Du droit de vote des étrangers à la création d’un Ministère du Multiculturalisme en passant par la majorité à 16 ans et la légalisation du cannabis, Abdel-Malik Djermoune a des projets, et surtout pour la banlieue. Rencontre.

9h30, rue de la Commune devant la mairie d’Aubervilliers. J’ai rendez-vous avec Abdel-Malik Djermoune, président fondateur du nouveau Parti de la banlieue. Mon rendez-vous descend prestement un grand escalier et me salut. Abdel-Malik Djermoune a fêté cette année ses 50 ans, mais on lui donnerait bien dix de moins. Je le suis jusqu’à son bureau au premier étage. Chemise aux manches retroussées, pas de cravate, mais un pantalon de costume et des chaussures impeccablement cirées. Il respire le communicant, à l’aise et adroit dans ses propos. Il me demande de m’installer comme je l’entends, je m’assieds. Son bureau est plutôt sobre et spartiate : en face de moi, à droite, se trouve le portrait du maire d’Aubervilliers, Jacques Salvator. Mon regard glisse d’une étagère à l’autre, pas de livres, tout au plus quelques effets personnels. Pas d’affiches au mur. Enfin, près de la fenêtre, le bureau de mon interlocuteur. Un ordinateur et quelques dossiers. Après s’être assis en face de moi, le président du parti de la banlieue dispose plusieurs documents devant lui et évoque son parcours.

Abdel-Malik Djermoune est né à Aubervilliers, dans une famille qu’il présente comme très politisée. « Quand je rentrais chez moi, mes parents regardaient l’Assemblée nationale à la télévision et je les entendais commenter ». Imprégné par cette atmosphère, il se lance après le bac dans des études de droit à Paris 13. « J’avais déjà envie de plus d’égalité » analyse-t-il a posteriori. Mais très vite, il comprend que ce parcours ne lui convient pas. « J’entendais parler d’immunité parlementaire (…) ça voulait donc dire que certains avaient plus de droits que nous ». Il entreprend alors un cursus en gestion des entreprises à l’école des cadres pour être « libre et indépendant ».

Pourquoi un parti de la banlieue ?

« On a vu avec leurs essais plus de quarante ans d’échec, c’est pour ça que j’interviens ! » Fin octobre 2013, Abdel-Malik Djermoune créé le parti de banlieue, peu après le trentième anniversaire des 30 ans de la marche pour l’égalité et contre le racisme. Le président du parti s’explique : « je ne surfe par sur l’actualité, j’analyse. (…) La marche c’était le 15 octobre et j’ai créé mon parti le 31 octobre, mais la marche fait parti de notre histoire ! Depuis très longtemps la banlieue cherche à se faire entendre (…) et il a manqué un parti politique relais ». Il évoque tous les plans banlieues qui ont « principalement mené à des rénovations urbaines » et il estime que les revendications des habitants de la banlieue sont « surtout humaines ».

Créer un « Parti de la banlieue » pourrait-on penser, c’est risquer une certaine stigmatisation. Pas pour le président du parti. « Je suis un politique, je propose des solutions aux problèmes de la société. (…) Ces plans de banlieues (…) ce n’était pas de la stigmatisation, il y avait une vraie problématique qu’il fallait traiter (…) mais ils ont échoué parce qu’ils ont été tenus par des gouvernements, pas par des partis politiques ! »

Par ailleurs, au programme du parti, quid de la ville et de ses habitants ? « Le parti de la banlieue n’est pas spécifiquement lié à la banlieue » précise Adbel-Malik Djermoune. « Le logo c’est la carte de la France, dans ce logo je mets une tour HLM (…) qui veut dire pas de discrimination territoriale. Sur ce logo-là, le personnage porte une casquette (…) ça veut tout simplement dire pas de discrimination au faciès, qu’elle soit ethnique ou religieuse. Les gens des banlieues sont les plus stigmatisés, les sondages le montrent. » Et le président du parti de conclure sur ce point : « la banlieue n’est pas un territoire à part (…) c’est une frange de la population un petit peu trop exclue et moi je veux l’inclure dans la grande famille nationale qu’est la France ».

