Marché de Saint-Ouen, dimanche en fin de matinée. Froid de canard. Nadia Azoug, bonnet rouge, gants rouges, écharpe verte, fait campagne. Une femme lui fait part de ses difficultés pour avoir un logement : « Beaucoup de gens profitent du système. Moi je n’ai droit à rien. Bien qu’étant fonctionnaire, je n’arrive pas à joindre les deux bouts. »

La candidate, deuxième sur la liste Europe Ecologie en Seine-Saint-Denis, maire adjointe de Pantin, chargée de la jeunesse, lui répond ceci : « Il faut changer la société, il faut que la société soit plus équitable. On a changé de siècle mais pas de système malheureusement. » L’écologiste développe : « Il faut conditionner les aides à la construction, en imposant à la fois le respect des mixités sociales mais surtout le respect de normes écologiques. »

Début d’après-midi, Saint-Ouen toujours. Nadia Azoug retrouve des amis militants. Ensemble, ils arpentent les parcs et squares de la ville : « Ce sont des lieux inhabituels pour distribuer des tracts, mais ça permet de mieux échanger avec le gens car ils sont plus détendus. Ce qui n’est pas le cas devant une gare, car les gens sont toujours pressés », observe la candidate. Une mère explique qu’elle n’est pas inscrite sur les listes électorales, car elle vient tout juste d’emménager dans le quartier. Nadia Azoug l’encourage à le faire pour les élections à venir.

Un jeune couple, résident depuis trois ans à Pantin, déménage pour aller s’installer en Normandie. « C’est devenu impossible d’acheter ici, c’est trop cher », affirme l’épouse, qui déplore que le 93 soit « un département abandonné ». « Toute démarche administrative, CAF, Pôle emploi, sécu, est compliquée et trop longue, poursuit-elle. Ce n’est pas le cas à Paris où nous résidions auparavant. Il y a une forme d’inégalité de traitement pour les habitants de Seine-Saint-Denis. »

Malgré un désintérêt apparent de la population pour ces élections régionales, Nadia Azoug veut croire en la politique. Elle raisonne en politique. Sur le bilan de la majorité rose-verte de la région Ile-de-France, elle estime qu’« on peut mieux faire ». Mais pour montrer que les écologistes ne sauraient être confondus avec des socialistes, elle ajoute : « Le plus compliqué c’est d’être une minorité dans la majorité. » Question à deux sous, mais je la pose quand même : « Ferez-vous alliance avec le PS dans la prochaine assemblée ? » Réponse : « L’alliance est possible mais sous certaines conditions. » Cuisine post-premier-post-second tour…

Au niveau national, Nadia Azoug estime que « la gauche est malade. Le PS pense que la croissance est encore possible. Or il n’y a plus de croissance en France depuis les années 70. C’est toute la différence entre les verts et le PS. On souhaite rénover la gauche. Il faut une croissance plus intelligente, avec une reconversion industrielle. L’emploi doit être lié aux transports, qui doivent être liés aux logements. »

L’« affaire Soumaré » ne l’intéresse pas. « Tout le monde s’en moque », dit-elle. La candidate d’Europe Ecologie ne croit pas à la notion de « diversité, qui est née avec la politique de la ville. Je suis française. J’ai plusieurs identités. C’est dans les regards des autres qu’on est étranger. » Au terme « diversité », elle préfère l’expression « société mosaïque ».

Nadia Azoug a fondé avec d’autres le festival de Bondy « Y’a de la banlieue dans l’air ». Son engagement est à l’origine surtout associatif. « Mon père tenait un café. J’ai toujours fait du social. J’aidais ceux qui ne savaient pas lire à remplir leurs papiers administratifs. » Elle a participé à la marche pour l’égalité et contre le racisme, dite « marche des beurs », en 1983.

C’est l’arrivée du FN au second tour de la présidentielle en 2002 qui l’a poussée à se lancer en politique. Elle a pris sa carte chez les Verts il y a deux ans seulement. « Les gens devraient s’impliquer plus dans la vie politique, dit-elle. S’ils ne le font pas plus, c’est parce qu’ils voient que certains élus s’accrochent à leurs postes. Le pouvoir politique grise les gens, il ne fait plus avancer les choses. » Elle a cette formule : « La politique est devenue une lutte des places plutôt que d’être une lutte des classes. »

Et le cumul des mandats ? – autre question à deux sous, mais j’assume. Nadia Azoug défend sur ce point l’idée d’« une personne : un mandat », car les hommes politiques « ont du mal à passer le relais ». Elle admet toutefois que si elle est élue à la Région, elle occupera deux mandats (maire adjointe et conseillère régionale). « Oui, mais c’est parce qu’il est aujourd’hui difficile de trouver des jeunes gens qui souhaitent s’impliquer dans la politique. Il faut du temps pour les former. La jeunesse n’est plus attachée aux partis. »

Latifa Zahi

Latifa Zahi

Articles liés

  • Burkini, la saison de trop d’une série bien française

    Alors que le conseil municipal de la ville de Grenoble a autorisé en début de semaine les femmes qui portent le voile à nager avec un maillot couvrant, la classe politique s'est déchirée devant la décision. Aux avant-postes, l'État et le Ministère de l'Intérieur qui compte une nouvelle fois empêcher les femmes musulmanes d'accéder à un service public. Nouvelle saison, d'une série tristement française. Édito.

    Par Félix Mubenga
    Le 20/05/2022
  • En Seine-Saint-Denis, la NUPES « vise le strike »

    Le 17 mai, les 12 candidat·e·s de Seine-Saint-Denis de la NUPES ont déposé collectivement leurs candidatures à la préfecture de Bobigny. L'occasion d'affirmer la détermination de la gauche unie de gagner dans toutes les circonscriptions du 93. Mais l'élan Mélenchon retrouve-t-il sa légitimité sur le terrain ? Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 19/05/2022
  • À Aubervilliers, la NUPES se rassemble « pour l’histoire »

    La NUPES - Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale - s'est lancée officiellement à Aubervilliers. Après des jours de négociations médiatisées, les partis de gauche se sont réunis samedi 7 mai en Seine-Saint-Denis pour lancer officiellement la campagne des législatives avec lesquelles ils et elles espèrent transformer l'essai de Mélenchon à la présidentielle. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 08/05/2022