La famille Drouin-Seyglard habite à Bondy au dessus du bureau de vote numéros 12, dans un appartement de fonction, au dessus de l’école Léo Lagrange, à deux pas du siège local de l’UMP : « où on fait la fête tous les jours depuis un certain temps  », m’affirme Thomas, l’homme de la maison. Cette fratrie est très puissante dans Bondy, pour la simple et bonne raison que Thomas est le seul informaticien du comté à pouvoir résoudre les cas les plus désespérés, ceux que peuvent créer parfois Windows ou notre stupidité quand on est un coutumier du matos informatique. Thomas a fait des miracles la fois quand mon frère a eu l’idée très originale de mettre de l’huile d’olive sur son processeur pour en atténuer le bruit. Chaque dimanche donc, des bataillons entiers d’handicapés de la souris viennent faire la queue chez les Drouin-Seyglard pour résoudre leurs petits soucis numériques. Malgré ce rush, la famille composée de la maman institutrice, du Bill Gates local, de Fabien le petit dernier qui vote pour la première fois cette année et qui consacre un moment pour aller rendre visite aux urnes, « mais vraiment par conscience citoyenne, parce que j’habite à exactement 10 secondes du bureau de vote. A 5 minutes, je me serais sans doute posé la question », me confie Thomas dans un mélange de… de rien du tout.

Que pense-t-il de la campagne législative ? « Ah parce qu’il y a eu une campagne ?, s’il y a une élection qui donne l’impression de ne servir à rien c’est bien celle-là ». Son frère partage le même avis : « je suis toutes les élections depuis que je suis plus ou moins jeune, celle-là donne l’impression d’être la troisième mi-temps des présidentielles ». Les amis de Thomas, habitués du dimanche, chantent tous sur le même tempo : « si tu savais comme je m’en bats le coquillard de ces élections  », « c’est un fief de gauche ici, une place au chaud pour Guigou, c’est du tout cuit pour elle, pourquoi j’irai voter ?  », « ça va vachement changer ma vie, ah ça alors ! C’est sûr…  ». Le discours clamant que le fort taux de participation du 22 avril dernier est un second souffle pour nos institutions a toute sa place chez Thomas… quelque part dans le cagibi. Je les laisse au moment où la famille s’en va voter. Le bureau de vote me fait penser à un jardin zen japonais où à une rue déserte dans un vieux western, tellement il est épuré de ce genre de petits détails que sont les gens qui votent. Malgré le discours de leurs amis et le peu d’enchantement pour ces élections, toute la famille s’est portée volontaire pour le dépouillement.

Idir Hocini

Idir Hocini

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