Xavier Lemoine est le maire de Montfermeil. Le nom de cette ville donne le hoquet aux gens, le nom de son maire provoque des réactions instantanées. Cet élu est connu pour ses prises de positions controversées en direction, de l’islam, des jeunes ou des populations issues de l’immigration.

Les associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme le suivent à la trace et réclament depuis longtemps sa mise à l’écart de la classe politique française. Il a été à plusieurs reprises poursuivi devant les tribunaux pour incitation à la haine, à la violence et à la discrimination envers les immigrés. Beaucoup d’observateurs estiment que les thèses défendues par l’ex-membre du Mouvement pour la France de Philippe De Villiers, font froid dans le dos.

Xavier Lemoine est, par ailleurs, membre du Conseil national des villes. Cette instance est chargée de faire des recommandations au sujet de la gouvernance des villes au premier ministre, François Fillon et à sa ministre de la ville et du logement, Christine Boutin. Nous lui avons demandé son avis sur le plan banlieues. Interview.

Pensez-vous qu’en prenant ce dossier en main, Nicolas Sarkozy pourrait faire bouger les choses ?

Le portage politique de la « nouvelle politique de la ville » devra se faire au plus haut niveau. Car si elle reste à des niveaux subalternes, elle se heurtera aux inerties et aux égoïsmes locaux et n’avancera pas.

Vous pensez qu’il va chambouler les rapports entre les élus locaux et les strates administratives ?

C’est lui qui a le pouvoir de chambouler un certain nombre de choses, effectivement.

Si dans les années qui viennent, il fallait travailler d’urgence sur un aspect précis de ce dossier, de quoi s’agirait-il ?

L’enjeu dans nos banlieues n’est pas d’ordre social, économique ou urbain. Les dysfonctionnements peuvent être aussi le résultat d’un autre enjeu, culturel celui-là. C’est un constat, pas un jugement de valeur. Nous n’avons pas donné les clefs de compréhension du fonctionnement de notre société à une catégorie de la population pour différentes raisons. Si nous ne remontons pas à cette cause, on va rajouter des moyens sans se poser cette question, en évitant les amalgames : quelle représentation et quelle vision ces personnes ont de notre civilisation ? Le candidat Sarkozy parlait de l’identité nationale, il parle de politique de civilisation aujourd’hui, tout ça milite pour que l’on relève le niveau de la réflexion, parce que ce n’est pas toujours plus, mais plutôt du mieux avant de se poser la question du combien.

Les jeunes qui habitent dans le quartier des Bosquets sont français pour 90% d’entre eux, ils sont quasiment tous nés à Montfermeil !

On va tomber dans la politique stérile : ils sont nés en France, ils sont donc français, je veux bien ! A la maison, quelle langue parlent-ils ? Sur quelle chaîne de télévision sont-ils branchés ? Sur quels sites Internet surfent-ils ? Quels bouquins lisent-ils ?

Pour vous, tous les jeunes sont suspects ?

Non pas tous, gardons-nous des amalgames. Ayons le courage de regarder dans quels univers culturels, psychologiques, linguistiques et médiatiques, certains jeunes, pas tous, peuvent baigner. Est-ce que c’est un univers propice à comprendre, à décrypter, à s’approprier les codes de fonctionnement de notre société occidentale, française ou est-ce que ça les met en marge, en déséquilibre ? Si on ne se pose pas la question à ce niveau-là, on peut toujours rajouter des missions locales, de la police, de la justice et des machins comme ça, mais si on ne les sort pas de leur bulle, on aura échoué.

Cela représente quelle proportion en chiffre dans la réalité ?

Je vous parle de jeunes, de moins jeunes, de communauté qui se structurent en marge de la société. Ce n’est pas un phénomène marginal.

Dans ce cas, que proposez-vous comme solution ?

C’est d’avoir le courage de se poser les vraies questions, avec toutes les nuances et les précautions. Mais il faut avoir le courage d’aller jusqu’au bout du constat que l’on peut faire sur nos idées. Il faut continuer les politiques en se posant la question du pourquoi, quelle finalité j’attends. Je suis consterné de voir que des centaines de personnes ne parlent pas français, nous avons manqué d’exigence vis-à-vis d’eux, elles ont manqué de curiosité vis-à-vis du pays dans lequel elles vivent.

Une grande majorité de la population des quartiers adhère aux valeurs de la République, elles ne se sentent pas reconnues et soutenues…

Elles sont soutenues par les politiques publiques. Mais elles sont prises en otages.

Pensez-vous que le plan banlieues peut s’appuyer sur vos idées et vos propositions, puisque vous êtes membre du Conseil national des villes et que cette instance est chargée de faire des propositions au ministère ?

La thèse que je défends fait débat. Je note que depuis que je l’expose, si j’étais en confrontation assez brutale avec certaines personnes, les faits me donnent de plus en plus raison. Ce serait présomptueux de dire que ce plan banlieues tiendra compte de cela, mais je vois un certain nombre de documents officiels produits par le Conseil national des villes ou d’autres instances avancent sur cette réflexion.

Vous voulez parler de la question de « l’identité » dans ce plan banlieues ?

La culture et la manière dont les gens s’approprient et acceptent les codes de notre société ou se mettent en marge, pour différentes raisons.

Sans prise en compte de votre hypothèse, le plan banlieues ne sert à rien ?

Je ne rentre pas dans cette dialectique. Il y a des choses à faire et chaque maire se débrouille localement en fonction de sa situation. La résidence des Bosquets, que vous semblez connaître, il n’y en a pas cinquante mille en France. S’il y en a dix qui lui ressemble, je ne vais pas faire une politique de la ville à partir de la réalité de ce que je vis et de ce que je sais de ma ville. Peut-être qu’à Vaulx-en-Velin la situation est complètement différente.

Propos recueillis par Nordine Nabili

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