la politique de Thierry Meignen : « il a fait pas mal de promesses aux jeunes, mais va t-il réellement respecter ses engagements ?» ajoute t-il. Frédéric, habitant de Blanc-Mesnil Sud qui a voté pour l’UMP dit à Michel : « comme Thierry Meignen a gagné ce soir, nous verrons bien s’il tient ses engagements. Et s’il ne le fait pas et bien nous ferons de nouvelles élections dans 6 ans. C’est comme ça que la ville évoluera, il ne faut pas toujours voter pour les mêmes » Pour Michel, Didier Mignot a rénové  la ville en termes d’infrastructures. Mais, Frédéric rétorque aussitôt : « Oui mais uniquement pour le centre ville, mais à Blanc-Mesnil Sud non. Lui-même réside dans le sud de la commune.

Cette campagne aura réussit à diviser les habitants mais beaucoup espèrent que les rancunes et la mauvaise ambiance redescendra d’un cran. D’autres habitants sont moins optimistes et craignent que la fracture reste ouverte entre les deux camps. Quoiqu’il en soit, cette campagne restera dans les annales et dans l’esprit des Blanc-Mesnilois.

Hana Ferroudj

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021