Le cygne a du plomb dans l’aile, il nage en rond, tourne sur lui-même, mais avec, encore une certaine forme d’élégance. Fadéla Amara s’est probablement assagie. Elle, le dernier « dinosaure de l’ouverture » dans le gouvernement. En poste depuis trois ans à la politique de la ville, elle semble se convaincre des progrès du Plan Espoir Banlieues, et si l’année dernière elle lui avait mis un 11/20 à l’occasion d’une interview qu’elle regrette encore, cette année point de note, parce que « vous m’avez tous déchirée », lance t-elle aux quelques journalistes ; ceux qui sont restés après 1 heure 30 de retard.

Avec Christian Estrosi, son collègue gouvernemental et maire de Nice, ils ont offert au public une symphonie. De son côté l’édile niçois a débuté un discours aux tonalités républicaines, entre « l’égalité des chances », « les enfants de la République », « donner plus à ceux qui ont moins ». L’engagement est le maître mot d’Estrosi. « Si nous ne gagnons pas ces batailles, nous ne gagnerons pas la guerre. » Il lui doit bien ça à la France, « ce merveilleux pays », qui a tout donné à ses parents quand ils ont fraîchement émigré d’Italie, en retour « il s’est promis de tout faire pour lui rendre service ». La salle n’était pas convaincue, elle ne le sera pas plus lors du discours d’Amara.

Le discours est plus policé que ceux qu’elle tenaient auparavant. Même si son fond de commerce est toujours de « dire ce que je pense », la rhétorique politique a fait son effet au bout de trois ans. Obligée de présenter les chiffres, les résultats d’un plan qui n’a pas pris l’envol escompté : 30% de boursiers dans les classes prépa, 500 millions d’euros versés par l’Etat dans les transports, la redéfinition et la réduction prochaine des ZUS, Zones urbaines sensibles, terme « qu’[elle] déteste »… et c’est probablement dans cette réforme que réside la nouveauté de cette troisième journée Espoir Banlieues.

Le reste, l’éducation avec les internats d’excellence, les emplois jeunes, les transports, ont un air de déjà vu, déjà entendu. C’est ce que lui a fait comprendre la salle, qui loin d’être acquise à la secrétaire d’Etat s’est rebellée, manifestée.

Ce vent contestataire soufflait du même côté. Un vent qui rend fou, impatient et impuissant. Financements, moyens, actions radicales, lourdeurs de la machine administrative, désenclavement nécessaires, se sont fait échos en de nombreux points de la France. Qu’importe, il faut continuer à y croire. La scène qu’ont offerte Estrosi et Amara, cette fin de matinée face un public probablement lassé, a des airs de repas de famille. Celui d’une veille de Noël où les parents expliqueraient au petit dernier qui vient de découvrir les cadeaux planqués dans l’armoire de ses parents, que le Père Noël existe bel et bien. Eux-mêmes, aimeraient probablement y croire encore.

Adrien Chauvin

Adrien Chauvin

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