Certains Français ont découvert la crise et ses conséquences à l’automne 2008, avec la faillite des banques. : se serrer la ceinture, le chômage, la précarité. Et ce foutu désespoir,  qui vient vous choper un jour, quand vous n’arrivez plus à relativiser.

D’autres en revanche connaissent tout ça par cœur.  C’est le cas d’un paquet de banlieusards. Ceux pour qui les crispations autour des subprimes ou l’affaire Kerviel, n’ont pas substantiellement changé la donne.  Ceux que les candidats à la présidentielle ont décidé de snober, parce qu’ils les considèrent comme des Français à part, un peu trop dans la mouise.  Ça sent mauvais, la mouise. Alors ils n’ont pas leur place dans cette campagne, disons-le, très propre sur elle-même.

Dans les quartiers, cela renforce malheureusement le camp des déterministes et des démissionnaires. Ceux qui ont choisi la solution de facilité, autrement dit l’abandon.  Ils ont « politiquement » déposé les armes.  Leur approche est béton. Ils vous disent qu’il n’y avait de toute façon rien à attendre des candidats, si  ce n’est une photo, un sourire et quelques promesses en l’air, ce qui, soit dit en passant, n’est pas faux.

Dans la foulée, ils vous avouent que le silence et la condescendance des candidats est une belle opération pour eux.  Ils se la jouent visionnaires. « On vous l’avait dit » répètent-ils.  Ils ont donc décidé de marteler encore plus fort que pour s’en sortir,  les banlieusards doivent s’affranchir de la République, quitte à alimenter des clichés qui les desservent tant. Et quand on leur évoque la politique, ils vous disent qu’ils ne s’en occupent pas, car ils ne sont pas citoyens. Elle ne les concerne pas.

Mais cela renforce aussi  les tenants du combat.  Ceux qui vous disent que cette campagne présidentielle est une nouvelle leçon pour les quartiers et que, cette fois-ci, ils l’ont bien retenue. Avec l’autre camp, le dialogue n’est pas rompu.  Ils insistent sur la nécessité, à l’avenir, de se rendre désirables et incontournables, en pesant intelligemment sur les débats.  Pas seulement faire du bruit, mais s’organiser pour formuler des idées, parce qu’ils en sont capables.  De devenir acteurs pour ne plus subir les sous-entendus, ni les amalgames vicieux, ceux qui font très mal au début et encore plus à la longue.

Ils concèdent que dans cette présidentielle, il n’y a effectivement rien pour eux.  C’est un peu foutu, c’est vrai.  Mais qu’il faut voter. D’une part pour éviter le pire et d’autre part parce que dans « citoyen de seconde zone », il y a quand même « citoyen ». Et puis, ils secouent la tête.  Ils vous  disent que les quartiers ont aussi leurs torts dans cette situation et que tout n’est pas la faute de l’Etat. Que plusieurs fois,  ils auraient pu se réveiller mais ont préféré se laisser bercer.  Par paresse, car ils se doutaient bien que l’on se fichait d’eux. Oui, ça les arrangeait un peu. Tant pis, ils assument.

Ils vous assurent que tout ça, c’est terminé et qu’ils ne manquent pas de bonnes volontés. Ni de compétences d’ailleurs. Les banlieues ne produisent pas seulement des sportifs et des comiques mais aussi des médecins, des avocats et des journalistes, qui malgré leur réussite,  s’inquiètent pour la suite.  Ce dédain des candidats, ils le prennent pour eux et s’inquiètent pour la suite. Pour leurs enfants, car ils savent que s’ils laissent la situation pourrir, il sera peut-être difficile de revenir en arrière et qu’ils en seront responsables.

Avec un grand sourire – parce qu’ils sont optimistes – les tenants du combat vous disent que leur prochain grand rendez-vous, ce sont les municipales de 2014. Qu’à partir de là, ils feront en sorte de ne plus jamais être snobés.  Ils répètent inexorablement qu’il faut voir petit pour viser plus grand.  Que c’est à l’échelle locale que l’on forme des bons citoyens.  Que c’est à l’échelle locale qu’ils commenceront à se faire entendre, sur des problématiques qui les concernent directement. Ils vous jurent qu’ils arriveront à mobiliser les quartiers, même parmi ceux qui ont rejoint le camp d’en face.  Et que la prochaine présidentielle sera une toute autre Histoire.

Ils vous disent enfin quelques mots sur certains bons vieux ministres. Ceux qui refuse le vote des étrangers aux municipales, qui équivaudrait de fait à islamiser des cantines. Les tenants du combat vous disent qu’ils devraient d’abord se méfier du vote des Français qui ne se sont pas encore réveillés.

Ramsès Kefi

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