À Rambouillet, petite ville tranquille des Yvelines (78), le jeune candidat Grégoire Leclercq a créé la surprise en se qualifiant pour le second tour des élections municipales avec 13,85 % des suffrages. Une performance pour celui qui a avancé sans parti grâce à une campagne de « bon sens ».

Camping-car de campagne, application Smartphone, avec la liste Rambouillet pour Tous le tractage est révolu. Ou presque. « Si j’avais eu plus de fonds, j’aurais sûrement investi dans davantage de flyers. » Grégoire Leclercq s’est surtout adapté à ses moyens. Pour sa première campagne, il est parti avec quelques points de retard. Sans étiquette, sans antécédents politiques, inconnu du grand public, le leader de Rambouillet pour Tous s’est décidé à mener une « campagne de bon sens ».

« Nous n’avons bénéficié d’aucun soutien financier. Sans parti derrière nous, il a fallu être plus malin que les concurrents. » L’argent, il l’a « trouvé à la banque ». Un prêt de 15000 euros engagé directement via son compte perso. Un pari pour cet auto entrepreneur de 31 ans, qui a construit un plan de communication béton. « Je voulais nous donner les moyens de défendre nos convictions. »

 « On ne peut pas dire que le bilan de Gérard Larcher soit négatif »

IMG_5464Avec son équipe ‘politiquement vierge’, comme lui, Grégoire Leclercq milite pour une ville « plus belle », « plus vivante », « plus fraternelle » et « plus attractive ». Concrètement, il n’y a pas de grands combats à mener à Rambouillet. Avec un nombre d’emplois supérieur au nombre de demandeurs, une situation économique correcte, des logements plus qu’il n’en faut, la petite municipalité des Yvelines est ce qu’on pourrait appeler une ville tranquille. Presque morte. Pour le candidat à la mairie, « l’important est surtout de redynamiser la ville et d’améliorer le quotidien des riverains. Même s’il ne s’agit que de petites choses. »

Rambouillet pour Tous se présente sans parti, mais avec des valeurs de droite. Rien à voir toutefois avec la Manif’ pour Tous. « On a juste pensé rassemblement. » La force de cette liste ? Selon lui, sa jeunesse et son indépendance. « On ne peut pas dire que le bilan de Gérard Larcher [Ump] soit négatif. Mais après des années de service à la mairie, il était temps de passer le flambeau. Il faut laisser la place à la jeunesse. » Volontaire pour le prendre, et opposé aux oligarques politiques, Grégoire Leclercq a dû travailler sur l’image de son parti et surtout le faire connaître.

Pour cela, il a investi dans un camping-car de campagne, « loué à Rambouillet bien sûr ». Un prix d’ami (400 euros pour tout le temps de la campagne) qui s’est révélé être un excellent retour sur investissement. Collé en deux mètres sur quatre, le visage du candidat s’affiche sur le car. Derrière, une énorme photo de l’équipe, sautant les bras en l’air dans le parc du château de la ville, à l’image des affiches High School Musical. « Avec ça on vous connait ! » lance une maman à la sortie de l’école primaire où tractent quelques colistiers. « On se disait justement que vous étiez bon en communication », renchérit une autre mère de famille alors qu’elle refuse un programme, prétextant qu’elle le possède déjà, en plusieurs exemplaires. Ajoutant « c’est pas mal vos uniformes, franchement bien. »

Les colistiers ne sortent jamais sans leur K-way de campagne. Sorte de blouse blanche transparente à l’esthétique douteuse, qui a le mérite de faire connaître le nom et logo de la liste. L’équipe a parié sur le porte-à-porte et les rencontres au marché, même si ces dernières « restent assez superficielles » selon Grégoire Leclercq. « On a pas le temps de parler sur le marché. Mais on peut renvoyer les gens sur notre site internet. »

« On essaie d’être un peu imaginatif »

IMG_5457Là, ils y ont publié nombre d’infographies et études. Beaucoup de temps passé pour alimenter la plateforme et faire vivre le Facebook de la liste. Grégoire Leclercq a également joué le jeu de la vidéo en en publiant au moins une par semaine. Comble de la connectivité, Rambouillet pour Tous a même son application Smartphone ! Six cents utilisateurs l’ont téléchargée. Un moyen de tenir informés les électeurs sur l’actualité de la liste et les rassemblements. « Là on va commencer à envoyer des push ! » se réjouit le candidat.

Et lorsque l’équipe opte pour des actions de communication traditionnelle, type distribution de flyers devant la gare à l’heure de sortie du travail, c’est toujours avec une collation ou un rafraîchissement. « On sait que les gens veulent rentrer chez eux à 18h. On essaie d’être un peu imaginatif pour ne pas les déranger tout en leur faisant connaître nos idées. On améliore leur quotidien, comme le veut le programme en fait. » Grégoire Leclercq le répète encore et encore : « c’est une campagne de bon sens. Aussi bien dans nos propositions que dans notre communication. »

Du « bons sens », qui rend chèvre les autres candidats à la mairie, aux stratégies beaucoup plus traditionnelles. Clou du spectacle, sur le marché, quelques jours avant le premier tour, l’équipe de Grégoire Leclercq a eu l’idée qui « a fait enrager la concurrence » : des ballons gonflés à l’hélium. « Ca semble idiot, mais nos couleurs se sont affichées dans tout le marché. »

Le plus grand regret de Grégoire Leclercq : ne pas pouvoir estimer son score au premier tour. « C’est hyper stressant. J’aurais eu 7000 euros de plus, j’aurais commandé un sondage. » Sa certitude est d’avoir entre 4 à 20 % des voix, autant dire aucune. Au final, le 23 mars au soir, il a créé la surprise en s’imposant comme le troisième homme de la campagne en réunissant 13, 85 % des suffrages, derrière la liste UMP, soutenue par Gérard Larcher, représentée par Marc Robert (42,10 %) et Jean-Luc Trotignon le candidat PS (17,3 %).

Assez fier de son score et de son équipe, Grégoire Leclercq a terminé son discours le soir du premier tour avec une citation de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était possible, alors ils l’ont fait. »

Inès Belgacem

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