Des intervenants parlaient sur le thème de l’économie de marché et se succédaient sur l’une des deux tribunes ce samedi matin. Harlem Désir, intervenait régulièrement pour relancer ou recadrer le débat. Le ronronnement des voix berçait les spectateurs dont certains s’endormaient car le moment fort attendu de tous était celui de l’après midi, avec les votes des investitures pour la campagne municipale. Depuis quelques jours, différentes sources faisaient état d’une agitation sur le thème de la représentation de la diversité pour ces élections. Au moment où tout débute, je me promène donc dans les allées en attendant de voir les différentes personnalités que je pourrais interroger sur ce thème.

Je reviens vers l’entrée de la salle lorsque je rencontre Faycal Douhane en pleine conversation avec Bariza Khiari tout deux connus des lecteurs du BondyBlog. Je commence donc en interrogeant la sénatrice sur la question de la diversité au PS en lui rappelant ce qu’elle avait affirmé lors de cette interview : « Si le PS a échoué lors des dernières législatives, c’est parce qu’il s’y est très mal pris. Il a parachuté des personnes dans des circonscriptions où elles n’avaient pas d’assise locale alors qu’il existe au niveau local des pépites, des gens formés politiquement qui n’ont pas été choisis ».

La sénatrice très proche du maire de Paris, m’explique tous les efforts consentis par l’équipe parisienne avec les nominations par exemple de Georges Pau- Langevin, de Hamou Bouakkaz ou de la toute nouvelle égérie du PS, Dagoma Seybah, en tête de liste dans le premier arrondissement de Paris. Tout à coup, arrive, mais je devrais dire déboule, une Erynie. Zohra Aït-Matem vient de Lyon et engage immédiatement la conversation avec les deux premiers protagonistes. Je comprends au fil de la discussion qu’elle vient de Lyon, furieuse et qu’elle veut parler à François Hollande. « Ils m’ont demandé de me retirer pour le parti au moment des législatives et là j’apprends que je ne suis même pas en position éligible !». Cette femme de 42 ans, issue de l’association Jeunes Arabes de Lyon et banlieue, qui s’est initiée à la politique peu après la Marche pour l’égalité de 1983 est adhérente du PS depuis. Egalement membre de l’association : Rhône diversité 2008, elle avait été désignée à 67% lors des primaires de son parti mais, me dit-elle, « Le cabinet de Gérard Collomb m’a dit que j’allais faire bondir les cathos » raconte Zohra qui impute ses difficultés à des « baronnies locales ».

Tandis que nous parlons un brouhaha se fait entendre. Des journalistes se précipitent tous dans la même direction, François Hollande vient d’arriver. Zohra la rousse se rue dans sa direction dès qu’il est –moins – suivi par les caméras. Il s’ensuit une conversion courte, policée mais dont si on la suit, on ne peut douter de la tension qui l’anime. « Tout est réglé, lui dit François Hollande, tu seras mise en situation éligible ! ». Comment expliquer la résolution aussi rapide de ce conflit qui a attendu la dernière minute pour se régler ? La discrète pression médiatique organisée par ces militants PS qui ont comme point commun de faire parti du Club du 21ème siècle, a-t-elle eu raison, cette fois-ci, de certains archaïsmes du parti socialiste ? En tout cas, la décision de régler les deux cas emblématique de la ville de Lyon (Zohra Aït-Matem et de Karim Hamdaoui) semblait acquise lors du vote qui eut lieu l’après-midi.

« Les gens issus des minorités peuvent être français depuis des générations, ils sont considérés comme des enfants illégitimes qu’on cache et qu’on ne veut pas assumer. On est obligé de faire pression pour obtenir des postes. C’est une victoire amère ! », conclut Zohra Aît Matem.

Axel Ardes

Axel Ardes

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