« La philosophie du parti de la banlieue, c’est le multiculturalisme »

« Le multiculturalisme n’existe pas en France, l’égalité est complètement bafouée ! » Lorsque le président du Parti de la banlieue aborde son programme, il évoque surtout la création d’un ministère du multiculturalisme qui, à son sens, peut nous permettre d’éviter le communautarisme. « Le communautarisme, c’est l’exclusion, moi je veux inclure, je veux l’égalité comme valeur, c’est-à dire ensemble, pas plus haut pas plus bas, ensemble.» Il s’attarde aussi sur le décret Crémieux expliquant « on a cherché l’égalité quand on était indigènes, on a cherché l’égalité quand on était immigrés, on cherche encore l’égalité quand on est français ! » L’actualité lui semble d’ailleurs particulièrement édifiante au regard des propos racistes récemment exprimés envers la ministre Christiane Taubira. « Je ne suis pas là pour effacer les identités des communautés, je suis là pour harmoniser les communautés ! (…) Communauté et communautarisme c’est différent ! »

Renforcer le multiculturalisme passerait par exemple, par le multilinguisme dès l’école maternelle ou par la mise en place d’un calendrier mentionnant de la même manière les fêtes juives, les fêtes musulmanes et les fêtes chrétiennes. Enfin, pour justifier son approche, Abdel-Malik Djermoune s’appuie sur les propos tenus par Nicolas Sarkozy alors qu’il était ministre, puis président. « Les élites savent que c’est la bonne solution. Nicolas Sarkozy, ministre dit : ‘la solution en France, c’est le multiculturalisme’, Nicolas Sarkozy président dit : ‘en France, c’est l’échec du multiculturalisme’ alors qu’il n’a jamais été appliqué en France ! »

Une responsabilité des citoyens, des médias et des élites

« Il faut casser les murs qu’on a mis dans les cerveaux des gens ! » Là encore, la responsabilité est un point essentiel du programme du Parti de la banlieue. « Aujourd’hui on a un vrai regard discriminant sur toute une frange de la population (…) ce n’est pas un fardeau d’être français quand on a des origines étrangères, c’est un fardeau d’avoir des origines étrangères quand on est français ! » déplore-t-il. Les fautifs ? Pour le président du parti, ce sont les médias bien sûr, mais aussi les élites.

« La marche des beurs, ce sont les médias qui l’appellent comme ça ! ». Par ailleurs, les élites et nous-mêmes citoyens aurions une réelle responsabilité dans la construction de cette nouvelle image de la diversité. « Il faut donner à ce jeune plus d’outils ! » Ainsi, le fondateur du Parti de la banlieue souhaite établir la majorité civile à 16 ans et renforcer les cours d’éducation civique pour faire baisser le taux d’abstention.

« L’égalité est une valeur républicaine, elle n’est pas de gauche ou de droite »

Une chose est sûre, Abdel-Malik Djermoune ne veut pas dire que son parti est de droite ou de gauche. « Je suis plutôt, par mon affinité sociale, de gauche, mais l’égalité pour moi, elle est au-dessus ». Et de poursuivre : « Je ne suis pas un faux-fuyant. J’ai soutenu deux hommes dans ma vie, un en 2002, Jean-Pierre Chevènement qui était quand même un homme de gauche un en 2008 Dominique de Villepin qui était quand même un homme de droite ! Je ne me suis pas posé des questions de gauche ou de droite ! »

Il commente : « Tout le monde vous parle d’égalité aujourd’hui, même le FN !(…) Je pense que la droite pourrait être en accord avec mon programme sur beaucoup de points, notamment le multiculturalisme ». Lorsqu’il est question d’évoquer le soutien qu’il reçoit, il insiste : « Je suis soutenu par des gens du sud comme par des gens du nord, je reçois des mails tous les jours ! » Et s’il était président ? « Laissons le parti se développer » objecte-t-il « mais mon but n’est pas là, mon but, c’est de créer un vrai débat dans ce pays ! ». Quant aux détracteurs qui ont pu dire « qu’il aille créer son parti chez lui ! » il répond simplement qu’ « il ne les voit pas ».

Anne-Cécile Demulsant

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