Samedi 5 mai 2012, 13h27.

Les premiers rayons du printemps dardent sur la foule qui converge vers le 55 rue du Faubourg Saint-Honoré. La veille du premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy organise une journée de Concorde Nationale. L’idée : rassembler le peuple français dans toute sa diversité lors d’une garden party à l’Elysée. En cette période de crise et de déchirements internes, ce geste de main tendue se veut symbolique.

L’opposition, PS en tête, a crié au scandale, pointant la grossière manoeuvre politicienne. L’UMP a rappelé chacun à son devoir moral et citoyen. Le centre a joué à son jeu préféré, le ni oui ni non. Les écologistes ont dit non, puis oui, puis non, puis oui, puis non, puis oui. L’extrême-droite, habituée aux bals viennois mal famés mais éternelle recalée des boums républicaines, a sauté à pieds joints sur l’occasion. Le Front de Gauche a accepté du bout des lèvres : l’idée de prendre l’Elysée après la Bastille était trop tentante. Malgré les tergiversations, le jour J, tous sont là : politiques de la majorité et de l’opposition, journalistes, chefs d’Etat étranger, personnalités, anonymes de la société civile…

Autour du buffet, François Hollande, au régime jusqu’à la « victoire », refuse systématiquement les plateaux qu’on lui tend, jetant des regards inquiets vers Dominique Strauss-Kahn glosant sur le « matériel » de la jeune serveuse à qu’il réclame de la saumure. Marine Le Pen réclame avec insistance un petit noir, sans que personne ne sache s’il s’agit d’un café ou de son programme politique. Inquiet de savoir si la viande a été préparée selon des rites ancestraux, François Fillon s’énerve d’être sans cesse confondu avec le personnel de service. « Je suis le premier ministre français » s’exclame-t-il à ceux qui, comme Jean-Louis Borloo, continuent de lui rendre leurs coupes de champagne vides. Jean-François Copé fait le tour du propriétaire de son palais de dans cinq ans, suivi de Jean Sarkozy qui multiplie les croche-pieds.

« Il faudra changer le parquet qui se raye à vue d’oeil », s’amuse Jacques Chirac à la mémoire retrouvée, que le bal des ambitieux de l’UMP fait doucement rire. Eva Joly demande si les serviettes sont recyclables tandis que Nicolas Hulot arrive en 4*4 turbo injection rien que pour l’agacer. Dominique de Villepin empile les mots incompréhensibles, remuant sa crinière argentée et déclamant à qui veut l’entendre le bon souvenir de sa course torse nu sur les plages de La Baule. A la gent féminine qui s’ébaudit de la verve de l’ancien premier ministre, François Bayrou soliloque qu’il a réalisé à lui tout seul comme un grand 18,5% des voix au premier tour de la présidentielle 2007. Jean-Luc Mélenchon décapite une pièce montée à défaut de couper la tête à la bande crypto-capitaliste de la nuit du Fouquet’s…

Soudain, entre petits-fours et amuse-gueules, une voix éraillée fend le murmure des conversations. C’est Carla Bruni- Sarkozy.

Carla : quelqu’un m’a dit que…

Les convives redoutent un concert improvisé et protestent déjà à la manoeuvre déloyale, sauf Didier Barbelivien, ami de longue date du président, qui reconnaît le talent d’un pair. Du ciel pourtant dégagé, les gouttes commencent à tomber. L’opposition redoutait l’enfumage politique mais ne s’attendait pas à la torture auditive. Les octaves manquants à l’ancien top modèle italien, le reste de sa phrase se perd.

Une étrange agitation s’empare du personnel de l’Elysée. La garde présidentielle se précipite en ordonnant que tous les présents se rassemblent dans la grande salle du Palais. Hurlements, cris d’orfraie : c’est une honte ! Pire, c’est un coup d’Etat ! La France est-elle devenue une république bananière ?

Les lourdes portes en chêne massif se ferment sur l’assemblée estomaquée. Tous se retrouvent confinés. Marine Le Pen accuse Jean-Luc Mélenchon de lui marcher exprès sur les pieds tandis que Dominique Strauss-Kahn est comme par hasard collé serré entre cinq hôtesses. Le brouhaha est couvert par le bruit strident d’une sirène de police qui se rapproche, puis des pas pressés qui résonnent en direction du couloir. Deux hommes en imperméables élimés s’encadrent.

Plus aucune trace du président de la République depuis une heure. Un mot a été retrouvé en lettre de sang sur la porte d’un placard de l’Elysée : « Casse-toi, pov’con ! ». La vidéo-surveillance a révélé que personne n’était ni entré ni sorti du palais de l’Elysée. Le ravisseur est forcément parmi les invités.

Les inspecteurs Brice Guéant et Claude Hortefeux parlent. L’un est râblé et nerveux, l’autre efflanqué et flegmatique. Ils sont chargés de l’enquête et vont mener des interrogatoires individuels pour retrouver Nicolas Sarkozy et confondre le coupable.

A suivre…

Mabrouck Rachedi

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