Les législatives ne servent-elles qu’à valider l’essai marqué lors de la présidentielle ? Pour  44,4 % du corps électoral, le scrutin ne valait sans doute pas mieux qu’un coup de pied. L’abstention record atteint des sommets alpins. Encore un peu et elle entrait en orbite. Du jamais vu depuis le début de la Ve république. Pourtant, l’actualité du second tour avait de quoi attirer le chaland. Pour les amateurs  de piquant, il y avait du bon piment à se mettre sous la dent.

12 juin, 2 heures 56 du matin, 5 jours avant le second tour. Le président dort paisiblement. Il rêve sans doute d’un monde parfait, un monde qui n’existe pas, l’onirique terre où la crise a disparu du pays, une utopie dans laquelle les femmes n’attendent pas que leur mari dorme pour faire des missions en furet la nuit.

Pendant ce temps, dans la vraie vie, la femme dont il est amoureux, sacrifie un peu de son sommeil pour programmer un Scud avec de la harissa étalée sur le fuselage, histoire que ça pique bien comme il faut à la réception. Le truc fait le trajet de l’Elysée à La Rochelle en moins de temps qu’il faut pour dire Tweet. Ségolène Royal, soutenue par le président de la République mais en difficulté dans sa circonscription, se mange le missile en pleine pomme granny : Valérie Trierweiler soutient Olivier Falorni, l’adversaire de l’ex-épouse de son homme. Il parait que c’est la jalousie qui a parlé.

D’après Ségolène Royal, le coup a porté au but. Selon elle, le tweet de Valérie Trierweiler « n’a pas arrangé les choses ». Quelles choses ? Sa défaite aux législatives. Valérie lui a porté l’œil et Olivier a soufflé la circonscription. Celle qui se rêvait présidente de la République en 2007 et de l’Assemblée nationale en 2012, ne sera même pas députée.

Ce n’est pas le seul « gros poisson » à échouer sur la plage de la défaite politique, loin s’en faut. Les grosses têtes de l’UMP, les sarkozystes surtout, ont mangé bon durant ce second tour. Une boucherie.

Claude Guéant, qui disait des mots doux aux électeurs d’extrême-droite durant la présidentielle, est puni dans les Hauts-de-Seine. Nadine Morano, qui a également fait du pied façon Bigfoot au FN, est elle aussi battue à plate couture. Michel Alliot-Marie, l’ancienne ministre des Affaires étrangères qui ambitionnait d’envoyer des CRS français bronzer au soleil du printemps arabe, goûte également à l’amertume de la défaite. Idem pour Frédéric Lefebvre, ex-porte-parole de L’UMP, lui aussi boudé par les urnes.

Pour le parti de Jean-François Copé c’est la Bérézina, Trafalgar, Hazincourt, la percée dans les Ardennes. Les carottes sont cuites, passées aux micro-ondes et jetées dans le volcan. Seul échappe à l’Hécatombe, Henri Guaino, ancienne plume de Nicolas Sarkozy, qui gagne son coussin à l’assemblée. Belle performance également pour Gérard Cherpion qui bat l’ancien ministre socialiste de la Culture, Jack Lang.

Les losers ne sont pas tous à l’UMP. On en trouve au Modem et au FN aussi.  Bayrou quitte l’Assemblée, Marine Le Pen n’y entrera pas. Contrairement à sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, 22 ans, qui devient la plus jeune députée de la Ve République. Avec une majorité absolue de près de 270 sièges pour le PS, on va peut-être pas super bien l’écouter.  Mais le FN aura néanmoins deux places à l’Assemblée.

La jeunesse rentre à la chambre. La diversité aussi. Pas moins de huit députés peuvent ce prévaloir du « label ». Trente ans après la Marche des Beurs,  il y aura enfin des Maghrébins et des Noirs à l’Assemblée nationale. Que ce soit Razzy Hammadi dans le 93, Seybah Dagoma à Paris, ou Malek Boutih dans l’Essonne, la plupart de ces nouveaux députés sont socialistes. L’hémicycle  va enfin commencer à ressembler un peu à la France d’aujourd’hui.

Reste un effort à faire sur la diversité sociale. Mais dans l’idéal, pour que tous les Français soient bien représentés, il faudrait 56 sans emploi élus députés, 10% de l’Assemblée. A peu près le taux de chômage en France….

Idir Hocini

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