La fusillade de Saint-Ouen en septembre dernier, le hold-up à Sevran ce mercredi, sont pour les élus du département les marqueurs d’une carence en effectifs policiers. Depuis les émeutes de 2005, nombres de communes tirent la sonnette d’alarme et exige du ministère de l’intérieur le respect de ses engagements et des effectifs policiers supplémentaires.

Alors que, le 30 septembre 2008, Michèle Alliot-Marie inaugurait une nouvelle unité de police, une Compagnie de sécurisation à Bobigny (93), elle déclarait vouloir « faire de ce département un véritable laboratoire de sécurité ». Cette ambition affichée se fondait « sur l’écoute. J’ai entendu les attentes des habitants en matière de sécurité. Un désir de plus et mieux de police est partout exprimé ».

Un an après, les chiffres fournis par l’Observatoire national de la délinquance renvoient la Seine-Saint-Denis au rang d’un des plus mauvais élève, bien au-dessus de la moyenne nationale pour les vols et violence physiques. Avec une augmentation conséquente des vols à main armée (+20% en 2008 par rapport à 2007), des violences sexuelles (+6%). Aujourd’hui pour Daniel Guiraud, maire des Lilas, « le ministère est loin, voire très loin des résultats escomptés ». Avec trois communes avoisinantes, Romainville, le Pré-Saint-Gervais et Bagnolet, l’initiative d’une pétition demandant plus de policiers a été prise. D’ores et déjà créditée de plus de 5000 signatures, elle devrait prochainement atterrir sur le bureau du ministre place Beauvau.

Le maire de Bagnolet, Marc Everbecq a quant à lui anticipé, il s’est déplacé au cabinet de Brice Hortefeux afin de lui remettre les quelques 1350 signatures obtenu dans sa commune. « Il y a six mois, affirme-t-il, nous avons obtenu 11 agents supplémentaires, mais nous sommes toujours loin du compte. Une ville comme Saint-Ouen, qui totalise près de 40 000 habitants, compte 130 policiers, et ce n’est pas assez au regard des événements précédents, Bagnolet avec 35 000 habitants, compte à peine 60 policiers. »

A Bagnolet, poursuit l’élu, « les besoins matériels et humains sont importants. La commune constitue une véritable « station balnéaire », puisque dans le périmètre du métro et du centre commercial circulent près de 70 000 personnes quotidiennement, soit le double de la population totale ». Entre 60 et 70% des infractions, crimes et délits constatés sont commis dans ce périmètre « qui, affirme Marc Everbecq, n’est pas vraiment tenu par la police ». Même son de cloche pour les communes avoisinantes.

Difficile d’obtenir les effectifs de policiers dans le département, ils se situeraient aux alentours de 4800, ce qui placerait la Seine-Saint-Denis au premier rang, soutien le ministère. Mais le ministère semble entretenir, selon le maire des Lilas, « l’opacité sur la question des effectifs ».

Pour Claude Bartolone, premier élu du département, il manque « en Seine-Saint-Denis l’équivalent de 400 fonctionnaires de police et ce n’est pas quelque chose de nouveau, depuis longtemps nous tirons la sonnette d’alarme. Déjà le préfet de Seine-Saint-Denis en 2006, Jean-François Cordet, dans une lettre envoyée au ministère de l’intérieur, dénonçait la situation de dégradation et le manque de moyen au niveau de la sécurité, la seule réponse que le ministre de l’époque, Nicolas Sarkozy, ait trouvé est de placardiser le préfet en 2007 ».

Dans cette note datée de juin 2006, publiée par Le Monde en septembre de la même année, le préfet revient sur la dégradation des conditions de sécurité, l’augmentation « particulièrement préoccupante » de cette dernière, la « diminution très perceptible des effectifs de police » ainsi que « l’extrême jeunesse des commissaires » et le manque de stabilité du personnel. Le maire de Bagnolet souligne que la « note du préfet était prémonitoire. Depuis que le préfet a fait son diagnostic, il ne s’est pas passé grand-chose ».

Alors la solution, pour les élus, serait dans l’implantation d’Uteq, Unité territoriale de quartier. Crées en 2008 par Michèle Alliot-Marie, ce nouveau dispositif s’apparente à l’ancienne police de proximité, initiée sous le gouvernement Jospin en 1997 et suspendu en 2003. Présente sur une vingtaine de départements, 30 nouvelles Uteq devraient voir le jour en 2010 et 32 en 2011, soit un total de 100 Uteq sur l’ensemble du territoire d’ici à deux ans. Les objectifs de ces unités spécialement formées de volontaires sont la lutte contre la délinquance et les violences urbaines dans les quartiers « sensibles » et d’établir un rapport de confiance entre la police et la population.

Trois unités sont déjà présentes à La Courneuve, Saint-Denis et Clichy sous Bois/Monfermeil depuis avril 2008. Une dizaine de communes du 93 ont en fait la demande auprès du ministère. L’engagement avait été pris par Michèle Alliot-Marie, d’introduire d’ici 2009 des Uteq dans les communes de Sevran et d’Aulnay-sous-Bois. Mais le calendrier semble avoir été bousculé, ce qui provoque l’inquiétude du maire d’Aulnay-sous-Bois, Gérard Ségura.

« Mes craintes risquent de se confirmer, affirme t-il, nous sommes sans réponse du ministère de l’intérieur concernant la formation de l’Uteq qui devait être constituée cette année et qui finalement prendra peut-être place en 2010 ; et sans nouvelles du projet de construction d’un commissariat central. De plus, on nous a laissé entendre que les dix-huit policiers nouvellement arrivés, permettant de revenir à un niveau normal, soient par la suite affectés à cette UTEQ. »

Pour toutes ces raisons, nombres d’élus ont demandé à rencontrer le nouveau ministre de l’intérieur, afin de lui rappelé les engagements pris par son prédécesseur en terme de sécurité, mais la requête reste sans suite pour l’instant à Aulnay, Sevran, Bagnolet, Romainville. « La réponse à notre demande fut un courrier, une circulaire type émanant du ministère, affirme Daniel Guiraud, maire des Lilas, ne répondant ni à la demande de rendez-vous ni à la question des effectifs. »

Adrien Chauvin

Adrien Chauvin

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