Créé en 2009, le syndicat du Grand Paris Métropole a pour objectif de faire travailler ensemble les élus, en partenariat avec les acteurs sociaux-économiques, le milieu associatif, mais aussi des experts (philosophe, architectes) pour ouvrir le débat et mettre en place des perspectives d’actions sur les enjeux de ce grand chantier. Ce sont donc 203 collectivités locales (communes, intercommunalités, départements et région) qui réfléchissent ensemble pour créer une métropole plus humaine et égalitaire. L’idée est de fédérer les collectivités locales et de coopérer sur des projets communs.

L’originalité du Grand Paris est d’avoir voulu associer depuis le début les habitants au projet. C’est à l’occasion d’une vingtaine de débats publics, organisés dans plusieurs villes de la métropole d’octobre à novembre 2012, que les citoyens ont pu s’exprimer en donnant leurs visions sur le Grand Paris de demain. Grâce à ces débats, une vidéo a été réalisée, qui a permis d’extraire les grands thèmes sur lesquels les élus doivent plancher en priorité.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, habitants et élus ont dressé un état des lieux des problèmes qui touchent actuellement les territoires de la métropole : inégalités de richesses, insuffisance des moyens de transport dans certaines communes, manque de logements considérable, et pas seulement en banlieue. Bertrand Delanoë l’a souligné dans son intervention : « Paris aura 20 % de logements sociaux dans un an. La question est donc de savoir si les politiques communes à la métropole vont suivre et permettre d’avoir de la diversité et de la mixité dans ces logements sociaux. Je souhaite que nous puissions disposer de pouvoirs réels et efficaces sur la métropole en terme de logement. »

Autre thème majeur, la création d’emplois. Il est essentiel d’aider les entreprises à se développer sur l’ensemble de Paris et de sa banlieue, comme le souligne un citoyen : « On ne peut pas parler de métropole si l’essentiel des investissements se font uniquement sur Paris. » Beaucoup d’espoirs se fondent sur le Grand Paris Express, qui permettra de désenclaver certaines lignes de métro et de desservir des communes manquant de transports. Sur la question du prix des Pass Navigo, il faudrait trouver des solutions pour baisser les montants, surtout pour les étudiants ayant peu de moyens et qui sont obligés de payer des prix exorbitants pour se déplacer.

Dans le film projeté, certains habitants estiment que le projet du Grand Paris Métropole représentera le dépassement des frontières et permettra de décloisonner les départements. Une citoyenne le souligne : « On parle de banlieusards, mais moi je n’appartiens pas à ce qualificatif. L’Île-de-France compte plusieurs milliers d’habitants : pourquoi les empêcher de devenir Parisiens ? »

Une habitante de Montfermeil attire l’attention des élus sur le nécessaire décloisonnement des villes « pour permettre aux jeunes d’accéder à tout ce qui concerne la culture, l’enseignement, la santé… C’est la première fois que je participe à un débat de démocratie participative, donc je salue cet élan », conclut-elle.

Patrick Braouezec note que « certains mots sont revenus en force : le décloisonnement, la place des jeunes, la question de l’image, l’écologie, les transports… » Ce qui a émergé dans le débat public est l’attachement à la commune. Pour lui, la grande question qui est posé aux élus et aux habitants, c’est de savoir « comment vont être créées des intercommunalités solidaires en partant des dynamiques des territoires ».

Autres question traitée, la gouvernance : un sujet complexe sur lequel les citoyens se posent pas mal de questions. Notamment pour savoir quelles seront les nouvelles institutions mises en place. L’un des habitants interrogés dans le film a donné son opinion en imaginant ce que devraient faire les élus : « Pour moi, cela devrait être un collectif de tous les maires qui se rassemblent, une sorte de G20 qui décide de ce qu’ils devront faire ». D’autres habitants voudraient que ceux qui géreront la métropole prennent toujours en considération leurs avis. Les habitants veulent s’impliquer davantage dans cette gouvernance en étant consultés régulièrement, mais sans être les décisionnaires.

Comme les élus l’ont constaté, les inquiétudes sont aussi fortes que les attentes. Certains citoyens voudraient garder l’appartenance à leur villes, d’autres craignent que la banlieue soit encore plus ghettoïsée. Au niveau scolaire, les jeunes pourront-ils enfin faire leurs études à Paris sachant qu’il y a aujourd’hui des discriminations qui empêchent une réelle égalité des chances ?

Selon Patrick Braouezec, « le pôle métropolitain sera s’en doute construit fin 2015 ou 2016 ». Une question toutefois n’a pas été abordée ce soir : le montant que cela va coûter aux citoyens.

Après l’étape du débat franchi, le syndicat du Grand Paris Métropole va transmettre cette restitution au gouvernement. Ce dernier pourra établir une proposition de loi au courant de l’année 2013 à l’aide du débat de ce soir.

Hana Ferroudj

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