Certains mots exaspèrent les uns et enthousiasment les autres, mobilisent ici et insupportent ailleurs. La seule question qui vaille tient au contenu et à la portée que nous leur donnons. Les plus riches sont ceux qui en possèdent le plus et qui savent les manier à bon escient. Prenons deux exemples récents : « confiance » et « voyou ». La forme et le fond mêlés, ces deux-la, à l’image de Madoff et Kerviel, résument notre état d’esprit depuis l’émergence de la crise financière que nous traversons à la rame depuis l’automne dernier.

Traverser signifie, bien évidemment, que nous vivons un sale quart d’heure, mais que les choses iront beaucoup mieux dans quelques temps. Chacun est libre de croire à l’expert de son choix et de mettre une croix sur la date où l’économie mondiale remarchera sans la béquille des Etats nations.

Ségolène Royal ne pourrait-elle pas écrire une lettre d’excuse au nom du G20 à toute la population mondiale pour les agissements des patrons et des financiers voyous, ces fossoyeurs des temps modernes ? Depuis le début de cette crise, le mot confiance est dans la bouche de tous les protagonistes. Plus on l’utilise et moins il en reste, c’est mécanique. Moins vous avez de confiture et plus vous l’étalez, c’est un réflexe matinal naturel. Le pot aux roses a été découvert, le système est basé sur le bluff et la dissimulation. L’infusion de confiance est sans sucre, elle brule les lèvres et son amertume écorche l’œsophage. Malgré cela, il nous faut continuer de verser, avec la régularité et la précision d’une montre suisse, nos salaires et nos maigres économies dans un système bancaire foireux où le mensonge tient lieu de ciment !

Au-delà du mensonge, ce sont les méthodes qui confinent la période dans un marasme dangereux. Alors que le bateau coule peu à peu, tous les matins, la radio annonce que de grands noms de la banque ou du CAC 40 ont été flashés avec les poches débordantes de billets. Le business all time, les parachutes pour se dorer la pilule. Rien n’arrête Frankenstein qui a depuis longtemps échappé à son géniteur. Bien sûr, la majorité des Français ne cautionne pas de telles pratiques, elle la condamne à juste titre. En plus d’être pathétiques et démobilisateur, ces « racailles du CAC 40 » deviennent vraiment un danger pour la cohésion sociale.

Le plus étonnant est que personne ne souhaite vraiment les remettre officiellement en place. On s’offusque par communiqués de presse ou en éructant quelques principes devant les caméras. Pas de couvre feu, pas de descente massive, pas de CRS à l’aube, pas de lacrymogène. Dans ce cas précis, on opte pour le poids des mots et on oublie le choc des photos…

Nordine Nabili

Nordine Nabili

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