« Pas de dress code », avait dit une employée du service de presse. Mon œil ! A la garden party de Rachida Dati, au ministère de la justice, vendredi, tous les hommes portaient cravate et costume, et les femmes s’étaient glissées dans leurs plus belles robes. Avec mes mocassins blanc cassé de chez Zara, j’avais l’air d’un maffieux du dimanche à Barbès. Chou, mèche de côté et chemise noire, évoquait les triades de Belleville. Nous étions deux du Bondy Blog, nos collègues étant soit en vacances loin de Paris, soit au travail, soit, encore, pour certains, en mission longue durée au bled. Idir, exilé volontaire à Lausanne, aura donc manqué le buffet XXL servi aux invités de la garden party. Désolé, frère, mais on n’a rien gardé pour toi.

Il faisait une chaleur à se mettre en maillot de bain. Une jeune femme s’est évanouie dans les bras d’un prince charmant. C’était romantique. Un baiser, non, un morceau de sucre entre les lèvres, et la princesse recouvra ses esprits. Il y eut le discours de la ministre, garde des sceaux. Elle est apparue, splendide et glamour dans un fourreau champagne, semblable à celui qu’avait revêtu Cécilia à l’investiture de son mari à l’Elysée. « Ils leur ont fait un prix de gros ! », gloussa une invitée jalouse. Rachida Dati fit une allocution au propos très général sur la coopération judiciaire internationale, ponctuée d’un « Je vous aime » très nouvelle ère sarkozyenne. Face aux convives ensardinés sur la pelouse, ses yeux noirs brillaient dans l’intensité du soleil. Elle était entourée d’homologues étrangers, dont un Palestinien et un Libyen, si j’ai bien compris. Enjeu diplomatique de ce 14 Juillet: ventes d’armes aux régimes arabes et sort des infirmières bulgares condamnées à mort par la justice de Kadhafi.

Retour au jardin, voisin de l’hôtel Ritz. Contrairement au dicton, trop de luxe ne tue pas le luxe. Sur la pelouse, il y avait beaucoup de Blancs, pas mal de Beurs aussi, et des Blacks. Rachida Dati avait distribué des cartons d’invitation à la France multiple et indivisible. Il y eut des commentaires empathiques sur le potin du jour: deux frères cadets de la ministre de la justice font l’objet d’une procédure judiciaire pour trafic de cannabis, avait-on appris vendredi matin. Et le rail de coke du cousin de machin dans l’hôtel truc du huitième arrondissement ? Bon, d’accord, on ne va pas donner dans le relativisme, pas plus qu’on ne fera dans la prédétermination arabe au malheur social.

Et Sarko arriva, s’approcha du micro. J’ai prié pendant quelques secondes pour qu’un journaliste belge ne fût pas présent dans l’assistance. Car il aurait dit, dans sa béate belgitude: « Le président de la République n’a pas bu que de l’eau. » C’est vrai qu’avant d’entamer un discours, il a de drôles de tics, notre big boss national. Franchement, ce n’est pas pour lui faire de la lèche, mais côté expression orale, il est top, M. Sarkozy, anciennement avocat. Un crack du barreau en tension constante ! Sur le ton de l’improvisation, il a expliqué pourquoi il ne souhaitait pas faire de grâces présidentielles ni d’amnisties, comme le veut la tradition au moment du 14 Juillet. Message essentiel: je suis peut-être un hyper-président, mais je n’abuse pas de mes pouvoirs, contrairement aux faux jetons qui m’ont précédé.

Va falloir se quitter. Dommage, je commençais à m’y habituer, au luxe des arrières-pelouses de la Place Vendôme, adresse riche d’un ministère pauvre.

Antoine Menusier

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