Un député ? Deux ? Trois au grand maximum? On s’achemine vers un très maigre bilan en termes de représentation de la diversité à l’Assemblée nationale. Il se pourrait même, qu’au soir du 17 juin, il n’y ait aucun élu arabe ou noir parmi les candidats de France métropolitaine. Ceux qui peuvent raisonnablement espérer l’emporter dimanche sont un UMP, Salem Kacet (en photo), et une socialiste, George Pau-Langevin. Les autres devront s’en remettre aux bonnes fées. Salem Kacet, cardiologue et professeur de médecine à Lille, a obtenu 36,32% des voix dans la 8ème circonscription du Nord, à Roubaix, arrivant juste derrière le candidat PS Dominique Baert (37,77%). Avec 27,84% des suffrages, George Pau-Langevin, Antillaise, talonne l’UMP Raoul Delamare (27,88%) dans la 21ème circonscription de Paris. Deux probables élus de la diversité, c’est bien peu, le PS ayant investi une vingtaine de candidats sous cette appellation, contre une quinzaine à l’UMP.

Par parenthèses, n’est-il pas un peu ridicule de ranger George Pau-Langevin dans la catégorie « diversité », sans même parler de la rubrique « issus de l’immigration », alors que la Guadeloupe, où elle a vu le jour, est française depuis plus longtemps que Nice ? « Diversité » ou « issues de l’immigration » renvoient davantage à des personnes dont elles-mêmes ou leurs parents sont originaires de pays qui furent des colonies de la France, comme l’Algérie, le Maroc ou le Cameroun. Quelles que soient les stratégies adoptées par les états-majors des partis, elles ont mal, voire pas du tout fonctionné pour les candidats de la diversité. Dans les quartiers populaires, il n’y a pas eu de vote communautaire, explicite ou implicite. A Aubervilliers-La Courneuve (93), où la concurrence était féroce, Kamel Hamza, investi par l’UMP, n’a récolté que 18,33 des votes. Deuxième, il affrontera le socialiste Daniel Goldberg (28,22%) au second tour. La forte démobilisation de l’électorat des banlieues, qui avait tant soutenu Ségolène Royal à la présidentielle, n’a pas permis aux candidats issus de l’immigration, hormis les exceptions citées plus haut, de se hisser en position de semi-favoris en vue du second tour. Quant aux candidats dissidents ou indépendants, tels Samir Mihi à Clichy-sous-Bois-Montfermeil-Le Raincy, Karim Zeribi à Marseille ou Djamal Yalaoui à Trappes, privés du soutien d’un parti, ils ont été sinon laminés, du moins sèchement écartés de la course. L’absence – apparente – de communautarisme réjouit Salem Kacet: « Cela montre que les gens votent en fonction de leurs attaches partisanes, et c’est tant mieux, dit-il. Dans mon cas, j’ai fait un meilleur résultat dans les quartiers résidentiels de Roubaix que dans les quartiers populaires, où vivent pourtant de nombreux électeurs arabes comme moi. »

La logique des partis l’a donc emporté sur celle des origines. Elle n’en a pas été pour autant favorable aux candidats de la diversité. Là où ils avaient été investis, de gré ou de force, par les appareils parisiens, ils ont pour ainsi dire tous échoué. Leur mission était rude. Ils ont dû combattre dans des circonscriptions quasiment ingagnables, face à des sortants de l’autre camp. A Trappes, dans les Yvelines, la socialiste Safia Otokoré, dépêchée spécialement de Bourgogne, a été sévèrement devancée au premier tour par l’UMP Jean-Michel Fourgous, alors même qu’elle avait reçu le soutien, sur place, de Ségolène Royal. A Argenteuil, dans le Val-d’Oise, Faouzi Lamdaoui, autre parachuté PS, compte près de 15 points de retard sur son adversaire UMP Georges Mothron. Dans la première circonscription du Val-de-Marne, tenue par l’UMP sortant Henri Plagnol, Akli Mellouli (PS) n’a rien pu faire. Il ne figure même pas au second tour, victime du syndrome « vu à la télé », qui a profité au candidat du MoDem Jean-Marie Cavada. Les grands partis, invoquant la priorité au candidat sortant, n’ont pas fait d’efforts particuliers pour permettre une entrée remarquée de députés issus de l’immigration au Palais-Bourbon. Une exception a été faite rue de Solférino pour Malek Boutih, secrétaire national du PS aux questions de société, dans la 4ème circonscription de la Charente. Mais l’essai s’est transformé en désastre. Une dissidente socialiste a évincé Boutih du second tour. « La faute aux parachutages, estime Fayçal Douhane, délégué national du PS. Il aurait fallu que la direction socialiste investisse des candidats de la diversité dans leur région d’habitation et d’activité. La méthode employée par le secrétaire national aux élections, Bruno Leroux, a consisté à transformer de l’or en plomb. » L’intéressé défend sa méthode: « Ce n’est pas parce qu’ils étaient candidats de la diversité qu’ils ont perdu, c’est parce que la tâche était et reste ardue pour tous au PS, rétorque le secrétaire national aux élections. Voyez Arnaud Montebourg, en difficultés en Saône-et-Loire. » Point positif selon Bruno Leroux, l’implantation de certains candidats issus de l’immigration, aujourd’hui défaits, mais « qui pourront être investis à nouveau dans cinq ans, au nom de l’engagement et de la continuité ». Dans cinq ans, donc. Cette perspective ne suffit à apaiser Chafia Mentalecheta, ex-déléguée nationale PS à la lutte contre les discriminations et pour la citoyenneté, l’un des chefs de file de l’association Prairial 21, qui regroupe des élus et militants de gauche issus de l’immigration. Elle vient d’adresser une lettre cinglante au premier secrétaire socialiste, François Hollande, où elle lui dit tout son dégoût (lire la lettre chafiahollande_1.doc).

Passé l’amertume des uns et des autres, les législatives de 2007 forment d’ores et déjà un « acquis diversité », qui ne pourra que croître au fil des ans. La mère des batailles de la diversité avec les directions des partis est à venir : elle aura lieu lors de la préparation des listes municipales pour les élections du même nom, en mars 2008.

Antoine Menusier

Antoine Menusier

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