Mercredi 22 octobre, dans les salons de la présidence du Sénat, se tenait une soirée organisée en l’honneur des talents de la Seine-Saint-Denis. Thomas et moi, nous nous y sommes incrustés. La preuve était là, sous nos yeux : trois ans après les émeutes de banlieues, la présence dans les salons de Boffrand de vingt-et-un jeunes issus du 93, était la démonstration que dans ce département, on fait autre chose que brûler des voitures et vendre de la drogue. Ces vingt-et-un talents accueillis dans le cadre prestigieux du Sénat sont des stylistes, des artistes, des jeunes entrepreneurs, des danseurs, un meilleur ouvrier de France, etc.

Le sénateur-maire (UMP) de Neuilly-Plaisance, Christian Demuynck, déclare que 8000 entreprises sont crées chaque année en SSD dans le 93, qu’il s’agit du 6e département le plus riche de France et que « cela ne se fait pas avec les délinquants, mais avec ceux qui travaillent et créent ». Les Salons du Sénat sont pour lui une façon de valoriser les 21 talents et tous ceux qui peuvent se reconnaître en eux.

Après le long discours du sénateur, c’est au tour de Fadela Amara de prendre la parole. La secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville aborde également le thème de la banlieue. On a parlé de mode, la voici : un premier défilé présente les bijoux de la marque Molusk, créés par Lucille Saliou et Anthony Masure, qui ont trouvé leur inspiration dans le monde aquatique : très original mais à ne pas porter n’importe quand. Deuxième défilé, consacré aux vêtements de Delphine Vasseur, habitante d’Epinay-sur-Seine.

L’apéro est servi. Champagne, jus d’orange, toasts à la mousse de foie gras, accras de morue, spécialité antillaise délicieuse… Mais un autre défilé démarre, celui de Fatou Kébé, de Saint-Ouen, créatrice de la marque Fatou Fatal, une gamme de lingerie de luxe faite de pierre semi-précieuses. Ravissant, et la mariée tout de dentelle vêtue était affriolante. On passe à la chaudronnerie avec Lionel Saint-Just, technicien chez Eurocopter, élu meilleur ouvrier de France. Après avoir été recalé à son premier concours, pour un malheureux point, il est vainqueur à sa seconde tentative. Médaillé par le président Sarkozy à l’Elysée, il s’est alors senti en paix avec lui-même.

Ambiance différente avec Nasser Beldjilali, auteur du livre « Pour l’amour d’une mère ». Œuvre autobiographique, il y raconte comment il est sorti de sa toxicomanie et de son alcoolisme lorsqu’il s’est aperçu que sa mère, atteinte d’un cancer, n’avait plus beaucoup de temps à vivre. Il voulait que celle-ci garde une bonne image de son fils. « Aujourd’hui, je suis un homme heureux, dit-il, j’avais des rêves, ils se sont réalisés. Je me suis marié, ma mère était fière, j’ai un enfant, j’ai écrit un livre qui est mon exutoire, mon ultime thérapie et aujourd’hui, le sénateur m’a invité ici. C’est nouveau pour moi, mais je suis heureux même si je cherche un éditeur pour mon livre. » Sur le visage de Nasser Beldjilali se lisent toutes les épreuves qu’il a subies. Son message aux jeunes, et notamment à ceux de Neuilly-Plaisance : ne touchez jamais à la drogue !

On n’a pas pu s’empêcher de demander aux talents s’ils n’avaient pas l’impression d’être instrumentalisés par la démarche du sénateur Christian Demuynck, pour ainsi dire exposés ce soir-là à la vue de 350 personnes. Réponse unanime : « Non ! Pas du tout, bien au contraire, la démarche de Monsieur Demuynck est géniale, c’est lui qui est venu à nous et cela nous a beaucoup surpris, car on ne pensait pas qu’on nous inviterait dans ce lieu si ravissant. De plus, c’est une bonne chose, car il veut prouver à travers des gens comme nous que dans le 93, il n’y a pas que de la racaille, mais des talents et d’autres qui travaillent dur pour avoir un bel avenir. »

Inès el Laboudi et Thomas Romain

« Les choses finiront par se faire, et correctement »


Talentueux 93
 

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Thomas Romain

Ines el Laboudy

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