Samedi 5 mai, 15h02 – 4h58 avant la mort programmée du président.

J’ai tellement d’ennemis… Ça me fait mal à la tête rien que d’y penser. Je suis sûr que je connais mon ravisseur.  Un de mes compagnons politiques ? Avec des amis pareils, j’ai pas besoin d’ennemis. Fillon ? Sous ses airs polis, il cache peut-être bien son jeu. Copé ? Il rêve tellement d’être à ma place… Ou Alain Juppé ? Il en a tellement bavé depuis les affaires du RPR ! Rachida Dati ? Bombardée ministre, je n’ai cessé de l’humilier avant de la rattraper à la dernière seconde de la campagne. A moins que ce ne soit Frédéric Lefebvre, le porte-flingue de l’UMP, qui justifierait ainsi son surnom.

L’énigme de « L’homme debout » trotte dans les esprits. Brice Guéant se gratte la tête, Claude Hortefeux a le regard dans le vide quand le visage menaçant d’un homme buriné s’approche. Dans un sursaut, ils dégainent simultanément leurs armes puis se ravisent. Ce n’est que Frédéric Lefebvre,  aux allures de gangster. Il est accompagné de François Fillon, Rachida Dati, Jean-François Copé et Alain Juppé.

Brice Guéant (pointant François Fillon) : Nous avons interdit l’accès de la salle au personnel de l’Elysée.

François Fillon : Je suis le premier ministre fraaaançais.

Brice Guéant : Désolé Monsieur… comment déjà ?

François Fillon : Fillon. Vous ne lisez jamais les journaux ?

Brice Guéant : Si, justement. Je ne vois que M. Sarkozy. Avez-vous des informations sur l’enlèvement du président de la République ?

Frédéric Lefebvre (pointant Alain Juppé) : C’est lui qui a fait le coup !

Alain Juppé : Mais enfin…

Frédéric Lefebvre : Depuis les affaires du financement du RPR, tu portes le chapeau pour tout.

Brice Guéant : Soyons sérieux, voyons… Monsieur Copé, vous êtes connu pour votre ambition débordante…

Jean-François Copé : Mon ambition, c’est celle des Français. Il est vrai que mon prédécesseur aurait pu faire mieux, par exemple en abrogeant les 35h…

Brice Guéant : Votre prédécesseur ?

Jean-François Copé : Excusez-moi, j’anticipe un peu.

Brice Guéant : Vous auriez eu tout intérêt à la disparition de M. Sarkozy ?

Jean-François Copé (d’un air rêveur) : Oh que oui.

Brice Guéant : Vous rendez-vous compte que vous tenez le discours du parfait coupable ?

Jean-François Copé : Soyons sérieux, vous me voyez, moi, trahir notre président ?

Brice Guéant préfère ne pas répondre et enchaîne.

Brice Guéant : Madame Rachida Dati, auriez-vous des raisons d’en vouloir à M. Sarkozy ?

Rachida Dati : Non, aucune. Il m’a viré de son gouvernement comme une malpropre et il laisse l’autre-là (elle pointe François Fillon) me piquer ma circonscription en or à Paris pour les législatives. Vraiment, je ne vois pas pourquoi je lui en voudrais.

François Fillon : C’est un aveu ! Je le savais ! A nous deux Paris maintenant !

Rachida Dati : Les nuisances sonores des 24h du Mans ont apparemment des effets secondaires sur les capacités cognitives des Sarthois… Je rappelle à ce monsieur (désignant Fillon) que mes bottes rouges lors du meeting de Lille ont été plus commentées que ses cinq ans de législature.

Brice Guéant : Vous êtes sûrs que vous appartenez au même parti ?

Alain Juppé : Qu’auriez-vous dit si Nadine Morano était avec nous ?

Brice Guéant : Est-ce qu’un homme debout, ça vous évoque quelque chose ?

Frédéric Lefebvre (songeur) : Je crois avoir lu cette phrase dans Zadig & Voltaire.

Alain Juppé (consterné) : Mon dieu…

François Fillon : Du calme. J’en appelle à la miséricorde… euh la solidarité gouvernementale vis-à-vis de Frédéric.

Alain Juppé : En parlant de solidarité, tu pourrais nous servir un verre d’eau François ? Au moins, tu serviras la France… à ta façon.

Brice Guéant (tape du poing sur la table) : Donc, personne n’a rien de nouveau à apporter ?

Rachida Dati : Si, François. Une eau pétillante pour moi.

Un brouhaha interrompt l’interrogatoire. Un homme pressé enfonce les portes du bureau. Les cheveux gominés tirés en arrière, le costume trop large d’un VRP de province, un vocabulaire réduit à sa plus simple expression, Christian Estrosi déboule en catastrophe. Le député-maire de Nice a loué un avion privé en provenance de Nouvelle-Calédonie pour être présent à ce cocktail à l’Elysée. Bien sûr, cela s’est fait aux frais du contribuable.

Claude Hortefeux : Vous avez un élément à verser à l’enquête ?

Christian Estrosi : Euh… non.

Claude Hortefeux : Alors pourquoi êtes-vous ici ?

Christian Estrosi : Puisque tout le monde est là, je me devais aussi d’être présent !

Claude Hortefeux : Mais vous n’avez rien à dire !

Christian Estrosi : J’ai bâti toute ma carrière sur le vide érigé en système de pensée politique.

Hors de lui, Claude Hortefeux commande que l’on sorte tout le monde. Y compris Jean-François Copé, qui s’est machinalement assis sur le siège du président.

Juste avant de chasser les hurluberlus, Brice Guéant lance une question à la volée.

–      Qui, selon vous, déteste le plus Nicolas Sarkozy ?

–      Jacques Chirac et Dominique de Villepin, répondent-ils pour une fois d’une même voix.

Mabrouck Rachedi

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