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Claude Bartolone a l’aisance et l’assurance d’un capitaine au long cours. A la barre d’un navire qui subit les assauts du mauvais temps, il joue avec les éléments et toutes les variables qui peuvent lui permettre de voir plus loin. « Produit labellisé » 93, il a quitté la Tunisie à 9 ans. Ses parents, sicilien et maltais, se sont installés au Pré-Saint-Gervais, ville dans laquelle il débute sa carrière politique et rencontre un jour de 1978, François Mitterand, auprès duquel il s’engage.

De colleur d’affiche pour Mitterrand, à conseiller général, député, « timonier » du 93, en passant par ministre de la ville sous Jospin, Bartolone a franchi la plupart des caps. Mais à bientôt 60 ans ses aspirations sont probablement ailleurs. Premier président socialiste du Conseil général, en fonction depuis près de deux ans, il dénonce, s’insurge et se révolte face à une politique, à tribord, qui selon lui, emmène son navire à l’échouage.

Surendetté, entre les emprunts toxiques contractés et la suppression de la taxe professionnelle, le « département est au bord de la crise de nerf », affirme-t-il face au Club de la presse ESJ/Bondy-Bondy Blog, jeudi 25 mars, réuni dans la brasserie Le Murat, à Bondy. L’Etat quant à lui, est dans le rôle du mauvais payeur. Il doit plus de 640 millions d’euros au Conseil général, « nous engageons des dépenses au nom de l’Etat dans le cadre de la solidarité (RMI-RSA, allocation compensatrice pour les personnes handicapées…) et l’Etat nous rembourse toujours moins, nous serons obligés de diminuer les services publics locaux ».

Tel un père de famille expliquant au cadet qu’il devra attendre pour avoir ses nouvelles chaussures, Bartolone justifie les coupes budgétaires faites dans les dépenses non obligatoires : culture, sport, développement économique…et finit par reconnaître que « réussir en Seine-Saint-Denis, c’est la quitter ». Les femmes et les enfants d’abord, et puis tous les abstentionnistes… Le désamour scellé entre la population et le politique, qui s’est traduit lors des dernières élections trouve son origine, selon Bartolone, dans les différentes échelles temps, celle de la politique et celle de « l’urgence de la situation ». « Sept à dix ans sont nécessaires pour la construction d’un lycée, douze ans pour améliorer une ligne de métro… ». Alors oui, « le quotidien est sacrifié », celui des professeurs et des policiers qui réclament plus de postes, celui des habitants de Clichy sous Bois et de Montfermeil qui n’ont toujours pas leur tramway promis…

Si les maux sont clairement identifiés, la thérapie va à tâtons. Le département séduit de plus en plus d’entreprises, la rareté et le prix de l’immobilier sur les zones traditionnelles (la Défense et Paris centre), justifient l’engouement du privé pour Saint Denis, Pantin, Montreuil, Aubervilliers… Dans ces cas, Bartolone prend sa casquette de commercial et démarche, n’hésite pas à obtenir des fonds privés pour améliorer ce qui relève de la gestion du département, à l’instar du partenariat signé avec la BNP. Mais les engagements sur l’embauche manquent, et ne suffisent pas à endiguer le taux de chômage qui dépasse les 20%, chez les jeunes du département.

Mais « autant j’ai cru à la reprise économique, au moment de mon élection à la tête du département, que maintenant… », le navire prend l’eau. Ecoper est devenu impossible selon Bartolone, notamment à cause de « cette foutue réforme territoriale », qui doit, notamment, augmenter les prérogatives de l’Etat en matière budgétaire sur les départements. Alors que faire ? « Démissionner », l’idée ne semble pas l’effleurer, ses intérêts sont probablement ailleurs, à bâbord, pas dans un estuaire mais plutôt un cap, d’autant plus que le département reste médiatiquement le plus exposé de France.

Adrien Chauvin

Adrien Chauvin

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