Samedi 21 avril, 19h32 – 28 minutes avant la mort programmée du président.

« Gardez vos amis près de vous et vos ennemis encore plus près de vous ». C’est l’adage que j’ai voulu appliquer en enrôlant des personnalités d’ouverture dans mon gouvernement. Eric Besson, ça c’était une prise. J’ignorais que j’avais acheté de la nitroglycérine. Ce type, c’est un danger public. Jamais je ne lui tourne le dos. Peut-être que pour une fois, il a réussi à se faufiler derrière moi à mon insu. Et Fadela Amara, qui m’a lâché quelques jours avant l’élection alors que je l’ai faite secrétaire d’Etat ?

–      Nous ne nous posons pas la bonne question. Changeons notre angle d’enquête ! suggère triomphalement Brice Guéant.

–      C’est-à-dire ?

–      Au lieu de naviguer à vue, cherchons le profil-type d’un kidnappeur. Ca pourrait être quelqu’un qui, dans son passé, a montré une aptitude particulière à la bassesse et à la trahison…

–      Eric Besson ! S’exclame Claude Hortefeux.

–      Entre autres…

Eric Besson joue des épaules pour entrer le premier. Fadela Amara attend sagement. Bernard Kouchner sait, lui, que son temps est passé.

Claude Hortefeux : M. Besson, je ne vous cache pas que votre déposition nous intéresse particulièrement…

Eric Besson : Je vous servirai comme j’ai toujours servi ceux qui m’ont fait confiance.

Claude Hortefeux : C’est ce qui m’inquiète… Parlons de votre parcours. Pour la campagne présidentielle de Ségolène Royal en 2007, vous avez coordonné l’ouvrage L’inquiétante « rupture tranquille » de Monsieur Sarkozy où vous vous demandiez « La France est-elle prête à voter en 2007 pour un néo-conservateur américain à passeport français ? ». Immédiatement après, vous rejoigniez ledit néo-conservateur américain à passeport français !

Eric Besson : A cause d’un problème de chiffrage de la campagne…

Claude Hortefeux : Veuillez préciser…

Eric Besson : On me proposait meilleure position ailleurs. Et je n’ai pas eu tort, je suis ministre.

Claude Hortefeux : Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour une situation favorable ?

Eric Besson : Je vais vous raconter une anecdote. En classe de CE1, j’étais deuxième en cours. J’habitais à Marrakech et je détestais le premier de la classe, le petit Ali. Lui m’adorait et un jour, il m’a avoué avoir mis un coussin-péteur sur la chaise de la maîtresse. Je l’ai dénoncé et mon papa et ma maman ont tout fait pour qu’il soit viré. C’est comme ça que je suis devenu premier.

Claude Hortefeux : Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

Eric Besson : Si vous cherchez une morale de l’histoire avec moi, vous n’en trouverez jamais.

Claude Hortefeux considère la femme aux cheveux en bataille à côté de lui. Son type basané la rend d’autant plus suspecte selon les critères de la Police Nationale.

Fadela Amara : C’est dégueulasse ! Je suis passé du PS au gouvernement Sarkozy. J’ai défendu le ministre de l’intérieur quand il a été condamné pour ses propos sur les Arabes… euh sur les Auvergnats. J’ai eu mon CAP Comptabilité mais je suis Docteur ès-trahison, tu vois ce que je veux dire ?

Claude Hortefeux : Pourquoi me tutoyez-vous ?

Fadela Amara : Moi je parle comme les gens, tu vois. Je vis dans une HLM comme eux.

Claude Hortefeux : Ancienne secrétaire d’Etat,  inspectrice générale des affaires sociales, vous n’avez pas les moyens de vous payer un appartement ?

Fadela Amara : Jean-Pierre Chevènement style ! Tu affirmes des principes généreux, tu les enrobes sous des termes ronflants comme « République » mais tu ne les appliques pas !

Claude Hortefeux : Comment le président a-t-il pu vous faire confiance ?

Fadela Amara : François m’a toujours eu à la bonne.

Claude Hortefeux : Vous voulez dire « Nicolas » ?

Fadela Amara : Non, je parle de François Hollande, que j’ai toujours fidèlement servi et pour qui je voterai dimanche 6 mai.

Claude Hortefeux : Mais comment pouvez-vous retourner votre veste aussi rapidement ?

Fadela Amara : Mon CAP comptabilité m’a rendu apte à lire les sondages…

Claude Hortefeux n’en peut plus et se tourne vers l’homme à l’air accablé à ses côtés.

Claude Hortefeux : Et vous M. Kouchner ?

Bernard Kouchner : Bof moi vous savez… J’ai certes trahi mais je n’avais que de Ministre des Affaires Etrangères que le titre. Tout se décidait à l’Elysée…

Claude Hortefeux : Vous êtes resté malgré tout ?

Bernard Kouchner : C’était ma dernière chance. Et à mon âge, c’était mieux que la maison de retraite. En plus, Christine était contente.

Claude Hortefeux : Christine ?

Bernard Kouchner : Christine Ockrent, ma femme. J’étais en même temps son patron, puisqu’elle dirigeait France 24.

Claude Hortefeux : Ce n’est pas un conflit d’intérêts ?

Bernard Kouchner : Mais c’est la France, monsieur !

Rien à faire, tous ont le profil-type du coupable idéal. A l’issue de ces entretiens aussi peu convaincants que des réunions tupperware, Claude Hortefeux doit bien admettre qu’il n’a aucune piste pour le moment. Tout le personnel politique français semble avoir un mobile pour enlever Nicolas Sarkozy.

Au même moment, un nouveau message par l’intermédiaire du garde républicain :

A la poursuite d’octobre rouge.

Mabrouck Rachedi

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