11h : mouvement de foule Place de la Mairie. Les forces de l’ordre établissent un périmètre de sécurité sous le regard des Allonnais.

11h10 : j’aperçois la secrétaire d’Etat à la politique de la ville entourée de journalistes, je me faufile auprès d’eux. Des questions fusent sur son « dégueulasse » relatif au test ADN et sur son désaccord à ce sujet avec le premier ministre. Ce dernier s’approche d’elle. Fadela Amara lui fait la bise. Fillon essaie de masquer sa froideur à l’égard de cette sous-ministre grande gueule.

11h20 : au moment de la signature du projet ANRU, le chef du gouvernement se fait huer, insulter par un groupe de jeunes. Je cite : « Fillon, tête de fion ! » Les rappels à l’ordre des gardes du corps n’ont aucun effet. « Fillon, tête de fion ! », reprennent les jeunes. Le document signé, je me rapproche du premier ministre pour écouter l’interview qu’il accorde aux médias. Fillon parle tout doucement. N’ayant pas pu moi-même obtenir quelques mots de sa part, je me dirige vers Fadela Amara, plus accessible. Pour plaisanter, je lui demande: « Les 70 millions d’euros, c’est notre cadeau pour l’Aïd ? – Bah, je sais pas », répond-elle d’un air étonné.

11h30 : alors que François Fillon et Fadela Amara effectuent une mini-tournée des cafés-bars, je recueille les premières impressions. Plutôt négatives. Farid, Karim et Nicolas, 16, 15 et 17 ans, font partie du groupe des chahuteurs (« Fillon, tête de… »). Je leur demande: « Vous êtes contents du projet ANRU et de la présence ici du gouvernement ? – C’est qui celle-là (parlant d’Amara) et c’est quoi ce projet ? », lancent-ils. Surprise par ces paroles, je m’aperçois qu’il y a un problème d’intégration de ces jeunes dans la société. Le plus étonnant, c’est leur étonnement face à la considération que je leur donne. Aucun journaliste de la presse nationale, régionale ou locale, en mission ce samedi à Allonnes, n’a prêté attention aux habitants. Tous les médias étaient concentrés sur le tandem Fillon-Amara, et lui seul.

M. Daupley, 70 ans, se dit « outré » par le projet ANRU. « On en à ras-le-bol de leurs promesses, ils veulent tout détruire, nos vies, notre enfance ! », proteste-t-il. La réaction peut être compréhensible. D’une part, les logements destinés à la démolition sont dans un bon état. Les habitants concernés par ce plan de rénovation ont vécu pendant des décennies dans ces logements aujourd’hui condamnés à disparaître, dont une bonne part abrite des familles nombreuses. 109 logements vont être détruits d’ici à 2012 et 95 crées. L’un des nouveaux immeubles sera constitué de petits logements (4 studios de 30 m2, 16 T2 de 40 à 52 m2). L’impression est la suivante: « ils » détruisent pour moins reconstruire et plus petits ; « ils » rehaussent le prix des loyers. « Ils nous entubent, ces politiciens », me crie M. Aubert, 67 ans.

12h : j’apprends que Fadela Amara doit se rendre à la bibliothèque municipale. (Merci pour l’info, M. Bouleux – adjoint chargé des affaires scolaire).

12h50 : l’ambiance dans la bibliothèque est sympa, nous sommes une dizaine de jeunes. On parle slam, rap, associations. Fadela Amara ne nous a pas paru convaincante en vantant le mérite du projet ANRU. Elle ne s’est pas souciée de la vie de ces jeunes, dont je fais partie, car, comme eux, j’habite Allonnes (30 % de chômage). Nul réconfort de sa part. Elle semble indifférente aux problèmes de cette ville de banlieue. Elle m’adresse malgré tout un « Aïdek Mabrouk ».

Melissa Barberis (Bondy Le Mans)

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