Qu’ils soient de gauche ou de droite, les élus municipaux des villes de banlieues de France se sont donnés rendez-vous à Clichy-Sous-Bois (93), le 7 juin, avec pour volonté de solidariser leurs actions. « Je pense qu’il est nécessaire de sortir de cette ornière idéologique des discours, soit socialistes, soit UMP ou autre. Face aux attentes de la population et aux problèmes, nous devons être pragmatiques », a affirmé Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois au cours de cette journée. Pour ce faire, Pierre Bourguignon, député maire de Sotteville-lès-Rouen (76) et président de l’association des maires « Villes et Banlieues », née il y a 20 ans, a appelé à développer les c ommunautés d’agglomération, comme celle de Clichy/Montfermeil, davantage répandues entre les villes de province qu’en banlieue parisienne. Pierre Bourguignon a constaté que les communes regroupées sont nettement désenclavées. Les maires ont également interpellé les pouvoirs publics en réclamant un appui financier de l’Etat pour les communes qui ont des charges sociales urbaines plus importantes. 
 

Par ailleurs, Claude Dilain a déclaré qu’ « il est important de changer le regard amalgamé jeté sur les villes de banlieue car la majorité de nos citoyens aspirent à vivre tranquillement ». Insistant sur ce point, lors d’une conférence de presse improvisée, il prévient que « même si les émeutiers se calment, nous ne pouvons plus accepter un retour à la normale tant que leurs problèmes ne seront pas reconnus ».


« A chaque institution son rôle »

A la pause déjeuner, juste avant de reprendre les débats de l’après-midi, je me suis faufilée au milieu de la ruée des journalistes pour enfin m’entretenir avec Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil, ville qui a connu deux nuits de violences les 29 et 30 mai, suite à l’arrestation d’un jeune accusé d’avoir agressé un chauffeur de bus.


– Vous reconnaissez que les citoyens sont harcelés par la police, ce dont ils se plaignent souvent ? 

Celui qui n’a rien à se reprocher ne ressent pas de harcèlement. Il vaut mieux être agacé et contrôlé trois fois par jour, mais se débarrasser des trafics de drogue dure qui gangrènent ma ville. Pour certains dealers, il faut un dispositif policier qui permet de perturber les trafics en tout genre avec une police plus offensive dans les méthodes. Cela dit, j’approuve la police de proximité. En tout cas, je refuse de justifier la délinquance par la situation sociale des fauteurs de troubles. Sinon, tout est permis.


– Votre arrêté interdisant les rassemblements de plus de trois jeunes dans la commune n’est-il pas une manière de prendre la place de la justice ?

Mon arrêté est actuellement suspendu. Je ne prends ni la place de la justice, ni celle de la police. Dans mon rôle de maire, j’exerce le « pouvoir de police », encadré par la législation française, me permettant de régler les problèmes de délinquance. Les vols avec violence commis en groupe à Montfermeil ont augmenté de 520 % dans les 4 derniers mois de l’année 2005 !


– Que comptez-vous faire pour sortir les chômeurs de leur situation ?

Pourquoi le chômage ? D’une part, parce que le savoir-faire est insuffisant. D’autre part, les jeunes manquent au respect des codes de l’entreprise comme l’assiduité, la ponctualité, le respect des femmes et de l’autorité. D’autant que le niveau d’exigence de l’économie moderne est très élevé. Pour ma ville, j’ai débloqué 30 000 euros destinés à la mission locale pour l’emploi et aux stages qui forment les jeunes à la connaissance des codes de l’entreprise. Je souhaite systématiser ce procédé pour ceux qui sont volontaires.


– L’association des maires « Villes et Banlieues » souhaite élaborer un projet de loi sur la prévention de la délinquance, qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’il faut mettre en œuvre un ensemble d’outils. Le maire doit en coordonner les actions et non prendre la place de la police, de la magistrature, de l’Education ou des codes de prévention. Chacun son rôle. Je ne suis pas au service d’une quelconque politique. Je suis au service d’une population et je regarde concrètement comment les choses se passent.


Par Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud

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