Une ambition napoléonienne oui, mais ne nous trompons pas. On parle ici de Napoléon III. Mais aussi de la transformation de Paris au XIXe siècle, considérée comme l’aboutissement de l’urbanisme français, étant toujours le maillage actuel. Tout comme Napoléon III, l’ambition de Nicolas Sarkozy ne serait elle pas de laisser son empreinte sur la plus belle ville du monde ?

Les plus grands noms de l’architecture : Jean Nouvel, Roland Castro, Christian de Portzamparc sont aux pieds de l’œuvre pour ce projet. Le grand Paris a pour objectif de créer une mégalopole basée sur le modèle des grandes villes américaines. A l’instar d’Haussmann qui avait agrandi Paris en ingurgitant les communes limitrophes afin de créer huit nouveaux arrondissements. Le sillage est tout tracé, les plus folles rumeurs veulent que certaines communes limitrophes forment le 21e arrondissement.

Il n’y a pas que les rumeurs qui sont folles, l’estimation du projet l’est également. Une estimation variant entre 17 et 35 milliards d’euros. Rassurons-nous : selon les sites gouvernementaux, l’Etat n’apportera que 4 milliards de dotations tandis que les 17 autres milliards seront des emprunts. Emprunts remboursés par les contribuables grâce notamment à la création de nouvelles taxes. On comprend alors mieux pourquoi la France avait raison de s’inquiéter pour son triple A. Et aussi pourquoi les français dépensent de moins en moins et sont de plus en plus déprimés.

Il reste que, d’un point de vue fonctionnel un réaménagement en Ile de France est nécessaire. Tout d’abord au niveau des transports. Le mot d’ordre est : interconnexion. Certains projets sont en cours de réalisation : la prolongation de 4 lignes de tramways (1, 2, 3, 4) et de métros (4, 11, 12, 14). La création de 4 nouvelles lignes de tramways (5, 6, 7, 8).

D’autres projets en sont encore au point de débat. Comme le fameux « grand 8 » devant relier les différents grands pôles d’activités (Roissy Pôle, Plaine Saint Denis, Plateau de Saclay…) Toutes ces mesures devraient désenclaver certaines grandes villes de la région qui sont éloignées de la capitale comme Noisy le Grand, Cergy ou Evry.

Pour ce qui est des infrastructures immobilières les architectes s’en sont donnés à cœur joie. Il n’y a qu’à voir les différentes maquettes proposées par les bureaux d’études. Ceux-ci sont essentiellement des zones de bureaux privés et des bâtiments administratifs publics (les nouvelles tours de La Défense, le nouveau tribunal administratif).

Bien que dans la vision du grand Paris il y ait la volonté de construire 70 000 logements par an, il est regrettable de ne voir aucun projet de logements sociaux. Malgré tout, cela ne paraît pas si dénué de sens, vue la politique d’habitat menée par le gouvernement voulant une France de propriétaire.

A chaque « grand président » un grand projet. Et ça notre président en est bien conscient. A l’image de Charles De Gaulle et ses villes nouvelles ou encore François Mitterrand et sa bibliothèque. Officiellement l’ambition première est de favoriser une économie en déclin. Ce projet d’envergure devrait d’ici 2050 bouleverser l’aire urbaine parisienne en repoussant ces frontières jusqu’au port du Havre.

Il est aussi bon de tirer des leçons du passé et ne pas oublier que le projet d’Haussmann avait grandement endetté la France, ce qui avait été vivement critiqué par Léon Say et Jules Ferry. Avec la situation économique actuelle, il sera difficile de réitérer l’exploit de Napoléon III qui avait malgré tout fait appel à des fonds privés.

J. Parat

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